Des vaches (mais sans hublots). (illustration)
Des vaches (mais sans hublots). (illustration) — SEBASTIEN BOZON / AFP

INTERVIEW

«Vaches à hublot» : Les laboratoires «passent un peu à côté de la réglementation» sur la cruauté envers les animaux

Le porte-parole de la Fondation Brigitte-Bardot voudrait que le cadre législatif change au sujet des expérimentations sur les animaux, afin d’éviter, par exemple, l’existence des «vaches à hublots», montrées par l’association L214

  • L’association L214 contre la maltraitance des animaux a publié une nouvelle vidéos sur les pratiques d’un laboratoire. On y voit les poulets trop gros pour marcher et surtout des "vaches à hublot", avec lesquels il est plus facile de faire des expériences sur l’estomac.
  • L214 a aussi porté plainte. Mais la loi actuelle permet aux laboratoires de passer entre les mailles du filet. Les justifications demandées sont limitées et la capacité de contrôle presque inexistante, dit le porte-parole de la Fondation Brigitte-Bardot, Christophe Marie.
  • Il pense que le précédent de la modification de la loi au sujet de la cruauté dans les abattoirs est un précédent qui peut-être exploité par les associations dans leur combat.

Des vaches à hublot. Ce n’est pas du Jules Verne, c’est la dernière vidéo de l’association contre la maltraitance animale L214. L’association s’est fait un nom, ces dernières années, en diffusant des vidéos en caméras cachées de mauvais traitements sur les animaux, notamment dans des abattoirs. Cette fois, c’est un laboratoire qui est dans le viseur de l’association. Situé sur la commune de Saint-Symphorien, dans la Sarthe, il fait des expérimentations, pour le compte du groupe Avril, sur l’alimentation des bêtes.

Et notamment sur des vaches, affublées d’un hublot pour que les employés puissent directement faire des prélèvements dans l’un des principaux estomacs du ruminant. Les images sont très impressionnantes, bien que la technique soit loin d’être nouvelle. L214 a néanmoins porté plainte pour que cesse ce qu’elle considère être des mauvais traitements. La plainte à peu de chances d’aboutir, à en croire Christophe Marie, porte parole de la Fondation Brigitte-Bardot. Cela ne l’empêche pas de soutenir l’initiative, et d’appeler à un changement de la législation.

La loi actuelle qui encadre les expérimentations sur les animaux laisse une grande marge d’interprétation aux acteurs du secteur…

Oui, elle est très floue. Il existe des actes de maltraitance qui sont reconnus comme tels et qui sont punis. Pour autant, dans le domaine de l’expérimentation animale on est sur un autre niveau puisque la loi reconnaît que ces expériences amènent une souffrance et une cruauté et la mort de l’animal. Mais ce n’est pas régi par le Code pénal : ça ne peut pas faire l’objet d’une condamnation. C’est un milieu fermé dans le sens où les protocoles d’expérience doivent être soumis à des comités d’éthique mais qui n’ont pas toujours compétence à remettre en cause ce qui leur est présenté. C’est la grosse difficulté, qu’on dénonce depuis longtemps : le côté imperméable de ce qui se passe dans les laboratoires et l’impossibilité d’ouverture. Il y a bien des contrôles vétérinaires, mais pas sur les expérimentations en elles-mêmes.

Les laboratoires sont donc légalement très protégés ?

Je ne sais pas si on peut parler de protection. Je ne crois pas qu’il y ait une volonté de les protéger. Mais ils passent un peu à côté de la réglementation, comme un angle mort. La volonté affichée, c’est de réduire le nombre d’animaux expérimentés. Sauf que, on le voit bien ces dernières années, il y a plutôt une reprise du nombre d’animaux expérimentés, globalement. Pour rester dans le domaine de l’élevage, ce qui est intéressant aussi dans ce que dénonce L214, c’est de voir que ces expérimentations-là ne sont pas faites pour le bien-être animal et encore moins pour la santé humaine. C’est vraiment une volonté d’adapter les animaux à un environnement qui leur est hostile, une volonté productiviste.

La plainte a donc peu de chances d’aboutir mais in fine l’idée est, je présume, de changer la loi…

Oui, tout à fait. Il faudrait véritablement que tous les actes de cruauté ne soient pas acceptés ni tolérés et soient punis. Ce n’est pas le cas. Là, actuellement, si on peut justifier le fait qu’on est dans le cadre d’expérimentations. En gros, il n’y a pas de possibilités de contrôles et ça passe à côté de la réglementation. Mais la réglementation évolue en permanence. Au départ, par exemple, le Code pénal condamnait uniquement les actes de cruauté sur la voie publique et pas pour le bien-être des animaux mais pour préserver les témoins possibles de tels actes, pour éviter qu’ils soient choqués. Et puis ça a évolué sur les actes de cruauté aussi chez les particuliers. Mais il y a encore des domaines où il est très compliqué de pouvoir procéder à une verbalisation ou condamnation quelconque. Parce que, typiquement, dans un laboratoire, les personnes habilitées à s’y trouver remettent rarement en cause ce qu’il s’y passe.

Vous sentez une oreille attentive sur ce sujet chez les politiques ?

Jusqu’à présent, l’expérimentation animale c’est un sujet assez compliqué. J’ai rencontré en décembre dernier le président du groupe d’étude condition animale à l’Assemblée nationale, Loïc Dombreval, député de la majorité, pour justement soulever ces problèmes. Pour dire qu’il faut qu’il y ait un regard sur ces élevages et après dans les laboratoires.

Je ne sais pas si ça va bouger beaucoup, mais ce qui est intéressant, c’est qu’au niveau des abattoirs, on avait le même phénomène. Les vidéos qui ont été diffusées par L214, notamment, ont permis l’ouverture d’une commission d’enquête parlementaire et l’intégration dans la loi Egalim d’une protection des lanceurs d’alerte en abattoir ainsi que des sanctions pour les actes de mauvais traitements. Typiquement, cela crée un précédent : c’était un lieu pas plus ouvert (que les laboratoires) et où il y a possibilité maintenant de faire reconnaître des manipulations violentes d’animaux, qui sont passibles de condamnations.

D’autres mesures pourraient être prises ?

Ce qui nous paraît indispensable, c’est de permettre aux étudiants chercheurs de refuser ce modèle pour travailler sur des alternatives. Ça existe aux Pays-Bas et en Italie, il y a un droit d’objection de conscience à l’expérimentation animale. Il faut que les prochains chercheurs puissent refuser de recourir aux animaux de telle manière qu’on puisse mettre à leur disposition d’autres procédés et méthodes alternatives. Leurs professeurs ont été formés sur le modèle animal et n’ont pas du tout envie de remettre en cause leur formation et leur savoir. Donc ils retransmettent ça, et on n’en sort pas. La France est l’un des pays qui expérimente le plus d’animaux chaque année (2 millions).