Canicule: Fortes températures et production nucléaire ne font pas bon ménage

EXPLOITATION L’été dernier, la canicule avait contraint EDF à modifier voire interrompre la production de réacteurs à Bugey, Saint-Alban et Fessenheim

20 Minutes avec AFP

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La centrale nucléaire de Cruas en 2017.
La centrale nucléaire de Cruas en 2017. — PHILIPPE DESMAZES / AFP

Canicule et centrales nucléaires ne font pas bon ménage. Si les fortes chaleurs peuvent avoir un impact significatif sur la production ou l’environnement et entraîner des risques pour la sûreté, les acteurs du nucléaire se veulent rassurants après l'épisode caniculaire de la semaine dernière.

Si EDF n’a pas eu besoin de modifier son activité la semaine dernière, l’été est loin d’être terminé. En août 2018, la hausse des températures avait contraint l’exploitant à moduler voire interrompre la production de réacteurs à Bugey, Saint-Alban et Fessenheim, pour cause de surchauffe du Rhône et du Grand Canal d’Alsace. A Bugey, une vigilance vient juste d’être levée, a précisé EDF.

Le niveau et le débit des cours d’eau ralentis par les canicules

Objectif : limiter l’échauffement de l’eau nécessaire au refroidissement des réacteurs, prélevée puis rejetée dans les rivières. Cette mesure, encadrée par des limites réglementaires de températures de l’eau à l’aval, vise à limiter les dégâts sur la faune et la flore environnantes. Cette question de l’eau, outre des contraintes de production, pose aussi des contraintes de sûreté quand les fleuves et rivières atteignent un niveau et un débit trop faibles, freinés par des canicules à répétition et les sécheresses qui les accompagnent.

« En 2018, il n’y a pas eu de phénomène d’étiage perturbant l’exploitation ou mettant en cause la sûreté des réacteurs », souligne l’Institut de radioprotection et sûreté nucléaire (IRSN). Mais après un hiver déficitaire en pluies, l’état des fleuves le permettra-t-il cette année ? EDF assure qu'« il n’y a pas d’inquiétude à ce jour ». Avec le réchauffement climatique, le débit moyen des cours d’eau devrait diminuer, de 10 à 40 % à horizon 2050-2070 comparé à aujourd’hui, selon le ministère de la Transition énergétique.

Des équipements renforcés

Quid de l’air ? Au cœur de la centrale, des températures élevées peuvent, en cas d’équipements sous-dimensionnés, affecter le fonctionnement des ventilations et les capacités de refroidissement des systèmes de sûreté pour évacuer la puissance du réacteur, souligne l’IRSN. Les températures maximales de référence, fixées à la conception des centrales dans les années 70, ont été dépassées en 2003, poussant EDF à les réviser et à renforcer ses équipements.

Les performances des échangeurs thermiques refroidissant l’eau des systèmes de sûreté avec l’eau de la rivière (ou de la mer) ont été augmentées, des climatiseurs installés, des batteries froides ajoutées sur certains systèmes de ventilation. « Dans les locaux des bâtiments de sauvegarde, il y a des pompes, des diesels, tout un tas de systèmes de sauvegarde qui fonctionnent correctement jusqu’à une certaine température », explique Olivier Dubois, adjoint au directeur de l’expertise de sûreté de l’IRSN.

Des tests réalisés cet été, en conditions caniculaires

Lors des examens décennaux de sûreté, EDF continue à revoir ses températures de référence, en fonction aussi des prévisions climatiques du Giec, ajoute-t-il. Les ventilations de certains locaux devront ainsi être renforcées pour les réacteurs de 900 MWe. « On considère que les modifications engagées par EDF sont suffisantes pour gérer la situation, même si les épisodes caniculaires se reproduisent », résume Olivier Dubois. « Sous réserve des essais sur les diesels ».

Ces groupes électrogènes (ou « diesels ») de secours sont des matériels essentiels à la sûreté en cas d’accident, dont le fonctionnement pourrait être altéré par de fortes températures extérieures, craint l’IRSN. « Si ces diesels ne produisent pas la puissance nécessaire en cas d’accident, là c’est un vrai problème de sûreté », explique Olivier Dubois. « On a donc demandé à EDF de les tester en période de grand chaud. Car quand la température de l’air augmente, le rendement du moteur baisse ». Un essai a été mené la semaine dernière à Dampierre, qui doit être reproduit sur toutes les centrales.