Aude: Au moins trois enfants surexposés à l'arsenic près d'une ancienne mine d'or

SANTE Des analyses montrent qu’au moins trois enfants de la petite école de Lastours ont été surexposés à l’arsenic. Les inondations d’octobre 2018 ont fait ressurgir les inquiétudes liées à la mine d’or désaffectée de Salsigne

Helene Menal

— 

Un des sites d'extraction de la mine d'or de Salsigne, fermée en 2004.
Un des sites d'extraction de la mine d'or de Salsigne, fermée en 2004. — PASCAL PAVANI / AFP
  • Les analyses de trois enfants qui ont été scolarisés à l’école de Lastours, dans l’Aude, montrent une surexposition à l’arsenic.
  • Depuis les inondations d’octobre 2018 et la crue de l’Orbiel, les inquiétudes ont ressurgi dans le secteur sur les effets nocifs de l’ancienne mine d’or de Salsigne.
  • Les autorités se veulent rassurantes et promettent de nouvelles études.
  • Plusieurs autres enfants se sont fait dépister mercredi à l’hôpital de Carcassonne.

Les dramatiques inondations dans l’Aude  en octobre 2018 ont réveillé une vieille peur. Celle de l’arsenic utilisé un siècle durant dans la mine d’or de Salsigne perchée en haut de la vallée de l’Orbiel, cette rivière qui a débordé emportant tout, routes et ponts, sur son passage. Et cette peur est loin d’être irrationnelle à en croire les résultats d’analyses de deux petits garçons, deux frères, révélés notamment par Le Canard Enchaîne.

Benoît et Lucas sont aujourd’hui âgés de 9 et 7 ans. Ils ont fait leur scolarité (maternelle et CP) à l’école du village de Lastours. Sa cour a été décaissée sur 20 cm après les inondations, parce qu’elle est située à l’aplomb d’un énorme stock de rejets miniers que la pluie ravine. Une spécificité que la famille, installée dans le secteur depuis sept ans, ignorait jusqu’à une réunion organisée par le maire et l’institutrice le 10 mai. « Bien sûr on a entendu parler de la mine mais j’ai toujours cru que tout cela était hermétique », confie Cindy, la mère des garçonnets, à 20 Minutes.

Benoît et Lucas souffrent depuis plusieurs années de maux de ventre et de gastros à répétition, inexpliqués. Alors, après la fameuse réunion, et l’annonce d’un premier cas de surexposition positif chez un élève, leurs parents ont demandé un dépistage d’arsenic à l’hôpital de Carcassonne. Les résultats sont sans appel : les urines de Lucas présentent un taux de 20 microgrammes d’arsenic par gramme de créatinine, celui de son frère Benoît est à 15, alors que le seuil de surexposition officiel est de 10 microgrammes.

D’autres enfants attendant leurs résultats d’analyse

« On amène nos enfants à l’école et on les croit en sécurité », déplore dépitée Cindy qui depuis que les résultats sont tombés a frappé à plusieurs portes, dont celle de l'Agence régionale de Santé (ARS), avec l’impression de prêcher dans le désert.

Jusqu’à ce mercredi, jour où nombre de parents, sur le point de créer un collectif, s’étaient donné rendez-vous à l’hôpital pour un dépistage collectif. L’ARS était sur place. Elle explique prendre « pleinement en considération les inquiétudes de ces familles ». «Un test positif n'est que le témoin d'imprégnation récente à l'arsenic dans les 15 jours précédents et en aucun cas le témoin d'une exposition durable. Pour ceux dont les tests sont au-dessus des normes habituellement admises, il faudra refaire ce test dans les deux mois», assure un responsable de l'ARS.

Le pont effondré de la commune inondée de Villegailhenc, dans l'Aude, le 15 octobre 2018.

Dans les jours qui ont suivi les inondations, de premiers prélèvements ont été faits dans le secteur. Les « premiers résultats ont montré que les concentrations en arsenic dans les eaux de surface et souterraines étaient dans les gammes observées lors des années précédentes », indiquent les autorités dans un document d’information. Une deuxième étude a eu lieu en janvier, notamment face à l’inquiétude grandissante des riverains. « Les valeurs observées (…) sont du même ordre de grandeur avant et après la crue », conclut-elle, sans exclure « que très localement » elle n’ait pas créé des concentrations de « matériaux contaminés ».

« On nous a annoncé de nouvelles campagnes de mesure », indique Cindy. Mais ce que veulent les parents désormais c’est « un protocole de soin » pour leurs enfants surexposés. Et des réponses, non seulement sur l’Orbiel, mais sur la qualité de l’environnement dans lequel ils vivent depuis des années.