VIDEO. Total démarre sa bioraffinerie près de Marseille... Elle tournera pour moitié à l'huile de palme

ECOLOGIE Les défenseurs de l'environnement sont très en colère

J.S.-M. avec AFP

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La raffinerie de pétrole était largement déficitaire.
La raffinerie de pétrole était largement déficitaire. — B. Langlois / AFP
  • La bioraffinerie de la Mède est très contestée par des militants écologistes, qui estiment que l’importation d’huile de palme participe au déboisement et que les « agrocarburants sont pires qu’une énergie fossile. »
  • Total se défend et assure vérifier la durabilité de son huile de palme. Le pétrolier indique aussi que les carburants seront pour 30 à 40 % produits à partir de déchets.

Elle produira 500.000 tonnes de biocarburants chaque année. La raffinerie Total de La Mède, près de Marseille, a démarré sa production, dans la nuit de lundi à mardi. Cette bioraffinerie, l’une des plus grandes d’Europe, est la première de cette taille en France.

Total avait lancé en 2015, en liaison avec le gouvernement, la conversion de sa raffinerie de pétrole brut, alors pourvoyeuse de 430 emplois mais largement déficitaire. Le groupe indique avoir investi 275 millions d’euros. Et l’ensemble des nouvelles activités – bioraffinerie mais aussi une plateforme de logistique ou encore un centre de formation – permet de maintenir 250 emplois directs.

Agriculteurs et écologistes opposés au projet

Mais le démarrage n’est pas allé sans mal, avec près d’un an de retard, pour des « raisons techniques » liées à la « transformation d’installations existantes ». La Mède, qui fonctionnera pour moitié sur la transformation d’huile de palme importée, a aussi fait face à une vive contestation des défenseurs de l’environnement et des agriculteurs, pour une fois unis sur un même front.

Les associations environnementales, qui contestent devant la justice administrative l’autorisation d’exploitation accordée par le préfet, sont vent debout contre un projet accusé de contribuer à la déforestation en Asie du sud-est. Les carburants seront produits « pour 60-70 % à partir d’huiles végétales durables (colza, palme, tournesol, etc.) » et « pour 30-40 % à partir de retraitement de déchets (graisses animales, huiles de cuisson, etc.) », répond Total.

50 % de CO2 en moins, selon Total

« Lorsqu’ils sont produits à partir de matières premières durables, comme c’est le cas à La Mède, les biocarburants émettent plus de 50 % de CO2 en moins que les carburants fossiles », a expliqué Bernard Pinatel, directeur général Raffinage-Chimie de Total, cité dans le communiqué.

Total a assuré compléter la certification de son huile de palme par un dispositif spécial de contrôle de la durabilité et du respect des droits de l’homme (limitation du nombre de fournisseurs, acceptant d’être audités par un expert tiers…).

« Pire qu’une énergie fossile »

Mais les ONG, telles que Greenpeace et les Amis de la Terre, demandent plus de transparence sur les origines géographiques, les noms des fermes plutôt que des moulins (où arrivent des fruits de toutes origines), dénoncent l’inefficacité de certifications comme les labels RSPO ou ISCC.

Pour le climat, « les agrocarburants c’est pire qu’une énergie fossile, parce qu’on déboise, on utilise des terres destinées à l’alimentation, et l’entreprise ne peut pas s’assurer qu’il n’y a pas de déforestation directe », surtout dans des pays où l’opacité règne, peste Laura Monnier, juriste de Greenpeace.

Colza made in France

Les agriculteurs étaient venus bloquer le site de La Mède en juin 2018, protestant contre l’importation des matières premières. Total s’est engagé à employer « au minimum 50.000 tonnes de colza français afin d’assurer un débouché supplémentaire à l’agriculture française ».

L’essentiel de sa production ira au marché national. La France consomme environ trois millions de tonnes par an de biodiesels, incorporés à hauteur de 7,7 % dans les hydrocarbures. Jusqu’ici, environ la moitié était produite en France.