Faire venir la déchetterie mobile aux habitants, la solution pour améliorer le tri en ville?

TRI Un câble électrique, une radiographie, un pot de peinture… A Paris comme dans un nombre croissant de grandes villes, il est désormais possible de se débarrasser de ces encombrants sans sortir de son quartier. En les déposant à la déchetterie mobile

Fabrice Pouliquen

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A Paris, place Poulmarch (10e), une personne âgée vient déposer des petits encombrants à la déchetterie mobile lors de son passage dans le quartier.
A Paris, place Poulmarch (10e), une personne âgée vient déposer des petits encombrants à la déchetterie mobile lors de son passage dans le quartier. — F.Pouliquen/20 Minutes
  • Depuis 2014, Paris propose à ses habitants un service de déchetteries mobiles. Ces trimobiles sillonnent la capitale, s’arrêtant en cinquante points de collectes qu’elles visitent deux fois par mois.
  • Trop petites pour votre machine à laver, ces déchetteries de poche sont en revanche parfaites pour se délester des petits encombrants qu’on stocke à la cave ou que l’on jette à la poubelle, même s’ils souvent mauvais pour la santé et l’environnement.
  • Ces déchetteries mobiles sont l’une des pistes sur lesquelles misent de grandes villes pour améliorer le tri des citadins, moins bons élèves que les ruraux. Elles complètent les déchetteries en dur, aux portes des villes et accessibles pour beaucoup seulement en métro.

De vieilles cassettes vidéo VHS qui prenaient la poussière sous le meuble télé. Claude en a suffisamment pour remplir un chariot de course entier. « Et encore, il m’en reste à la maison », sourit la retraitée parisienne tout en sortant un par un les sacs chargés de cassettes pour les tendre à Abdeslam Smaki, posté à l’entrée de la trimobile.

Ce matin-là, comme deux fois par mois, de 9h à 13h, la déchetterie mobile est déployée place Poulmarch (10e), à deux pas du canal Saint-Martin, où elle occupe à peine plus qu’une place de livraison. « Une fois déployée, elle s’étale sur 8,75m de long pour 3,15 de large », précise l’employé de la ville de Paris.

Déployée en dix minutes chrono

C’est le principal atout de la trimobile : la remorque aménagée peut être installée à peu près partout dans la capitale, en dix minutes chrono, et approcher ainsi au plus près des Parisiens. Cette déchetterie mobile ne prend pas les verres, emballages cartons, matières plastiques et autres déchets de tous les jours, pour lesquels d’autres solutions de collecte existent. « Elle ne peut pas prendre non plus de trop gros encombrants, précise Paul Simondon, adjoint à la ville de Paris en charge de la propreté. N’espérez pas, par exemple, y laisser votre machine à laver. » Il reste tous ces objets, substances et matériaux dont on ne se sert plus et qu’on stocke à la cave ou qu’on jette à la poubelle, bien qu’ils soient souvent mauvais pour la santé et l’environnement.

« Ici, ce sont les petits appareils et câbles électriques, là les piles et batteries, plus loin les ampoules et les tubes de néon, juste à côté les produits contenant du mercure, puis les radiographies et, dans le fond, les produits chimiques (peinture, white-spirit et pesticides) », liste Abdeslam Smaki en pointant les différents bacs de rangements depuis l’allée centrale de la remorque. La trimobile prend aussi les cartouches d’encre, les vieux grille-pain et les postes de radio…

Pas envie de prendre le métro…

De quoi enlever un paquet d’épines du pied à Claude. Elle habite à deux pas de la place Poulmarch et se voit mal, « à [son] âge, prendre le métro jusqu’à la déchetterie avec un caddie chargé d’encombrants ». Ce n’est pas qu’une question d’âge, assure Paul Simondon, qui en a fait une règle générale : « Quand il veut se débarrasser d’un petit encombrant, le Parisien veut que cela soit faisable à pied. » Autrement dit, la dizaine de déchetteries « en dur » de la capitale, sous le périphérique pour les principaux sites, ne suffit pas.

Paris compte désormais cinq trimobiles, des déchetteries de poche, déployées en dix minutes chronos, et qui permet d'approcher au près des Parisiens.
Paris compte désormais cinq trimobiles, des déchetteries de poche, déployées en dix minutes chronos, et qui permet d'approcher au près des Parisiens. - F.Pouliquen/20 Minutes

La ville complète alors avec des trimobiles qu’elle commande à Sepra environnement, entreprise de la région de Roanne (Loire) spécialisée dans le mobilier urbain et les solutions sanitaires. D’une seule déchetterie mobile en 2015, Paris en compte désormais cinq qui quadrillent la ville. « Il y a cinquante points de collectes, chacun visité deux fois par mois », précise Paul Simondon. Le dispositif a permis de ramasser 96 tonnes d’encombrants en 2017, la même quantité l’an dernier.

