Lyon: Pourquoi les gérants d'un Super U, adeptes de safari-chasse, ont été contraints de démissionner

CHASSE Véritablement lynché sur les réseaux sociaux, le couple, gérant d'un magasin près de Lyon, a quitté le supermarché qu'il gérait 

Caroline Girardon

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Deux gérants d'un supermarché ont été contraints de démissionner après la polémique liée à un safari-chasse effectué en 2015.
Deux gérants d'un supermarché ont été contraints de démissionner après la polémique liée à un safari-chasse effectué en 2015. — ROSE FLEMING/CATERS/SIPA
  • Deux gérants d'un supermarché Super U, à l'Arbresle, ont été contraints de démissionner après avoir été lynchés sur les réseaux sociaux.
  • Des photos d'un safari-chasse datant de 2015 sont remontées à la surface.
  • Les internautes ont appelé au boycott de l'enseigne.

La toile et les commentaires acerbes, voire haineux, des internautes auront eu raison d’eux. Lynchés depuis quelques jours sur les réseaux sociaux, les gérants d’un magasin Super U de l’Arbresle près de Lyon, ont finalement rendu les armes. L’enseigne annonçant mardi soir qu’ils quittaient leurs fonctions. Voilà qui devrait éteindre la polémique, qui n’a cessé de gonfler au fil des heures et sur laquelle revient 20 Minutes.

D’où est parti le scandale ?

Il a suffi de plusieurs images postées sans précaution sur Internet pour enflammer la toile. Le couple, qui n’a jamais caché sa passion pour la chasse des grands gibiers, était parti dans la brousse africaine afin de participer à un safari-chasse, au cours de l’année 2015. L’épouse avait même accordé en 2016 une interview au site chassons.com. Si elle est toujours référencée dans le moteur de recherche Google, elle a visiblement été retirée récemment du site. La gérante évoquait principalement cette passion, transmise par son grand-père et son père, et grâce à laquelle elle a ensuite rencontré son époux. Elle aurait déclaré à cette occasion aimer « passionnément la faune, la flore, la nature », livrant ainsi sa définition personnelle de la chasse.

C’est l’organisateur du safari qui aurait lui-même posté les photos de cette expédition en 2015 sur son site Internet. Des photos qui sont restées sur le web et qui étaient facilement retrouvables dans les moteurs de recherche. En milieu de semaine dernière, plusieurs internautes, notamment des militants de la cause animale, se sont relayés pour révéler au grand jour les activités du couple et faire remonter les clichés à la surface. Sans actualité particulière, semble-t-il. Sur les photos, qu’ils ont piochées et qui ont petit à petit inondé la toile, on voit Monsieur et Madame, fusil à la main, posant tout sourire derrière des animaux qu’ils ont probablement abattus : le corps d’un lion couché sur le sol, celui d’un léopard porté à bout de bras, mais aussi un hippopotame la gueule béante, un crocodile ou encore une gazelle. Après la propagation des clichés, le couple est rapidement identifié. Leur nom est lâché. Très rapidement, il est dit qu’ils gèrent le Super U de l’Arbresle dans le Rhône.

Pourquoi a-t-il pris une telle ampleur ?

Si la polémique n’a cessé de croître sur Facebook, elle a également été vivement alimentée sur Twitter, notamment par plusieurs personnalités comme l’animateur Julien Courbet, qui ont appelé à la vindicte populaire, conseillant à ses followers d’aller photographier les gérants (avant de supprimer ce post ce mercredi).

Partout, les appels au boycott de l’enseigne se sont multipliés. Comme les appels aux licenciements et les insultes. Mardi après-midi, la coopération Super U de l’Arbresle a tout d’abord appelé à la modération dans un communiqué publié sur Facebook (le compte a été supprimé ou temporairement fermé depuis), dans lequel elle dit « comprendre que les éléments publiés récemment aient pu heurter les internautes ».

« Si ces images relèvent d’activités personnelles en dehors de la sphère professionnelle, la coopérative tient néanmoins à se désolidariser fermement de ces pratiques qui vont à l’encontre des valeurs que nous défendons et de nos engagements », ajoute-t-elle. Dans la soirée, l’enseigne a annoncé que le couple avait démissionné.

Une démission forcée ?

Ce n’est pas comme cela que la décision est officiellement présentée mais cela y ressemble beaucoup. « Face à la réprobation suscitée par ces agissements au sein de la coopérative et l’émotion légitime du public, Monsieur et Madame X. ont décidé de quitter immédiatement l’enseigne et leur magasin de l’Arbresle », explique Super U dans un communiqué, précisant qu’une « nouvelle direction est en cours de mise en place ».

« Cette démission s’imposait pour protéger l’enseigne. La seule issue possible était qu’il quitte l’entreprise », a déclaré mercredi à l’AFP Dominique Schelcher, PDG de Système U, regrettant le « décalage » entre ces photos et « l’engagement et les valeurs portés par l’enseigne ».

Le safari-chasse est-elle une activité légale ?

Si elle peut paraître choquante, cette activité est parfaitement légale dans une vingtaine de pays en Afrique. La loi établie est différente pour chaque Etat. Par exemple, la chasse au léopard est autorisée au Zimbabwe, mais pas en Afrique du Sud. Selon le site safari-chasse.com, « le nombre d’animaux à chasser est limité à un certain seuil ». Et le chasseur serait tenu de verser une taxe d’abattage en contrepartie : 18.000 euros pour lion, 9.000 euros pour un buffle au Zimbabwe ou 15.000 euros pour le même animal en Tanzanie. « Les sommes versées par les chasseurs sont affectées à la protection des congénères dans le but de mettre en place des patrouilles anti-braconnage », assure le site.