Agriculture bio: Les serres chauffées autorisées mais les légumes ne seront pas vendus en hiver

CULTURE Pour certains acteurs du secteur, l’utilisation de serres chauffées trahit l’esprit du bio

20 Minutes avec AFP

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Les tomates en hiver c'est terminé !
Les tomates en hiver c'est terminé ! — Jacques DEMARTHON / AFP

Pas de tomates en hiver. Le comité national de l’agriculture biologique a trouvé un compromis autour des serres chauffées en agriculture bio. Elles seront autorisées, mais la vente de ces légumes bio produits en France sera interdite entre le 21 décembre et le 30 avril.

« La filière a pris une décision sur une position de compromis que je leur ai proposée », a déclaré le ministre de l'Agriculture Didier Guillaume, qui s’est déplacé lui-même dans les locaux de l’Institut national de l’origine et de la qualité (Inao) pour gérer ce dossier sensible. « Il ne peut pas y avoir de contre-saisonnalité en bio, on ne mange pas des produits bio l’hiver, à contre-saison », a déclaré le ministre en détaillant sa position. « Il n’y a pas de surtransposition de règles européennes : le chauffage des serres est autorisé en Europe, il reste autorisé en France », a ajouté le ministre.

Un risque d’industrialisation du bio

Enfin, le chauffage des serres se fera à partir de 2025, « uniquement avec des serres chauffées avec des énergies renouvelables », a-t-il fait valoir, une obligation à effet immédiat pour « toute serre construite aujourd’hui ». « L’objectif, c’est que ce soit une décision européenne », a indiqué le ministre, alors que les partisans du chauffage des serres craignaient notamment des « distorsions de concurrence » avec certains voisins de la France, comme l’Espagne.

Les acteurs historiques de l’agriculture bio, Fnab (Fédération nationale de l’agriculture biologique) et Synabio (syndicat de l’agroalimentaire bio) réclamaient depuis un an l’interdiction du chauffage des serres et de la production de fruits et légumes bio hors saison, dénonçant la volonté de certains producteurs de fruits et légumes d'« industrialiser » la filière et de trahir l’esprit du bio.

Une culture plus polluante

Ces derniers n’ont eu de cesse de mettre en avant la demande toujours plus forte du consommateur et le fait que le règlement européen ne ferme pas explicitement la porte au chauffage des serres en agriculture biologique, craignant, en cas d’interdiction du chauffage, des « distorsions de concurrence » avec les voisins de la France.

Ils pointent également un marché déficitaire. Selon l’agence bio, 78 % des tomates, 70 % des concombres et 69 % des courgettes sur les étals français venaient ainsi de l’étranger en 2017. Au-delà d’une explosion des volumes, la Fnab pointait la pollution générée par le chauffage des serres. S’appuyant sur une étude de l’Ademe, ils soulignaient qu’une tomate produite sous serre chauffée émettrait, avec 2,2 kilos de CO2 pour un kilo de tomates, sept fois plus de gaz à effet de serre qu’une tomate produite en France en saison et près de quatre fois plus qu’une tomate importée d’Espagne.