Pas que Paris, loin de là…

Voilà pour Paris. D’autres collectivités ont misé sur ces déchetteries mobiles de poche. Aymar de Seroux, le fondateur de Sepra Environnement, en propose deux sortes. La moving'tri, plus grande que la trimobile et accessible en voiture. « Elle est destinée aux zones rurales reculées pour lesquelles la déchetterie en dur la plus proche est à plus de huit kilomètres, explique-t-il. A cette distance et au-delà, les gens n’y viennent pas, ce qui peut favoriser les décharges sauvages. » Il y a plus de 30 moving’tri aujourd’hui déployées en France et en Belgique.

En parallèle, il y a les Points collect’ Mobiles – que Paris appelle Trimobile –, profilées pour les zones urbaines denses. « Paris était la première, la métropole de Lille et Montpellier ont suivi, de même que plusieurs petites villes du centre de la France, de Belgique et de Suisse », précise Aymar de Seroux, qui entend profiter de l’homologation de cet équipement au niveau européen, tout juste reçu, pour en accélérer le déploiement. « Je viens de livrer Namur, en Belgique, et je me prépare à lancer désormais une fabrication en série », lance-t-il.

A écouter Romain Lebègue, responsable du pôle collecte chez Citeo, un éco-organisme en charge du recyclage des emballages ménagers en France, c’est dans les villes que ces déchetteries mobiles ont le plus d’avenir. « 48 % des Français trient systématiquement leurs déchets, indique-t-il Les villes font chuter cette moyenne avec 45 % de trieurs systématiques. C’est le vrai sujet aujourd’hui : comment gagner de nouveaux trieurs en zone urbaine ? De nombreuses villes sont en recherche de nouvelles idées. »

Sortir le tri sur la voie publique ?

Ces déchetteries mobiles, qui s’installent aussi bien sur un trottoir que sur une place de stationnement, s’inscrivent dans cette tendance à sortir les bacs de collecte des déchets des locaux poubelles des immeubles, souvent malodorants et peu éclairés, pour les mettre sur l’espace public. « A Paris, la trimobile est ainsi à voir comme le prolongement de « trilib », ce réseau de stations de tri installées sur la voie publique, reprend Romain Lebègue. Les Trilibs comptent chacune cinq bacs organisés pour recevoir les papiers et les journaux, les plastiques, les briques alimentaires, les verres… » Le dispositif est testé depuis fin 2016 dans quatre arrondissements (2e, 13e, 18e et 19e), où sont installées aujourd’hui 40 stations dans des quartiers où le tri et la collecte sélective sont contraints par la configuration des immeubles.

Et ça marche plutôt bien : chaque station permet de collecter environ 20 tonnes de déchets par an, évalue Citeo, qui pointe également une bonne qualité du tri avec un taux de refus [un déchet mis dans la mauvaise poubelle] de 11,6 %, contre 18,5 % pour les bacs jaunes des immeubles à Paris. La ville généralisera le dispositif à partir de la fin de l’année avec l'installation à terme de 1.000 stations trilib dans la capitale.

Une déchetterie mobile sur les voies du tramway à Zurich

Les trimobiles, aussi, ont encore une belle marge de progression, avec 80.000 personnes venues y déposer des encombrants en 2018. Abdeslam Smaki le reconnaît : « la fréquentation est variable d’un point de collecte à l’autre ». Place Poulmarch, ce mardi matin de mai, il n’y avait pas foule devant la déchetterie. Certains passants découvraient même tout juste ce dispositif dans leur quartier. « A Pont Cardinet (17e), nous pouvons recevoir 130-140 personnes le matin et repartir avec une trimobile remplie, assure l’employé de la ville. Mais c’est le samedi matin. »

Malgré tout, on reste loin des Suisses, observe Aymar de Seroux. « Ils sont bien plus en avance que nous sur les solutions de collectes de déchets sur la voie publique. Dans la petite ville de Martigny, j’ai vu jusqu’à 700 personnes se déplacer en deux heures jusqu’à leur point de collecte. » Et que dire de Zurich ?  La ville la plus peuplée de Suisse utilise le réseau du tramway pour amener son cargo-tram, qui collecte les encombrants, et son E-tram, pour les produits électroniques et informatiques, de la déchetterie à des voies de stationnements au plus près des habitants. Et ceci depuis 2003.