Météo: Comment peut-on perdre dix degrés en une seule nuit?

INTERVIEW Un dimanche sous le soleil, un lundi sous la grisaille… La météo se montre capricieuse ces jours-ci sur une large partie de la France, et Paris a perdu près de 10 °C en 24 heures. Mais « un tel contraste n’a rien d’anormal », tempère Emmanuel Demaël, prévisionniste à Météo France

Propos recueillis par Fabrice Pouliquen

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Le thermomètre a dépassé les 30°C en ce week-end de l'Ascension... pour la première fois de l'année.
Le thermomètre a dépassé les 30°C en ce week-end de l'Ascension... pour la première fois de l'année. — Patrick Seeger / dpa / AFP
  • Le mercure a atteint pour la première fois de l’année les 30 °C lors de ce week-end prolongé de l’Ascension.
  • Mais ce lundi, une bonne partie de la France est sous la grisaille, avec des chutes de températures de 10 °C enregistrées dans certaines villes.
  • Il n’y a rien d’anormal pour Emmanuel Demaël. L’anticyclone qui s’était installé sur l’Europe de l’ouest la semaine dernière, associé à une masse d’air chaude, est à son tour chassé par une masse d’air plus froide, venue de l’océan.

Il n’y a de soleils éclatants que sur le quart sud-est de la France, ce lundi, sur la carte Météo France . Partout ailleurs, ils sont voilés de nuages, quand ils n’ont pas totalement disparu pour laisser la place à la pluie, comme en région Bourgogne. Côté températures, on atteint certes les 29 °C en Rhône-Alpes et les 30 °C dans les Cévennes, mais ailleurs, elles avoisinent les 23 °C, et tombent même à 17 °C à la pointe de la Bretagne ou dans le Cotentin.

Le contraste est saisissant avec la météo du week-end, où un soleil éclatant et des températures à 30°C et plus enregistrées pour la première fois de l’année ont marqué de belle manière l’arrivée de l’été météorologique le 1er juin.

Comment expliquer un tel écart ? Emmanuel Demaël, prévisionniste à Météo France, répond à 20 Minutes.

De tels écarts de températures d’un jour à l’autre sont-ils inédits ?

Il est vrai que le contraste est important. Nous avons vécu dimanche une journée assez remarquablement chaude, surtout sur un axe allant du Massif Central aux frontières du nord de la France. Autrement dit, de Clermont-Ferrand à Lille. Des températures de 32 voire 34 °C ont été enregistrées. Dans plusieurs stations météorologiques, il n’avait jamais fait aussi chaud aussi tôt dans l’année. Depuis, donc, les températures ont chuté. Dès dimanche, une dégradation est survenue par l’Ouest avec une vaste perturbation allant de la Galice (nord de l’Espagne) au Royaume-Uni, en passant par la pointe de la Bretagne. Les baisses de température les plus nettes sont observées sur ce même axe Massif Central-frontières du nord de la France. Autrement dit, entre Clermont-Ferrand et Lille. Paris, par exemple, a perdu 10 °C par rapport à la veille. A Clermont, on est passé de 34,3 °C dimanche, la ville la plus chaude en France ce jour-là, à 26 °C ce lundi.

En revanche, non, la situation n’est pas inédite, ni anormale. De telles oscillations d’un jour sur l’autre arrivent relativement fréquemment. C’est même un classique du climat de l’ouest de l’Europe.

Quels phénomènes météorologiques sont à l’origine de cette variation des températures ?

Un anticyclone s’était installé sur une large partie de l’Europe continentale depuis le début du week-end de l’Ascension. Ces hautes pressions atmosphériques, associées à une masse d’air plus chaude, ont chassé la masse nuageuse qui s’accrochait sur la partie centrale de l’Europe, apportant alors ces quelques jours de beaux temps. Mais cette masse d’air chaude se voit à son tour grignotée depuis dimanche par une masse d’air d’origine océanique, plus fraîche, venue de l’Ouest. Encore une fois, c’est du classique.

Ce n’est seulement ces derniers jours que nous avons atteint, en France, pour la première fois de l’année, des températures de 30 °C ou plus… Est-ce tardif ?

Les premiers 30 °C ont effectivement été enregistrés vendredi, en basse vallée du Rhône, à Nîmes et Carpentras. C’est vrai qu’après une séquence très anormalement chaude, début février, le mercure a eu du mal à grimper en France et le mois de mai a été poussif. Les températures ont été plus basses que la normale. Le déficit a été de 1,1 °C sur ce mois.

Cela n’enlève-t-il rien au fait que Météo France prévoit « qu’une grande partie de l’Europe devrait connaître des températures plus chaudes que la normale » cet été ?

Il ne faut jamais faire de liens entre un événement météorologique isolé et une tendance qu’on peut donner sur trois mois. Il faut aussi prendre du recul sur nos prévisions saisonnières. Pour être précis, 50 % des scénarios pris en compte par Météo France pour faire ces prévisions font état d’un été plus chaud que la normale. Mais 20 % font aussi état d’un été en dessous de la normale et les 30 % restants sont dans la normale. Il n’y a donc aucune certitude. Par ailleurs, rien n’empêche que ces trois mois, même s’ils se révèlent au-delà des normales saisonnières, soient malgré tout traversés par des temps plus frais.