VIDEO.Marseille: Des braconniers de poissons dans les Calanques vont-ils payer un demi-million d’euros pour préjudice écologique ?

ENVIRONNEMENT Le parc national des calanques demande à être indemnisé à hauteur de 405.000 euros après avoir été victime d’un vaste réseau de braconnage de poissons

Mathilde Ceilles

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Un harpon (photo d'illustration).
Un harpon (photo d'illustration). — Lance Cpl. Roger L. Nelson sur Wikimedia Creative Commons
  • Le second volet d’un procès sur un vaste réseau de braconnage de poissons dans les calanques s’ouvre ce vendredi.
  • Le parc national des calanques cherche à faire reconnaître le préjudice écologique, qu’il estime à près d’un demi-million d’euros.
  • Quatre hommes ont en effet été condamnés pour avoir pêché plus de quatre tonnes de poissons.

Les chiffres avancés par le parc national des calanques sont colossaux. 405.303 euros de préjudice écologique, pour avoir illégalement prélevé et revendu à des restaurateurs et poissonniers marseillais plus de 4,6 tonnes de poissons, 322 kg de poulpe et 16.800 douzaines d’oursins. Ce vendredi, le tribunal de grande instance de Marseille devra se pencher de nouveau sur une vaste affaire de braconnage de poissons, au cœur du parc national des Calanques.

Quatre hommes ont déjà été condamnés il y a un an à des peines de 15 à 18 mois de prison avec sursis, pour avoir pêché corbs ou encore mérous en toute illégalité, de nuit ou par mauvais temps, dans une zone protégée du parc national des calanques. Un braconnage qui a rapporté à ces quatre Marseillais au moins 160.000 euros en quatre ans.

Un calcul épineux

Mais le tribunal n’examinera que ce vendredi ce qui constitue l’une des questions clés de ce dossier : comment chiffrer en euros le préjudice écologique d’un vaste réseau de braconnage de poissons ? En juillet dernier, parmi les nombreuses parties civiles, seul le parc national des Calanques n’a pas obtenu gain de cause quant à sa demande d’indemnisation sur cette question.

Il faut dire que la reconnaissance d’un tel préjudice est relativement complexe. Déjà, elle se fonde sur une loi toute nouvelle, sans aucune jurisprudence ou presque. Surtout, le calcul d’un tel préjudice est épineux. Dans ce dossier, l’estimation a été faite par le parc national lui-même.

« Le préjudice écologique se calcule en fonction de l’impact sur le milieu, explique Me Sébastien Mabile, avocat du parc national des calanques. Elle ne se résume pas à la quantité de poissons prélevée. Si on pêche un mérou ou un corb de dix kilos par exemple, soit deux poissons en haut de la chaîne alimentaire, ce poisson a ingéré auparavant 100 kilos de poissons. C’est donc un impact conséquent sur la biomasse, et c’est l’ensemble du milieu marin que vous perturbez. »

« Des demandes exorbitantes » pour la défense

Et d’ajouter : « On connaît le coût de gestion d’un parc national, et c’est donc comme cela qu’on est arrivé à cette demande d’indemnisation. Cela permet de donner un prix à la nature, et de rappeler que le prix de ce préjudice est supérieur aux revenus qu’ont obtenu par ce biais ces quatre hommes. Le message derrière consiste à dire qu’un parc national, c’est le fruit d’un travail important, avec des agents sur place, des études scientifiques, des bateaux, et tout ceci à un coût. » Le demi-million d’euros réclamé par le parc servirait, selon Me Mabile, « à renforcer les contrôles dans les zones de prélèvement, à instaurer de nouveaux balisages, pour que le milieu soit restauré. »

« Mon client a pris conscience de ses actes, affirme Me Julien Anton, avocat d’un des braconniers. Mais c’est un préjudice non pas à l’environnement, mais envers le parc national des calanques, qui fait des demandes exorbitantes. On n’est pas face à une marée noire, cela reste des pêcheurs avec des harpons ! Et derrière, on n’a pas un pétrolier, mais quatre personnes physiques à la situation financière compliquée, à qui on a saisi tous leurs biens depuis le jugement de l’année dernière ! »

L’avocat de la défense conteste la méthode de calcul du parc. « Ce mode de calcul est erroné, il aurait fallu une expertise dans ce dossier, alors qu’ici, le parc apporte lui-même la preuve ! » Outre la reconnaissance du préjudice écologique, le parc demande également à être indemnisé au titre du préjudice d’image et du préjudice d’atteinte à sa mission de protection de l’environnement.