A quoi faut-il faire attention quand on achète des aliments bio?

BIO ET BON Acheter bio ne met pas les consommateurs à l’abri des polluants, révèle une étude réalisée sur 130 produits du quotidien

Lucie Bras

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Des piments bio vendus sur le marché à Nantes.
Des piments bio vendus sur le marché à Nantes. — LOIC VENANCE / AFP
  • Le magazine 60 Millions de consommateurs a révélé la présence de polluants dans des produits bios après les avoir testés.
  • « On ne peut pas acheter bio les yeux fermés », explique un ingénieur agroalimentaire à l’origine des tests.
  • 20 Minutes a sélectionné une série de conseils pour mieux choisir ses aliments bio.

Dans un dossier publié ce mercredi, 60 Millions de Consommateurs dévoile l'envers du bio. Huile, œufs, lait… Parmi les 130 produits de grande consommation testés, pas de trace de pesticides, mais les ingénieurs ont détecté la présence de polluants. Consommer bio, oui mais comment ?

« Tous les produits bios ne se valent pas. On ne peut pas acheter bio les yeux fermés », analyse Antoine Haentjens, ingénieur agroalimentaire à l’Institut national de la consommation (INC). Quand il fait ses courses, le consommateur doit être actif pour faire la différence entre vraies promesses et arguments marketing. 20 Minutes est allé chercher quelques conseils sur les comportements à adopter quand on achète bio.

Plats préparés ou paquets de gâteaux : évitez les produits ultra-transformés, même en bio

Quand la liste d’ingrédients s’allonge, c’est déjà mauvais signe : le produit est très transformé, loin des ingrédients de départ. « Plus votre produit est transformé plus vous avez des étapes, donc des failles à tous les étages », explique l’ingénieur. Exemple avec un plat de saucisses-lentilles bio : d’où viennent les lentilles ? Y a-t-il des nitrites dans les saucisses ? Comment le produit a-t-il été emballé ? Autant d’étapes qui nuisent à la qualité totale du produit. Idem pour les paquets de gâteaux bios, sur lesquels on retrouve les mêmes listes d’ingrédients que les gâteaux dits conventionnels (non bio).

« Acheter bio, ce n’est pas acheter plus diététique : c’est aussi trop sucré, trop salé… Ce n’est pas non plus nécessairement un produit qui ne contient pas d’additif à risque », prévient Antoine Haentjens. « Rien ne remplace le fait de cuisiner à la maison. Si vous achetez des tomates bios que vous cuisinez vous-mêmes, vous avez plus de vertus et vous vous y retrouvez financièrement », reconnaît-il.

Pas de confiance aveugle : la composition du produit examinée de près

C’est vrai qu’on n’a pas toujours le temps de le faire. Regarder la liste des ingrédients, c’est pourtant une habitude vertueuse. « Vous regardez la composition, l’étiquette nutritionnelle, le nutriscore. Des ingrédients doivent vous mettre la puce à l’oreille : tout ce qui est sucré, le sirop de mais, le sucre inverti, l’huile de palme, les nitrites autorisés dans la charcuterie bio… », explique Antoine Haentjens.

On savait que les nitrites et le sucre n’étaient pas très bons pour la santé, mais quid de l’huile de palme bio ? « On a trouvé de l’huile de palme bio dans des pâtes à tartiner bio. Pour produire la même quantité que l’huile de palme conventionnelle, il faut plus de surface à cultiver car les rendements sont inférieurs. On aggrave donc la déforestation », explique-t-il. Pas la peine donc de boycotter votre fameuse pâte à tartiner pour un produit bio, car elle n’est pas forcément meilleure pour l’environnement.

Pas de tomates en hiver… Réapprendre le cycle des saisons

Les tomates en plein hiver, ça nous manque à tous, mais ce n’est pas une raison. « Acheter une tomate en décembre, même bio, c’est un bilan catastrophique », prévient Antoine Haentjens. Un produit souvent importé, qui a des conséquences éthiques. « En Espagne, les producteurs de tomates font appel à la main-d’œuvre étrangère, souvent sous-payée ». En revanche, dès que la saison commence, les tomates bios françaises, c’est la garantie d’un fruit sans pesticides et « d’un agriculteur qui a été moins exposé aux pesticides ». Pour réviser votre calendrier des fruits et légumes, c'est par ici.

Des labels équitables (mais peu connus) à privilégier

Si le label AB (développé par l’Agence bio et « propriété exclusive du ministère de l’Agriculture ») et l’eurofeuille (label européen) sont assez fréquents dans nos rayons de supermarchés, les labels plus pointus (et donc plus exigeants) sont plus difficiles à trouver. Pêle-mêle, on trouve le label Haute valeur environnementale (les exploitations labellisées sont disponibles sur le site du ministère de l'Agriculture), Demeter (qui table sur la biodynamie) et  Nature et progrès.

Avoir conscience de ce que représente le bio

Des polluants dans nos produits bios… Nous aurait-on menti ? Non, car le cahier des charges du bio « porte sur des pratiques agricoles et non pas sur les résultats », précise Antoine Haentjens. « Ça ne nous met pas à l’abri de ces pollutions. L’agriculteur qui s’installe dans le bio peut avoir un terrain pollué et des dioxines dans l’air [le polluant trouvé dans des œufs par 60 Millions de consommateurs]. » Quand on achète bio, « on achète des pratiques agricoles durables, un respect des saisons, des cycles naturels, avec une utilisation raisonnée des pesticides, un maintien de la fertilité des sols… Mais il y a des grosses failles comme ces tomates hors saison sous serre par exemple, qui ont un bilan carbone terrible, beaucoup plus polluant », réagit-il.

Tout dépend des raisons pour lesquelles les consommateurs passent au bio. La principale, c’est la santé. Pour obtenir des résultats sur ce point, il faut être vigilant : « On ne va surtout pas déconseiller d’acheter bio. C’est au cas par cas. Ce qui compte c’est la provenance de vos denrées, si les producteurs sont dans une vraie démarche ou alors dans une ferme totalement industrialisée. Quand vous achetez bio, vous avez le choix, c’est positif. »