Nouvelle Aquitaine: La (très grande) valeur économique de la biodiversité établie par des scientifiques

ECOLOGIE Avec la présentation ce mardi du rapport Ecobiose sur la biodiversité, la Nouvelle Aquitaine devient la première région de France à se lancer dans un tel état des lieux

Elsa Provenzano

— 

La forêt des Landes gagnerait en productivité si des mélanges d'essences y étaient réalisés.
La forêt des Landes gagnerait en productivité si des mélanges d'essences y étaient réalisés. — VALINCO/SIPA
  • Beaucoup d’activités économiques régionales dépendent de ressources naturelles en Nouvelle-Aquitaine.
  • Mais l’érosion de la biodiversité n’a pas lieu qu’à l’autre bout du monde, elle touche les espaces naturels régionaux, pointe le rapport Ecobiose sur la biodiversité, commandé par la Région.
  • Le rapport, dévoilé ce mardi, met en avant les bénéfices mutuels pour l’économie et la biodiversité à changer certaines pratiques (monoculture, usage de pesticides etc.)

En Nouvelle-Aquitaine davantage que dans d’autres régions françaises, l’économie repose énormément sur les ressources naturelles. Elle est par exemple la première région française en nombre d’exploitations agricoles (élevage bovin, caprin, céréales, ostréiculture etc.) et d’emplois liés et, la première région forestière avec 10 millions de m3 de bois produits en 2017.

Or la biodiversité, comme partout dans le monde, subit un effondrement sans précédent. Le rapport Ecobiose, sorte d’IPBES ( plateforme intergouvernementale sur la biodiversité et les services écosystémiques) à l’échelle de la région, a fait ce mardi un premier point d’étape pour mesurer la dépendance entre biodiversité et économie.

Biodiversité régionale est « en déclin prononcé »,

Lancé par la région Nouvelle-Aquitaine il y a deux ans, le projet mobilise 150 scientifiques et 25 laboratoires sur la région, coordonnés par le centre d’études biologiques de Chizé-CNRS, dans les Deux-Sèvres. Les chercheurs se sont appuyés sur 1.000 publications scientifiques, dont 500 régionales pour évaluer les interactions entre le système économique et la biodiversité.

Premier enseignement marquant : Comme ailleurs en Europe, la biodiversité régionale est « en déclin prononcé », alertent les chercheurs d’Ecobiose. En cause, principalement, l’agriculture intensive, l’uniformisation des paysages, l’urbanisation, l’artificialisation des sols et l’utilisation de pesticides, qui en détruisant les « nuisibles » détruisent aussi les prédateurs et perturbent l’ensemble des écosystèmes.

« Depuis 30 ans, le déclin est continu. On va vers la disparition les unes après les autres des espèces, le scénario est écrit si on ne fait rien », assure Vincent Bretagnolle, directeur de recherche au Centre d’Etudes Biologiques de Chizé-CNRS et coordinateur du projet. « L’exemple le plus extrême, c’est celui de la perdrix grise qui a pratiquement disparu dans le sud des Deux-Sèvres, alerte-t-il. 95 % des effectifs ont disparu en 20 ans de suivi ». Il prend aussi l’exemple des serpents dont les populations ont chuté de 90 % en 20 ans.

Biodiversité alliée de la production agricole

« On est en mesure de dire que les systèmes de productions agricoles et sylvicoles dépendent de manière très étroite de la biodiversité », pointe Vincent Bretagnolle. En clair, la diversité dans les cultures améliore nettement la production, en volume et en qualité

Les chiffres avancés par les experts pour étayer cette argumentation sont spectaculaires. En forêt, une diversité d’essences assure un gain de rendement de 14 % et elle permet de faire baisser les attaques des chenilles processionnaires (des ravageurs du pin) de 50 %. Les oiseaux (mésanges, huppes fasciées, etc.) sont capables de prélever 50 % en moyenne des populations de chenilles processionnaires.

Dans les champs, un mélange luzerne et graminées peut générer une augmentation de 60 % de la biomasse. Le rapport prouve aussi que les vers de terre à proximité des cultures améliorent la production de 20 % et que la pollinisation par les abeilles augmente les rendements de colza et de tournesol de 40 % en moyenne.

Vers une sortie des pesticides doit être effective d’ici dix ans ?

Pour Nicolas Thierry, vice-président en charge de l’environnement et de la biodiversité à la région, c’est l’ensemble des politiques publiques de la collectivité qu’il va donc falloir corriger au regard de ce rapport qui apporte des preuves édifiantes de l’urgence à agir. « Il y aura des virages serrés à prendre même pour des orientations votées récemment », reconnaît-il.

Au-delà des outils de classement ou de sanctuarisation d’espaces naturels sensibles, le vice-président estime qu’on ne peut pas continuer à privilégier le modèle de la monoculture et que la sortie des pesticides doit être effective d’ici dix ans. D’autres décisions pour protéger une biodiversité qui apparaît comme un moteur économique régional devraient intervenir à brève échéance, soit d’ici six mois environ.

D’ailleurs le 9 juillet prochain la première plénière consacrée entièrement à la transition écologique, baptisée Néoterra, aura lieu dans l’hémicycle de la région. Elle doit permettre de donner une feuille de route avec des objectifs précis. Un budget devrait lui être attribué en suivant, d’ici la fin de l’année.