Canicule en France: Le Mont-Blanc victime d'un coup de chaud, quelles conséquences pour l'avenir?

RECHAUFFEMENT CLIMATIQUE Le plus haut sommet de l'Europe pourrait connaître une période de plusieurs dégels en raison des très fortes chaleurs

Caroline Girardon

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Le sommet du Mont-Blanc pourrait connaître plusieurs jours de dégel. Une situation qui n'est pas inédite mais assez exceptionnelle en ce début d'été.
Le sommet du Mont-Blanc pourrait connaître plusieurs jours de dégel. Une situation qui n'est pas inédite mais assez exceptionnelle en ce début d'été. — CATERS/SIPA

Le Mont-Blanc, victime d’un coup de chaud ? La vague caniculaire, qui touche actuellement la France, n’épargnera pas le plus haut sommet de l’Europe. D’après les observateurs, l'isotherme 0°C devrait se situer vers 4.700 à 4.800 mètres d'altitude. « Vendredi, il pourrait même être un peu plus haut », précise Gilles Bruno, adjoint chef du centre Météo des Alpes du Nord. Les températures devraient être légèrement supérieures à 0°C. « Par conséquent, l’enneigement au sommet qui était assez abondant à la fin du mois de juin, pourrait se résorber à grande vitesse », prédit-il.

Un épisode exceptionnel ? Pas vraiment. « Cette situation s’est déjà produite à plusieurs reprises. On est sur des valeurs équivalentes à celles de l’été 2003 et même de l’été 2015 », répond Gilles Bruno, précisant que le record de 1983 pourrait être battu.

Le 31 juillet de cette même année, 37,2°C avaient été enregistrés à Chamonix. Mardi, premier jour de l’épisode caniculaire, le mercure affichait 36,4°C au même endroit. Plus qu’à Grenoble ou Lyon. Contre une moyenne de 20 à 22 degrés dans des périodes « normales ».

Multiplication des épisodes caniculaires

« Il n’est pas habituel d’avoir des températures de 34 ou 35°C dans les fonds de vallée. Dans les années 90, cela n’arrivait jamais. Maintenant, c’est quasiment le cas chaque année, poursuit le météorologue. On constate depuis 15-20 ans, une multiplication des épisodes caniculaires qui pourrait être corrélée avec le réchauffement climatique ».

Si le phénomène n’est pas nouveau, il a toutefois retenu l’attention des observateurs. « C’est la première fois qu’il survient aussi tôt dans l’été », relève Ludovic Ravanel, guide haute montagne et chercheur au CNRS. Et d’ajouter : « Si ce coup de chaud reste unique, les conséquences ne seront pas très graves. Mais si ces épisodes se répètent durant tout l’été, cela peut entraîner des conditions dramatiques pour la montagne ». Comme des éboulements rocheux ou des écroulements de parois.

Des risques importants d’éboulements rocheux

« Les fortes chaleurs dégradent le permafrost (une couche de terre ou de sédiments qui présente la particularité de rester gelée pendant plus de deux années consécutives). La terre, gelée durablement, assure le rôle de ciment. Mais si elle fond, et que le dégel est important, des pans entiers de parois peuvent être déstabilisés », explique-t-il.

Selon une publication scientifique, le réchauffement climatique pourrait impliquer dans le pire des cas jusqu’à 35 à 40 % de jours sans gel en été au sommet du Mont-Blanc d’ici l’an 2100. Reste à savoir si le Mont-Blanc, dans un futur plus ou moins proche finira par devenir impraticable. Ce n’est pas ce qu’imagine Ludovic Ravanel.

« Il restera accessible mais la pratique de l’alpinisme pourrait être différente. On peut très bien imaginer qu’elle devra se dérouler à la fin de l’hiver ou au printemps plutôt qu’en plein cœur de l’été. On risque d’aller vers un changement des saisonnalités », conclut-il.