Le village de Correns s'est proclamé premier village bio de France.
Le village de Correns s'est proclamé premier village bio de France. — Mathilde Ceilles / 20 Minutes

REPORTAGE

Var: Comment pour «une question de vie ou de mort», Correns est devenu le premier village bio de France

A Correns, de la cave viticole en passant par l’épicerie ou la cantine, le bio est omniprésent, et ce depuis des décennies

  • Correns s’est autoproclamé premier village bio de France.
  • Les premiers viticulteurs se sont mis au bio dans les années 1990
  • Le village accueille désormais d’autres agriculteurs bio, et sert même du bio à la cantine.

Le vin ? Il est majoritairement  bio ici, messieurs-dames. Le miel ? Aussi. Le fromage de chèvre ? Egalement. Et la cantine des enfants ? Presque entièrement. Le petit village agricole de Correns, perdu au bout d’une route de la Provence verte, dans le Var, s’est autoproclamé premier village bio de France. Il fait en effet office de précurseur : depuis les années 1990, le hameau s’est engagé dans une démarche de conversion au bio et au développement durable, notamment de ses terres agricoles.

Pour comprendre cette particularité qui fait aujourd’hui l’identité de Correns, il faut remonter aux années 1990. Dans ce village essentiellement viticole, qui appartient aux Côtes de Provence, la cave coopérative se porte alors plutôt mal. « C’était une question de vie ou de mort, il fallait sauver l’économie du village », se souvient Fabien Mistre, actuel président de la cave coopérative. Une poignée de vignerons décident de se lancer dans le bio, empochant au passage les aides bienvenues de l’Europe versées aux agriculteurs qui cherchent à se convertir à ce type d’agriculture. Nous sommes en 1997.

« On s’est fait allumer »

« On s’est fait allumer, certains disaient qu’on allait ruiner l’économie du village, comme, à l’époque, en gros, il n’y avait que les babas cool qui faisaient du bio », se souvient Fabien Mistre, dont le père faisait partie des vignerons à l’origine de cette transition. Un pari aujourd’hui réussi : l’ensemble des 32 vignerons que regroupe la cave coopérative produit exclusivement du vin bio, et le vin, régulièrement médaille au concours national d’agriculture, est en rupture de stock.

La cave produit 10.000 hectolitres, au gré des aléas climatiques. Car cultiver en bio, c’est accepter de perdre un certain rendement en raison de la météo. « C’est 20 à 30 % de travail en plus, estime Fabien Mistre. Et il faut que le climat s’y prête. L’année dernière par exemple a été une année très difficile. La vigne a eu la maladie en raison des conditions météo, et l’on a perdu 30 % de la récolte. »

Une question de « philosophie »

« Le bio, désormais, ça fait partie de la philosophie du village, affirme, au café du coin, Guillaume Roustan, dirigeant d’un moulin à huile, qui produit en partie en bio. Contrairement aux autres communes, ici, les exploitations sont plus petites, par exemple. » Outre la coopérative, le bio a désormais conquis un apiculteur, un maraîcher, et même la cantine scolaire.

Une décision qui tient à cœur à Michaël Latz, maire de Correns depuis 1995, qui vit là son dernier mandat. « Il me semblait important de faire un gros travail pédagogique auprès de nos enfants, estime cet ingénieur agronome de formation. C’est important de bien manger, et nous servons depuis une dizaine d’années des aliments qui pour 75 % sont bio et issus et de l’agriculture locale. Nous faisons également un gros travail sur le gaspillage : on fait peser chaque jour aux enfants ce qu’ils rejettent. Et le repas n’est pas plus cher qu’ailleurs. »

Brad Pitt séduit

Avec seulement 2,80 euros par tête, la ville de Correns offre en effet un repas relativement bon marché. « Ça ne coûte pas plus cher, estime Michaël Latz. On a fait des choix budgétaires, on a mis moins sur le fleurissement de la commune… L’idée est vraiment de créer une dynamique. »

Un état d’esprit au sein du village, qui attire touristes… et personnalités. En 2011, Brad Pitt et Angelina Jolie ont décidé de s'installer à Correns, en achetant le château de Miraval. « Quand il est arrivé, Brad Pitt connaissait l’image de Correns, et je suis certain que cette démarche lui a plu », affirme Denis Mistre, viticulteur aujourd’hui retraité.

Un enthousiasme quelque peu douché quand on franchit la porte de l’épicerie bio du village. « On devrait tous manger bio, c’est une évidence, estime Lune Bernabé. Nous, on a créé l’association en 2014, ce genre de commerces permet de redynamiser le village. Mais c’est pas évident, on a du monde en saison, mais après…. En ce moment, ça va, donc pourvu que ça dure… »