Ardèche: Et si les châtaigniers venaient à disparaître?

RECHAUFFEMENT CLIMATIQUE Déjà rongés par les champignons, ces arbres ont désormais du mal à résister aux changements climatiques

Caroline Girardon

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Dans l'Ardèche, les châtaigniers sont menacés de disparition.
Dans l'Ardèche, les châtaigniers sont menacés de disparition. — F. Lodi / Sipa
  • En Ardèche, plusieurs centaines d’hectares de châtaigniers dépérissent.
  • Attaqués par les champignons, ils subissent également les aléas du réchauffement climatique.
  • Selon les observateurs, il n’est pas exclu que les châtaigniers puissent disparaître d’ici à une cinquantaine d’années.

Les châtaigniers dépérissent. Dans certains coins de l'Ardèche, département réputé pour ses châtaignes, les arbres sont en mauvaise santé. Très mal en point même. Selon les observateurs, cela concernerait plusieurs centaines d’hectares. Le chancre et l'encre, deux champignons qui s’attaquent aux écorces ou aux racines, sont en partie responsables du phénomène mais pas seulement.

« Les fluctuations climatiques ont aggravé la situation, explique Vincent Didier, technicien forestier au sein de l'ONF. Un arbre, frappé par la maladie, peut vivre longtemps. Cela perturbe la fructification mais il peut résister jusqu’à la fin de sa vie. Le problème est que les châtaigniers souffrent depuis des années de très fortes chaleurs et de la sécheresse ».

Des températures similaires à celle du climat méditerranéen

Feuilles brûlées par le soleil, bogues qui tombent prématurément, les récoltes des deux dernières années ont été catastrophiques dans le département, premier producteur de France. En 2017, 1.500 tonnes de châtaignes ont été ramassées contre 5.000 habituellement.

Les épisodes caniculaires, qui se sont multipliés ces dernières années, ont flingué les récoltes mais aussi accéléré le dépérissement à long terme des châtaigniers. « Ce ne sont pas des arbres méditerranéens, habitués à de telles chaleurs », rappelle Vincent Didier. Et d’ajouter, assez pessimiste : « Il n’est pas exclu que, d’ici à quelques décennies, peut-être même dans 50 ans, ils viennent à disparaître. On peut vraiment s’interroger sur le sujet. On ne sait pas vraiment comment leur situation va évoluer et nous ne sommes pas en mesure de le prédire avec certitude. Mais ils sont dans un état de souffrance tel qu’il va y avoir des incidences à tout point de vue : écologique, naturelle et même économique ».

Le pin noir d’Autriche appelé à disparaître

En tout état de cause, on ne pourra pas replanter de châtaigniers pour remplacer les arbres morts. Et ils ne seront pas les seuls à mourir si le réchauffement climatique s’accentue davantage. Le pin noir d’Autriche, très présent en Ardèche, est lui aussi menacé.

« Il est très clair que ces arbres, introduits il y a 100 ans pour lutter contre l’érosion des sols, ne sont plus à leur place aujourd’hui. Dans 20 ou 30 ans, il n’y en aura plus, s’avance le spécialiste. Le problème est de savoir ce que l’on va pouvoir planter pour le remplacer. Aujourd’hui, nous ne sommes pas en mesure de le savoir ».