My Label, BuyOrNot, EthicAdvisor... Ces applications qui vous aident à manger plus éthique

ALIMENTATION Il y a la désormais célèbre Yuka, qui permet de scanner les articles de supermarché pour en connaître la qualité nutritionnelle. Mais de nouvelles applications prennent le relais en proposant de se pencher aussi sur leur impact environnemental et sociétal.

Fabrice Pouliquen

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Des paniers de course dans un supermarché alimentaire (illustration).
Des paniers de course dans un supermarché alimentaire (illustration). — DURAND FLORENCE/SIPA
  • My Label, BuyOrNot, EthicAdvisor… Plusieurs applications mobiles ont vu le jour dans la foulée de Yuka. Elle propose d’aller plus loin en apportant aux utilisateurs des données sur les impacts environnementaux et sociétaux des produits en rayon.
  • Toutes partent de la même base de données, Open Food Facts, le « Wikipédia » de la fiche produit. Chacune a ensuite sa méthode pour se démarquer. My Label s’appuie sur le travail d’associations et d’ONG, quand BuyOrNot renvoie sur des campagnes de boycott.
  • Ces applications, encore balbutiantes, ont leurs limites. Il n’y a pas encore d’informations pour chaque produit, par exemple. Reste qu’elles touchent un point crucial : la demande des consommateurs d’une plus grande transparence.

Remplir ses placards de thé à la menthe. Celui de la marque Lipton, par exemple, du géant agroalimentaire Unilever… Une bonne idée, non, en ces jours de forte chaleur ? Bof, en fait, nous dit My Label. Car en scannant le code-barres de la boîte dans l’application mobile, un bonhomme rouge s’affiche. Le signe que l’article n’est pas à la hauteur sur certains critères environnements et sociétaux.

C’est sur la question de la gouvernance et de la transparence, de l’utilisation des OGM et des pesticides que ça coince. Ce thé Lipton est pourtant labellisé « Rainforest Alliance/UTZ ». Mais ce label « a jusque-là peu démontré son influence positive sur les conditions de vies des producteurs, et même sur l’environnement », précise Fair(e) un monde équitable, un mouvement citoyen sur lequel s’appuie My Label pour décrypter la jungle des labels.

Aller plus loin que Yuka…

C’est tout le travail de cette nouvelle application, lancée en avril dernier. Vous connaissez sans doute la désormais célèbre Yuka, qui permet de scanner les articles dans les rayons des supermarchés et d’en connaître la qualité nutritionnelle. My Label fait la même chose, en ajoutant des informations sur les impacts environnementaux et sociétaux du produit que vous vous apprêtez à ajouter à votre panier « La présence ou non de pesticides, d’OGM, de perturbateurs endocriniens, l’utilisation ou non d’huile de palme, la juste rémunération des agriculteurs, les efforts ou non pour réduire les déchets ou éviter la déforestation…, liste Christophe Hurbin, cofondateur de My Label. En tout, l’utilisateur peut cocher 21 critères sur lesquels il veut être informé. »

My Label n’est pas la seule à s’être lancée sur ce créneau. Dans le même genre, il y a aussi EthicAdvisor, d’une autre startup parisienne, ou «BuyOrNot», de l'association lyonnaise I-boycott. Toutes ont un même point de départ, le même, d’ailleurs, que Yuka. « C’est Open Food Facts, une base de données collaborative et libre d’accès », précise Christophe Hurbin. D’où son surnom : « le Wikipédia de la fiche produit ». Les données sont entrées par des contributeurs volontaires. 600.000 articles y sont référencés avec, pour chacun, les ingrédients présents, les allergènes, la composition nutritionnelle…

Des tiers de confiance pour My Label, les campagnes de boycott pour BuyOrNot

Ensuite, à chaque application sa méthode pour compléter les données d’Open Food Facts. « A My Label, nous nous appuyons sur « des tiers de confiance » – associations, ONG, instituts – qui sont référents sur nos 21 critères, et dont on reprend les campagnes et analyses, explique Christophe Hurbin. C’est par exemple Greenpeace sur les ressources marines, Equileap sur l’égalité homme/femme, CIWF pour le bien-être animal, Fair(e) un monde équitable sur les labels ».

