Aéronautique: «Le SCAF, c‘est le programme européen le plus ambitieux en matière de défense»

INTERVIEW Les explications de Bruno Fichefeux, directeur du programme «Système de combat aérien du futur» pour Airbus, à l'occasion de l'ouverture du Salon du Bourget

Lucie Bras

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Emmanuel Macron assiste à la signature de l'accord-cadre entre Ursula von der Leyen, Florence Parly et Margarita Robles, le 17 juin au Salon du Bourget.
Emmanuel Macron assiste à la signature de l'accord-cadre entre Ursula von der Leyen, Florence Parly et Margarita Robles, le 17 juin au Salon du Bourget. — ELIOT BLONDET-POOL/SIPA
  • Le 53e salon aéronautique du Bourget s’est ouvert ce lundi 17 juin, avec la signature d’un accord entre la France, l’Espagne et l’Allemagne sur l’avenir de la défense européenne.
  • Ce programme appelé SCAF (Système de combat aérien du futur) combine avions de combat, drones et autres aéronefs pour répondre à de nouvelles « menaces ».
  • Bruno Fichefeux, directeur du programme SCAF pour Airbus, a répondu aux questions de 20 Minutes.

Nouvelle étape pour le « système de combat aérien du futur » (SCAF) ce lundi. Au salon du Bourget, la ministre des Armées Florence Parly a signé ce lundi, avec ses homologues allemande Ursula Von der Leyen et espagnole Margarita Robles, un accord destiné à développer encre un peu plus l’avenir de la défense européenne, idée chère à Emmanuel Macron. A la proue de cet ambitieux projet, les entreprises Airbus et Dassault Aviation travaillent sur les maquettes d’avions de combat et de drones, qui constitueront cette nouvelle force. Bruno Fichefeux, directeur du programme SCAF pour Airbus, a répondu aux questions de 20 Minutes.

En quoi consiste le SCAF, et pourquoi c’est important ?

La menace à laquelle nos forces aériennes sont confrontées évolue. Les scénarios dans lesquels l’Armée de l’air opère deviennent de plus en plus dangereux. En analysant cette menace du futur, on se rend compte qu’il faut développer un nouveau système, sinon on ne sera pas capable d’y faire face. Quand on voit ces scénarios, la seule manière qu’on a trouvée pour y répondre, c’est de combiner plusieurs aéronefs, pilotés et non pilotés, qui vont évoluer ensemble sur une mission.

Au lieu de travailler en solitaire, on a donc une combinaison : des caméras, des brouilleurs qui pourront leurrer des défenses ennemies en simulant la signature radar d’un avion, des drones qui feront de l’observation, un ravitailleur. Avec, en capitaine de mission un avion de chasse et son pilote.

L’intelligence artificielle (IA) interviendra aussi dans ce programme. Comment se manifestera-t-elle ?

Le pilote opérera dans un avion au milieu d’un essaim de drones, de ravitailleurs, qui vont fournir une multitude de données. Ces données, c’est trop pour un seul pilote, il ne peut pas les gérer seul. L’IA va donc les analyser pour aider le pilote dans sa mission. Dans tous les cas, c’est le pilote qui décide à la fin. Mais on peut lui prémâcher le travail.

On a eu la confirmation de l’arrivée de l’Espagne dans ce pacte. France, Allemagne, Espagne… Est-ce le début d’une Europe de la défense, indépendante de toute puissance militaire étrangère, comme les Etats-Unis par exemple ?

C‘est le programme européen le plus ambitieux en matière de défense. C’est une question de souveraineté. Ce système fonctionne avec les autres nations de l’OTAN mais l’Europe veut garder une autonomie stratégique, préserver ses compétences industrielles. A l’avenir, il faut être capable de rentrer dans le théâtre des opérations en premier. Si on est capable de faire ça, on maintient une souveraineté européenne. Les nations motrices que sont la France et l’Allemagne l’ont placée tout en haut de l’agenda politique, avant d’être rejointes par l’Espagne.

Les Anglais développent le système Tempest en parallèle, ils ont lancé leurs propres programmes. Nous, on est convaincu qu’il y a la place pour un seul programme en Europe si on veut tenir tête aux grands blocs. Il faut contrer ensemble et moins on se divise, mieux c’est. Avec le Royaume-Uni, il y a la grosse incertitude du Brexit, mais on est loin d’exclure une convergence. Cette décision se prendra au niveau politique, pas au niveau industriel.

Après la signature des trois pays, quelles sont les prochaines étapes de ce programme ?

Comme quand on construit une maison, il faut faire les plans. Le contrat prévoit une étude qui va durer deux ans, jusqu’en 2020. En parallèle, on vient de remettre des offres aux gouvernements pour pouvoir lancer des prototypes qu’on souhaite voir démarrer cette année, afin de tester certaines technologies comme l’intelligence artificielle, ou l’avion de chasse. Les Rafale et les Eurofighters seront intégrés au système et doivent voler jusqu’en 2050. L’horizon, c’est d’avoir un nouveau système pleinement opérationnel en 2040. Un système fait pour durer cinquante ans, voire plus.