Méditerranée: La température de l’eau dépasse 30 °C, les scientifiques craignent le pire avec ce «record»

TEMPERATURES RECORDS La mer Méditerranée atteint des températures records, avec près de 32 °C en surface, de quoi faire craindre le pire aux scientifiques

Adrien Max

— 

Vue aérienne en date du 30 juin 2015 du Parc national des Calanques dans les Bouches-du-Rhône
Vue aérienne en date du 30 juin 2015 du Parc national des Calanques dans les Bouches-du-Rhône — BORIS HORVAT POOL
  • La température de la mer Méditerranée atteint localement les 31, voire 32 °C, un record.
  • Ces températures font craindre le pire aux scientifiques, notamment pour les coraux et les gorgones, ainsi que pour les herbiers de posidonie, poumon de la Méditerranée.

Un record dans l’histoire contemporaine des relevés météorologiques. La température de la mer Méditerranée atteint des sommets, avec pas moins de 30 °C sur le littoral, à Marseille. « La température est de 28 °C à planier [au large des côtes], et elle atteint localement 31, voire 32 °C en surface près du littoral le littoral », précise Paul Marquis, prévisionniste météo.

Une situation « pas du tout normale », selon lui. « Même en 2003, la mer n’avait pas atteint ces températures. Jamais dans l’époque contemporaine des relevés météo, nous n’avons atteint ces températures, que ce soit à la fin ou au début de l’été », avance-t-il. En cause, les fortes chaleurs observées depuis la fin du mois de juin, couplées à l’absence de mistral.

« Limite de la posidonie »

De quoi faire craindre le pire aux scientifiques. « Les coraux et les gorgones risquent le plus, prévient Christine Ferrier-Pages, du centre scientifique de Monaco. En général, ils résistent à 24, 25 °C. Cela va dépendre de la longueur et de l’amplitude de ce phénomène de chaleur, mais ils risquent plus que les poissons qui peuvent se déplacer un peu plus en profondeur par exemple. Les gorgones sont très importantes parce qu’elles servent de refuge aux poissons, et les larves se fixent dessus. »

Thierry Thibaut craint, quant à lui, pour les herbiers de posidonie, le poumon de la Méditerranée. « A ces températures-là, on commence à atteindre les limites pour la posidonie. On pense qu’elle résiste à 30, 31, voire 32 °C, mais là on va voir concrètement si elle crève ou si elle résiste », explique-t-il. Des algues filamenteuses font également généralement leur apparition, mais aussi certaines espèces comme le poisson-lapin, « un herbivore qui bouffe tout sur son passage ».

« Difficile de prévoir les conséquences »

Des conséquences à plus long terme peuvent également être redoutées. C’est ce qu’explique Christine Ferrier-Pages. « La couche d’eau à la surface, en devenant trop chaude, va faire barrière aux remontées d’eau de profondeur. Or l’eau en profondeur est essentielle pour le phytoplancton par les sels naturels qu’elle apporte. Sans phytoplancto, c’est toute la chaîne alimentaire qui peut être impactée », explique-t-elle.

De leurs propres aveux, « il est très difficile de prévoir les conséquences de ce phénomène puisque c’est du jamais vu ». « Mais les plongeurs amateurs et les pêcheurs sont nos meilleures sentinelles, si quelque chose de bizarre survient, nous serons au courant », prévient Thierry Thibault.

Un coup de mistral est prévu mercredi, ce qui devrait permettre à la Méditerranée de redescendre un peu en température dans les Bouches-du-Rhône. « Mais le problème concerne tout le littoral, jusqu’aux Alpes-Maritimes, et le mistral n’aura pas d’incidence là-bas », pondère Thierry Thibault. Il rappelle également que la bétonisation de certaines côtes, « comme le projet d’extension de Monaco sur la mer », cause bien plus de tort à la biodiversité marine.