Cerises, ananas, céleris, endives… Dans quels fruits et légumes trouve-t-on le plus de résidus de pesticides?

ALIMENTATION Générations futures publie ce jeudi un état des lieux des résidus de pesticides retrouvés dans les fruits et légumes consommés en France. L’ONG entend mieux informer le consommateur sur un sujet pour lequel les données accessibles au public manquent

Fabrice Pouliquen

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Sur six ans, 89% des échantillons de cerises analysées par la DGCCRF (Direction générale de la concurrence, de de la consommation et de la répression des fraudes) contiennent des traces de pesticides, indique l'ONG Générations Futures.
Sur six ans, 89% des échantillons de cerises analysées par la DGCCRF (Direction générale de la concurrence, de de la consommation et de la répression des fraudes) contiennent des traces de pesticides, indique l'ONG Générations Futures. — JUSTIN SULLIVAN / GETTY IMAGES NORTH AMERICA / AFP
  • Pour ce rapport, Générations Futures s’est appuyé sur les analyses d’échantillons que fait la Direction générale de la concurrence, de la consommation et de la répression des fraudes (DGCCRF). Au total, 18 fruits et 32 légumes ont été pris en compte.
  • De 2012 à 2017, ce sont en moyenne 71,9 % des échantillons de fruits qui contenaient des résidus de pesticides. Pour les légumes, la moyenne est de 43,3 %.
  • L’ONG n’appelle pas au boycott des fruits et légumes les plus exposés aux résidus de pesticides mas entend, par ce rapport, informer les consommateurs des risques auxquels ils s’exposent et de la façon dont sont produits ces aliments.

Entre 2012 et 2017, 89 % des échantillons de cerises analysés par la DGCCRF (Direction générale de la concurrence, de la consommation et de la répression des fraudes), sur des lots vendus et consommés en France, contenaient des résidus de pesticides de synthèse. Le taux grimpe même à 91,8 % sur la seule année 2017.

Un pourcentage qui place la cerise, 16e fruit le plus consommé en France, à la première place du rapport que publie ce jeudi matin l’association Générations futures. Il dresse un état des lieux des résidus de pesticides de synthèse dans les fruits et légumes vendus et consommés dans l’Hexagone. L’ONG, qui milite pour une agriculture sans pesticides, sort pour la deuxième année consécutive une compilation de ce type. Ce coup-ci en y intégrant les données de 2017 (les dernières disponibles).

Graphique Générations Futures
Graphique Générations Futures - Graphique Générations Futures

Ne plus seulement se baser sur les données américaines…

« C’est un sujet qui intéresse un nombre croissant de consommateurs français, mais sur lequel ne circulaient jusque-là que des données sur le marché américain, explique Nadine Lauverjat, coordinatrice de Générations Futures. Or, elles ne permettent pas de se rendre compte de la situation française. Les substances actives de pesticides autorisées ne sont pas les mêmes dans les deux pays, pas plus que les méthodes de production ou les circuits d’importations. »

Dans son rapport, Générations Futures a pris en compte les fruits et légumes pour lesquels existaient au moins trente analyses d’échantillons étalées sur au moins cinq années. Dix-huit fruits et 32 légumes ont ainsi été pris en compte. Pour chacune de ces familles, l’ONG indique le pourcentage d’échantillons contenant des résidus de pesticides en proportion suffisante pour être quantifiés par la DGCCRF. Elle précise aussi le pourcentage d’échantillons pour lesquels les résidus de pesticides détectés étaient supérieurs à la imite maximale en résidu (LMR), un seuil réglementaire à ne pas dépasser fixée par l’Union européenne. « Chaque LMR est fixée pour une molécule et un aliment, précise Nadine Lauverjat. La LMR « glyphosate » pour le maïs sera ainsi différente de celle fixée pour le blé. »

Graphique Générations Futures
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71,9 % des échantillons de fruit avec des résidus de pesticides

Qu’en retenir ? Les moyennes, déjà. Sur les six années de données, 71,9 % des échantillons des 32 fruits pris en compte contenaient des résidus de pesticides dans des proportions suffisantes pour être quantifiées par la DGCCRF. Onze fruits sont au-dessus de la moyenne, dont les cerises (89 %), les clémentines et mandarines (88,1 %) et les raisins (87,3 %), qui constituent le trio de tête. Pour les légumes, la moyenne tombe à 41,3 %. Tout de même, des résidus de pesticides quantifiés ont été retrouvés dans 84,9 % des céleris branches, 82,5 % des céleris-raves et 69,3 % des herbes fraîches.

