VIDEO. Ce week-end, Paris teste l’évacuation des encombrants par la Seine plutôt que par la route

DECHETS L’expérimentation a lieu quai de Tolbiac, où une péniche-déchetterie a accosté vendredi. Les habitants et entreprises des 12e et 13e arrondissements ont jusqu’à dimanche pour y déposer leurs encombrants, avant que le bateau parte pour le centre de tri de Gennevilliers

Fabrice Pouliquen

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Quai Tolbiac, dans le 13e arrondissement, la ville de Paris, le groupe RATP et Voies navigables de France testent ce vendredi et tout le week-end une déchetterie fluviale.
Quai Tolbiac, dans le 13e arrondissement, la ville de Paris, le groupe RATP et Voies navigables de France testent ce vendredi et tout le week-end une déchetterie fluviale. — F. Pouliquen / 20 Minutes
  • Une péniche-déchetterie du groupe Suez est amarrée ce vendredi et jusqu’à dimanche au port de Tolbiac, à Paris, pour collecter les encombrants du nouveau quartier des Deux Rives, que la ville de Paris veut à la pointe de l’économie circulaire.
  • La péniche repartira dimanche soir pour le centre de tri de Gennevilliers, ses 500 m3 de cales pleines, espère la ville de Paris, co-financeur de l’expérimentation. Elle permettrait alors de retirer 30 camions des routes franciliennes.
  • Lutter contre les bouchons n’est pas le seul objectif visé par « Tri en Seine ». L’idée est aussi d’évacuer les encombrants parisiens de façon plus écologique et à moindre coût. Cela tombe bien, la Seine est à ce jour sous-exploitée.

Elle fait partie intégrante du paysage de la capitale, la coupant en deux, du Sud-Est au Nord-Ouest, sur près de 13 km. Elle, c’est la Seine, artère qui s’étire sur 200 m de large en certains endroits. De quoi en faire passer, des bateaux. De quoi aussi donner des idées à la logistique urbaine, difficile équation visant à gérer les flux croissants de marchandises et de biens en ville tout en limitant l’empreinte carbone de ces déplacements.

Pourquoi ne pas, par exemple, évacuer les encombrants des Parisiens par le fleuve ? L’idée est testée ce vendredi et tout le week-end au port de Tolbiac, en contrebas de la bibliothèque François-Mitterrand. Suez, groupe spécialisé dans la gestion de l'eau et des déchets, y a amarré une de ses péniches-déchetteries, devant laquelle des véhicules – en grande partie des vélos triporteurs – venaient décharger à intervalles réguliers, ce vendredi matin, des encombrants en tout genre. Des planches en bois, du petit mobilier, du matériel électrique, des gravats…

Les entreprises ce vendredi, les particuliers tout ce week-end

Cette expérimentation « Tri en Seine », cofinancée par la ville de Paris, la RATP, et Voies navigables de France, est « la première opération du quartier des Deux Rives (entre les 12e et 13e arrondissements de Paris), ce nouveau quartier que nous créons et que nous voulons à la pointe de l’économie circulaire », lance Antoinette Guhl, adjointe au maire de Paris, chargée justement de cette thématique.

Le défi vise tant les habitants que les entreprises qui travaillent dans le quartier, « les Deux Rives étant d’abord un quartier d’affaires, rappelle Marie-Claude Dupuis, directrice de la Stratégie, de l’innovation et du développement du groupe RATP. Soixante grandes entreprises et un réseau de 700 PME et TPE sont implantés dans les zones d’activités de Tolbiac, Austerlitz, Bercy et gare de Lyon, pour un total de 100.000 emplois. »

C’est à la collecte des déchets de ces entreprises qu’était dédiée cette première journée de « Tri en Seine ». Les particuliers sont invités à prendre le relais, samedi et dimanche, de 10h à 17h. L’objectif est de remplir les 500 m³ de cales de cette péniche à l’issue des trois jours, avant qu’elle largue les amarres pour rejoindre le centre de tri de Suez au port de Gennevilliers (Haut-de-Seine).

Enlever jusqu’à 30 camions des routes franciliennes

Cette déchetterie fluviale, déjà testée à Lyon depuis décembre 2016, participe à rapprocher les habitants des points de collecte des déchets. C’est un vrai défi en zone urbaine dense et qui expliquerait, en partie, que les villes trient moins bien que les campagnes. Mais cette expérimentation « Tri en Seine » voit plus large. « L’enjeu est aussi de parvenir à évacuer les encombrants parisiens de façon plus écologique et à moindre coût », espère Marie-Claude Dupuis.

C’est toute la promesse de « Tri en Seine ». Si elle repart les cales pleines, « la péniche permettra de retirer entre 25 et 30 camions des routes franciliennes », indique Jean-Michel Kaleta, directeur Services aux collectivités sur les questions de recyclage et de valorisation des déchets à Suez. Cela participe déjà à fluidifier le trafic automobile. « Mais passer par la Seine est aussi pour nous un moyen plus sûr, plus souple, quatre fois moins générateur d’émissions de gaz à effet serre et quatre fois moins coûteux également », poursuit Jean-Michel Kaleta, pour qui ce transport de déchets par voie fluviale n’a que des atouts.

Malgré tout, Antoinette Guhl se garde bien, pour l’instant, de pérenniser « Tri en Seine ». « Cela reste une expérimentation de trois jours, insiste-t-elle. Nous ferons le bilan à la fin du week-end, tant sur la quantité d’objets collectés que sur le bilan carbone de l’opération. »

Une Seine encore sous-exploitée

A Lyon, en tout cas, où la déchetterie fluviale accoste chaque samedi, quai Fulchiron, le long de la Saône, l’expérimentation a été prolongée d’un an supplémentaire, début janvier. A Paris aussi, il y a largement la place pour une telle pérennisation. La ville – et plus largement la région – ne part de zéro en matière de transport fluvial de marchandises. « En 2018, 22,1 millions de tonnes de marchandises ont été transportées en Ile-de-France », indique Nicolas Moyon, de Haropa-Ports de Paris, qui gère le port autonome de Paris. Dans le lot, figurent déjà des encombrants. « Le groupe Paprec, par exemple, évacue depuis plusieurs années des déchets de chantier par la Seine, ainsi que des encombrants valorisables (papiers, cartons, matelas…) collectés auprès d’entreprises », poursuit Nicolas Moyon.

Pour ce dernier, il y a encore largement de quoi densifier le trafic fluvial sur la Seine. « Selon les estimations de Voies navigables de France, on peut encore le multiplier par trois ou quatre, précise-t-il. Ce qui laisse donc de la place pour une déchetterie fluviale comme " Tri en Seine " ». Nicolas Moyon en rappelle les enjeux : « Sur le seul secteur de Paris – autrement dit d’Alfortville à Boulogne-Billancourt –, ce trafic fluvial permet d’éviter la circulation de 100.000 camions dans les rues parisiennes chaque année. »