VIDEO. Marseille: «Révolution culturelle» ou «coup de com'», la circulation différenciée s’annonce compliquée

ENVIRONNEMENT La mise en place pour la première fois, ce jeudi, à Marseille de la circulation différenciée fait polémique

Mathilde Ceilles

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Vue de Marseille le 18 août 2009, lors d'une canicule ayant causé une forte pollution à l'ozone
Vue de Marseille le 18 août 2009, lors d'une canicule ayant causé une forte pollution à l'ozone — Gerard Julien AFP
  • Ce jeudi, et pour la première fois, la circulation différenciée est activée à Marseille.
  • La mesure s’annonce compliquée à être mise en place : dans une ville où la voiture est prépondérante, une majorité de Marseillais n’a pas de vignette CritAir
  • La mesure fait également polémique. Aucune restriction n’est envisagée pour limiter la pollution des navires.

« Prenez ma nièce, elle est infirmière à domicile. Elle est obligée de prendre la voiture pour voir ses patients, vu comment on est desservi en transports en commun ici, dans les quartiers Nord. Alors demain, seules les voitures qui auront une vignette CritAir de niveau 1 à 3 pourront circuler, et demain, les bateaux de croisière que vous voyez là, dans le port, ils seront toujours là, avec leurs fumées, et leurs pollutions ! »

Anissa Cheurfa ne décolère pas, du haut du belvédère de la Viste, dans les quartiers Nord de Marseille. La présidente du CIQ de cette cité vient d’apprendre la décision du préfet de mettre en place pour la première fois dans l’histoire de la cité phocéenne la circulation différenciée pour les voitures.

« Une attitude pédagogique »

C’est une des conséquences de la vigilance orange à la canicule que connaît ce jeudi le département des Bouches-du-Rhône. Atmosud, l’association chargée de surveiller la qualité de l’air dans le Sud-Est a en effet déclenché la procédure d’alerte à la pollution à l’ozone de niveau 2 dans les départements des Bouches-du-Rhône et du Vaucluse pour la journée de jeudi. Aussi, dès six heures du matin, ce jeudi, les véhicules les plus polluants, correspondant aux vignettes CritAir 4 et 5, seront interdits de circulation dans le centre-ville de Marseille. Et ce, quelques jours seulement après l'arrêté du 6 juin autorisant le recours à cette mesure, qui pourrait être reconduite jusqu’à samedi inclus.

Un véritable « pari » de l’aveu même du préfet des Bouches-du-Rhône, qui reconnaît lui-même que peu de Marseillais sont aujourd’hui informés de cette nouveauté. « Nous sommes conscients que demain, tout le monde ne disposera pas de cette vignette, concède Pierre Dartout. Nous appellons chacun à se doter à se connecter sur Internet pour acheter cette vignette au plus vite. Et nous emploierons dans un premier temps une attitude pédagogique. »

Distribution de flyers

Traduction : les policiers qui mobilisés ce jeudi pour vérifier les vignettes CritAir ont pour consigne de ne pas verbaliser les véhicules. « Nous aurons 21 équipes mobilisées le matin et 24 l’après-midi, explique Olivier de Mazières, préfet de police des Bouches-du-Rhône. Plusieurs milliers de flyers sont en cours d’impression et vont être distribués par les forces de l’ordre. »

Et au préfet Dartout de prévenir : « si le phénomène de canicule provoque une nouvelle fois la mise en place de la circulation différenciée, on sera dans l’obligation de passer à un autre stade, et de contrôler effectivement que tout le monde respecte bien les normes. »

« Une révolution culturelle »

Traduction là encore : au prochain épisode de pollution, les Marseillais devront avoir la vignette CritAir et se passer, pour certains, de leurs voitures. Dans une des villes les plus polluées de France, où les transports en commun sont peu développés, au contraire de l’usage de la voiture, le préfet peut-il être entendu ?

« On a tout à fait conscience, qu’ici, à Marseille, cette mesure constitue une révolution culturelle, reconnaît Pierre Dartout. Là où je dis que nous sommes optimistes, c’est que nous sommes convaincus que la grande majorité de nos compatriotes sont conscients d’une part de la réalité du changement climatique et des phénomènes qui constituent la pollution. Il faut aussi s’appuyer sur le civisme de nos compatriotes. »

« Deux poids, deux mesures »

Des paroles qui font bondir la sénatrice marseillaise Samia Ghali. « On ne peut pas être en désaccord avec les mesures qui luttent contre la pollution, mais il fallait organiser tout cela avant le pic de pollution. C’est mal organisé, c’est un coup de com, et des coups de com, une hypocrisie, et on n’en a pas besoin. C’est comme donné les consignes de sécurité en cas de tremblement de terre… pendant le tremblement de terre ! »

Plusieurs élus, dont le député LFI Jean-Luc Mélenchon ou Samia Ghali, déplorent en effet l’absence de mesures visant spécifiquement les navires accostant dans le port de la ville, alors que, dans un même temps, des mesures touchent la circulation automobile. « Il y a deux poids deux mesures, alors qu’un bateau génère la pollution que produit un million de voitures, affirme la sénatrice. C’est du placebo, on ne règle pas les vrais problèmes. »

« La question de la circulation automobile est la principale cause de la pollution de l’air ici, affirme le préfet Dartout. Incontestablement aussi, les mesures que l’on peut prendre en matière de circulation automobile sont plus faciles à mettre en œuvre que les autres. » Une affirmation partiellement vraie : comme l’expliquait 20 Minutes il y a peu, la pollution en dioxydes d’azote d’origine maritime est désormais plus importante que celle d’origine routière dans la métropole d’Aix-Marseille.