BuyOrNot, en revanche, est plus à voir comme une extension de la plateforme collaborative qu’administre I-boycott, sur laquelle sont lancées ou relayées des campagnes de boycott contre des entreprises jugées non-éthiques. « L’utilisateur scanne un produit et si celui-ci fait l’objet d’une campagne sur notre site, nous l’en informons », raconte Levent Acar, fondateur d’i-boycott.

Pour Coca-Cola, l’application renvoie par exemple sur une double campagne, liée à la fois à la consommation de plastique de la firme d’Atlanta et à son utilisation intensive de la ressource en eau, au Mexique notamment. « Et nous ne nous le faisons pas uniquement pour les sodas Coca-Cola, mais pour tous les produits du groupe, y compris ceux que l’on n’imagine pas. Comme les jus de fruits de la marque Innocent », précise Levent Acar.

Des applications encore incomplètes ?

Dans les rayons, toutefois, ces jeunes applications montrent parfois leurs limites. La principale est sans doute le manque d’informations sur un grand nombre d’articles. Forcément, elles n’auront pas du jour au lendemain des éléments pertinents sur les 600.000 produits d’Open Food Facts. Mais des articles, pourtant essentiels sur les questions sociétales et environnementales, manquent encore à l’appel. C’est le cas des boîtes de thon, secteur pour lequel le marché français est peu performant, selon Greenpeace. « L’approvisionnement des plus grandes marques repose essentiellement sur une pratique de pêche destructrice, les dispositifs de concentration de poissons (DCP), précise l’ONG, qui distingue deux bons élèves seulement : Phare d’Eckmühl et Système U. Or, pour la majorité de ces grandes marques, comme Petit Navire, épinglée récemment par le magazine Cash Investigation, My Label appose un visage gris, en précisant que le produit n’est pas suffisamment évalué.

« L’objectif de My Label n’est pas seulement de pointer ce qui ne va pas, se défend Christophe Hurbin. Il est aussi, et c’est même sa mission première, d’aider les consommateurs à trouver des produits en phase avec leurs valeurs. Pour les articles en gris ou en rouge, nous proposons à l’utilisateur des alternatives, c’est-à-dire des produits dont nous sommes certains qu’ils respectent bien vos attentes. Ainsi, pour le thon en boîte, si la préservation de la biodiversité est un critère que vous avez sélectionné, My Label proposera à la place d’autres marques utilisant des techniques de pêche moins nocives, à la ligne, par exemple. »

L’Ania, le lobby de l’industrie alimentaire, « favorable »

Quoi qu’il en soit, ces applications devraient trouver leur public. Levent Acar annonce à ce jour 150.000 téléchargements. My Label, lancé plus récemment, n’y est pas encore, mais vise un million de téléchargements pour son premier anniversaire. « Il est primordial, aujourd’hui, d’apporter aux consommateurs des informations environnementales et sociétales sur les produits qu’ils achètent, note Martin Régner, intrapreneur à l’Ademe (Agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie) , où il travaille justement sur cette question. Ces applications à scan, au plus près de la décision d’achat, sont un des outils pour y parvenir. Il y en a d’autres : les sites internet de recettes, les applications qui permettent de faire les courses en ligne ou, en magasin, les tickets de caisse, l’affichage en rayon. »

Même l’Ania (Association national des industries alimentaires), le lobby du secteur, dit voir d’un bon œil l’arrivée de My Label ou de BuyOrNot. A une condition, tout de même : qu'« elles s’appuient sur des bases de données fiables », précise à 20 Minutes l’association, qui assure avoir constaté « des erreurs dans Open Food Facts ». Du coup, l’Ania prépare, avec d’autres acteurs, sa propre base de données numérique, Num Alim. « On y retrouvera les données présentes sur les étiquettes du produit ainsi que des informations complémentaires : l’empreinte environnementale, son origine, s’il y a un label… ». Elle pourra être opérationnelle fin 2020 et « pourra nourrir des applications comme My Label », précise l’Ania.

En quête de nouvelles données

Christian Hurbin reste frileux pour l’instant. « Sur les questions de transparence, Num Alim n’apporte pas, à ce jour, toutes les garanties », précise-t-il. Le cofondateur de My Label a d’autres partenariats en tête pour enrichir son application. « Un travail est en cours avec l’Ademe pour intégrer certaines de ses données, précise-t-il. Ce serait autour des vins, pour lesquels existe une foule de labels pas toujours simple à déchiffrer. »