Par ailleurs, 2,9 % des échantillons de fruits avaient des résidus de pesticides supérieurs à la limite maximale. L’ananas, 13e fruit le plus consommé de France, est celui qui compte le plus de dépassements de LMR, avec une moyenne de 9,6 % sur les six ans. Pour les légumes, 3,4 % des échantillons dépassaient la LMR de 2012 à 2017. Le taux grimpe à 21,5 % pour les herbes fraîches, 15,7 % pour le céleri branche, 10,8 % pour le  céleri-rave.

« Nous ne disons pas qu’il faut cesser de manger des ananas »

Voilà pour les chiffres. Reste la question la plus importante : Faut-il s’en inquiéter ? A quels risques s’expose le consommateur en mangeant ces fruits et légumes ? La question est compliquée, d’autant plus que les données de la DGCCRF ne permettent pas toujours d’y répondre. « Elle fournit des données globales, regrette Nadine Lauverjat. Elle indique la quantité de résidus de pesticides trouvée dans les échantillons et s’il y a des dépassements de LMR. Mais elle ne dit pas le nom de la molécule trouvée, ni la provenance, ni même si plusieurs molécules ont été retrouvées. »

Générations Futures ne veut pas basculer non plus dans le catastrophisme. « A aucun moment, nous disons qu’il faut cesser de manger des cerises, des ananas ou des céleris, reprend la coordinatrice de l’association. Et nous rappelons, comme le spécifie le Programme national nutrition santé, qu’il est très important de manger au moins cinq fruits et légumes par jour. »

Mais l’organisme renvoie aussi à la préconisation du Haut conseil de la santé publique qui, dans ses repères nutritionnels de février 2017, conseille de « privilégier la consommation de fruits et légumes cultivés selon des modes de production diminuant l’exposition aux pesticides ». « C’est le cas de l’agriculture biologique, qui limite les intrants [éléments entrants dans la production d’un bien] et bannit les pesticides de synthèse (sauf cas exceptionnel)  pour privilégier ceux organiques (d’origine végétale, animale, microbienne...) », indique Nadine Lauvergat.

Graphique Générations Futures
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Combler le manque d’informations…

Pour ceux qui ne peuvent pas ou ne veulent pas passer à une consommation 100 % bio, Générations Futures entend reconduire chaque année, désormais, cet état des lieux des résidus de pesticides trouvés dans les fruits et légumes consommés en France. « L’enjeu est de mieux informer les consommateurs, reprend la coordinatrice de l’association. A la fois sur le risque d’exposition aux pesticides qu’il y a à acheter tels fruits ou légumes, mais aussi, plus généralement, sur la façon dont sont produits ces aliments. Un taux important de dépassement de LMR ou un nombre important d’échantillons portant des traces de pesticides sont ainsi des indices d’une agriculture intensive que souhaitent aujourd’hui éviter certains consommateurs. »

Sur ces sujets, les données sont peu accessibles au grand public et peuvent radicalement changer d’une année sur l’autre. « Nous savons que des cultures sont plus gourmandes en intrants chimiques, raconte Nadine Lauverjat. C’est le cas de l’arboriculture fruitière [cultures d’arbres fruitiers : cerise, pêche, pommes, poire, etc.], la viticulture, les légumes à feuilles, comme les céleris ou les endives, ou encore certains agrumes pour lesquels on utilise des produits chimiques, après la récolte, pour conserver les fruits plus longtemps. »

En quête d’informations sur la provenance

En revanche, il reste le mystère de l’ananas. Pourquoi les dépassements de LMR sur les échantillons analysés ont-ils bondi de 22 % en 2017 ? « Peut-être que cette année-là, une part des importations en France s’est faite d’un pays moins regardant sur l’utilisation de pesticides ? », avance Nadine Lauvergat sans certitude. « C’est sur ce point que nous aimerions plus d’informations de la DGCCRF, reprend-elle. Nous avons demandé qu’elle nous indique notamment la provenance des produits analysés. Nous n’avons pas eu de réponses à ce jour. »