Catastrophes naturelles: «L'Etat assouplit de plus en plus les prises de décision pour les rendre efficaces»

INTERVIEW « 20 Minutes » a interrogé Alix Roumagnac, président de Predict, société d'expertise dans la prévention des risques naturels, sur l'adaptation de la société aux catastrophes naturelles

Propos recueillis par Jean-Loup Delmas

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Des éclairs lors d'un orage (illustration).
Des éclairs lors d'un orage (illustration). — Xavier Delorme
  • La France va annoncer l’état de catastrophe naturelle pour les orages en Rhône-Alpes.
  • Une efficacité qui est le fruit d’une adaptation continu de la France à un climat de plus en plus changeant.
  • Pour Alix Roumagnac, président de Predict, société d’expertise dans la prévention des risques naturels, il reste encore des étapes à franchir afin de s’adapter au mieux au dérèglement climatique.

Ce dimanche, au lendemain des orages dans les Rhône-Alpes, le ministre de l'Agriculture déclarait que l'état de catastrophe naturelle sera pris « dans les deux jours »​. Une rapidité d’action qui ne surprend pas Alix Roumagnac, président de Predict, société d’expertise dans la prévention des risques naturels au niveau national, et qui aide communes, entreprises et particuliers à prendre des décisions lors de sinistres. Pour lui, c’est la preuve d’une société qui s’adapte au dérèglement climatique.

Y a-t-il une augmentation des catastrophes et des risques naturels ?

Cela fait depuis 2006 qu’on suit l’ensemble des risques naturels au niveau national, et en une décennie, il y a eu une augmentation des catastrophes naturelles, tant en fréquence qu’en intensité. Toutes les études effectuées et l’ensemble des données récoltées confirment que le dérèglement climatique va générer des situations de plus en plus extrêmes, que ce soit des inondations, des tempêtes, des sécheresses, des vagues de froid. A ce titre, il est important d’insister sur la notion de dérèglement et non de réchauffement climatique.

Dans le même temps, la société devient de plus en plus vulnérable. Le nombre d’habitants augmente, ainsi que le nombre d’habitations, de biens et de valeurs. Alors que les aléas climatiques n’ont jamais été aussi importants, les enjeux de leurs impacts se sont eux aussi accrus. La Caisse centrale d’assurance estime notamment qu’en 2050, le coût des dommages naturels pour les assurances devrait augmenter de 50 %.

Justement, les assurances risquent elles aussi de s’adapter et d’augmenter leur prix ?

C’est la voie logique. Il y a même des débats pour savoir si les « aléas » le sont encore. Ils sont censés représenter des incertitudes, or est-ce qu’ils sont toujours incertains ? L’assurance va devoir travailler sur la prévention, la solidarité et la mutualisation. C’est trois leviers qu’elle doit augmenter, et donc il y aura très certainement une augmentation des coûts. Mais il est normal qu’avec la hausse du nombre des événements de sinistres, il y ait une augmentation du prix des assurances. Cette logique doit simplement être explicitée de manière pédagogique afin d’être entendue.

L’Etat, doit-il aussi s’adapter, afin de rendre par exemple la déclaration d’état de catastrophe naturelle plus rapide et plus efficace ?

C’est en réalité une réflexion que l’Etat a déjà entendue. Après le passage d’Irma dans les Antilles, le gouvernement a décidé d’accélérer les choses pour la réforme du régime de catastrophes naturelles. « Un système plus incitatif, plus rapide, plus généreux pour l’assurabilité outre-mer dans le cadre d’une stratégie durable », avait notamment déclaré Emmanuel Macron. Le régime a souvent été réformé, et a fait preuve de son efficacité. La garantie « cat’nat’» a offert une réelle résilience à la France face aux catastrophes naturelles et a toujours permis d’apporter des réponses fortes. Des mesures ont déjà été prises petit à petit pour assouplir le processus de prise de décision et le rendre plus rapide et efficace. La réforme, prévue pour l’été 2019, devrait encore accélérer les choses.

Au-delà de rendre les prises de décisions plus rapides et efficaces, est ce qu’une partie du combat ne se trouve pas dans la prévention ?

Oui, et c’est même le cœur de notre mission. Il faut distinguer deux grands combats dans cette prévention : premièrement, régler la problématique fondamentale du dérèglement climatique, et essayer de le stopper et de le diminuer au mieux. De gros efforts doivent être faits en ce sens.

Deuxièmement, l’anticipation des catastrophes naturelles qui auront lieu. Même dans le meilleur des cas pour la lutte contre le changement climatique, il devrait y avoir une augmentation des catastrophes naturelles jusqu’à au moins 2050. On peut faire deux choses : anticiper pour les nouvelles constructions. Eviter les zones trop à risques, réfléchir aux matériaux utilisés, etc. On peut également diminuer les conséquences en prévenant les populations des comportements à adopter : éviter de circuler avec son véhicule lorsqu’on sait qu’une inondation va arriver, faire des plans communaux de sauvegarde en cas de catastrophe, un système d’alerte, des SMS pour les assurés particuliers. C’est le gros travail dans lequel les assurances se sont engagées. La baisse des coûts des sinistres anticipés permet de financer leur prévention.