Marseille: La pollution des bateaux dépasse désormais celle des voitures, quelles conséquences pour la santé?

POLLUTION Selon AtmoSud, la pollution en dioxydes d'azote d'origine maritime est désormais plus importante que celle d'origine routière dans la métropole d'Aix-Marseille

Adrien Max

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La pollution en dioxydes d'azote par les bateaux est désormais plus importante que celle du trafic routier.
La pollution en dioxydes d'azote par les bateaux est désormais plus importante que celle du trafic routier. — ANNE-CHRISTINE POUJOULAT / AFP
  • Selon AtmoSud, les émissions de dioxydes d’azote d’origine maritime ont dépassé pour la première fois en 2018 dans la métropole d’Aix-Marseille celle d’origine routière.
  • En plus du dioxyde d’azote, les bateaux émettent du soufre et des particules fines, qui peuvent avoir des conséquences à court et long terme sur la santé.
  • Le député des quartiers nord Saïd Ahamada (LREM), milite pour la création d’une ECA, une zone de faibles émissions.

D’immenses fumées noires, une sorte de voile brun à l’horizon et des bronches qui piquent. Comme la sensation de vivre dans un immense nuage de pollution à Marseille. Une sensation bien réelle lorsque l’on apprend de la part d’AtmoSud, chargé d’étudier la qualité de l’air en Paca, qu’en 2018, les émissions des NOx (dioxydes d’azote) d’origine maritimes dans la métropole marseillaise ont pour la première fois été plus importantes que les rejets routiers.

La ville de Marseille est-elle donc parvenue à créer davantage de pollution avec les bateaux qu’avec les voitures, qui était déjà problématique ? « Ce constat s’explique d’une part par la diminution des émissions des voitures, dû à la baisse du trafic routier et à l’amélioration des technologies, et d’autre part par l’augmentation du trafic maritime », détaille AtmoSud.

Conséquences à court et long terme

Ce dioxyde d’azote n’est en réalité qu’une partie du cocktail de polluants émis par les bateaux, que ce soit les navires de croisière, comme ceux de transport de marchandises. Il faut y ajouter les émissions de particules fines, ainsi que celle de soufre. Conséquences, les populations suffoquent. « Oui des gens sont malades, confirme Wilfrid Robion, président de Cap au Nord, une association pour la défense de la qualité de vie dans les quartiers nord. Des anciens de l’association sont morts d’un cancer des poumons alors qu’ils ne fumaient pas. Mais c’est toujours très compliqué de corréler ces maladies à la pollution. »

« Les pollutions s’ajoutent les unes aux autres. Certaines auront des conséquences à court terme, et d’autres à long terme. Les pollutions gazeuses vont avoir des conséquences à court terme avec l’apparition de maladies respiratoires. Pour les particules fines, elles peuvent avoir des conséquences sur la formation des poumons chez le bébé. Sur la métropole, les sources de pollution se multiplient entre le port, la voiture, le bassin de Fos, c’est très problématique », indique Pascal Chanez, pneumologue à l’AP-HM et enseignant chercheur.

« Un environnement qui favorise les risques sanitaires »

L’agence régionale de santé (ARS) a elle-même reconnu « un environnement qui favorise les risques sanitaires ». Un environnement qui ne devrait pas bénéficier d’une baisse du trafic maritime, comme l’explique le port de Marseille. « L’objectif du port est de développer l’ensemble des filières, du conteneur, des vracs, ou encore les passagers, ferries et croisières », indique-t-on. Actuellement autour d’1.5 millions de passagers, l’objectif est d’atteindre 2 millions l’année prochaine.

Seule bonne nouvelle à l’horizon, comme le fait remarquer Wilfrid Robion, la réduction du taux de soufre contenu dans le carburant des bateaux plafonné à 0.5 % en mer par l’Organisation maritime internationale (IMO). Mais cela ne concerne que le souffre. Pour faire face à ce problème de santé, le port tente de mettre en place certaines solutions comme le branchement des navires à quai ou le développement du gaz naturel liquéfié. « Le port de Marseille Fos place l’excellence environnementale au cœur de sa stratégie en s’appuyant sur les actions déjà réalisées, notamment en matière de diversification énergétique », assure-t-on. Une stratégie loin d’être suffisante à la vue des chiffres d’AtmoSud.

Création d’une zone ECA

Pour tenter d’enrayer la pollution liée au trafic maritime, le député LREM des quartiers nord de Marseille, Saïd Ahamada, milite pour la création d’une ECA, une zone à faible émission. « Elle existe dans le nord de la France mais pas dans le sud, ce qui créé une discrimination entre ces habitants », regrette le député. Une étude d’impact a été rendue fin 2018. Les négociations ont désormais commencé entre les pays européens, avant de se poursuivre avec les autres états du pourtour Méditerranéen. Elle ne devrait néanmoins pas voir le jour d’ici à 2022.

En cas d’échec, une zone du même type pourrait être créée sur une partie seulement de la Méditerranée. « Ça pourrait bloquer au niveau de Chypre et de la Grèce, on pourrait imaginer une zone des pays du Maghreb, l’Espagne, l’Italie et nous », avance Saïd Ahamada. En attendant, il a déposé un amendement dans le cadre de la loi Mobilité pour une zone à faible émission uniquement sur les zones territoriales françaises.

« La pollution dépasse les frontières, elle ne serait donc pas efficace. Mais c’est un moyen de faire pression sur le gouvernement », précise Saïd Ahamada. Il espère également que la récente nomination d’Hervé Martel à la tête du port fera avancer les choses. Une première réunion entre le port de Marseille et les riverains, sous l’égide de la préfecture, a eu lieu mardi. Une première depuis 2013.