A quoi s'attendre avec le conseil de défense écologique qui se lance ce jeudi?

TRANSITION ECOLOGIQUE C’est ce jeudi matin que se réunit à l’Elysée cette nouvelle task force dédiée à l’environnement, annoncée le 25 avril par Emmanuel Macron en conclusion du grand débat. Une coquille vide ou un accélérateur de la transition écologique?

Fabrice Pouliquen

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Edouard Philippe, Premier ministre, entouré de ses ministres, arrivent à pied à l'Elysée pour un conseil des ministres, le 4 janvier 2018 à Paris
Edouard Philippe, Premier ministre, entouré de ses ministres, arrivent à pied à l'Elysée pour un conseil des ministres, le 4 janvier 2018 à Paris — Jacques Witt/SIPA
  • A 9h30 ce jeudi à l’Elysée, Emmanuel Macron réunira pour la première fois le conseil de défense écologique, une nouvelle instance dont il a annoncé la création lors de sa conférence de presse concluant le grand débat, le 25 avril dernier.
  • Autour de la table, le chef de l’État, le Premier ministre et une dizaine de ministres sur des thématiques clés de l’environnement. Une instance similaire existe déjà pour les sujets de sécurité nationale et a fait ses preuves.
  • Appliquée à l’écologie, cette task force pourrait permettre d’accélérer la transition écologique et rompre l’isolement du ministère de l’Environnement au sein du gouvernement. Mais plusieurs ONG craignent aussi une nouvelle coquille vide.

On parlera beaucoup de biodiversité, mais aussi de la loi d’orientation des mobilités, de la place de l’écologie dans la politique commerciale de la France, des investissements dans la transition énergétique ou encore de Montagne d’or, un méga projet minier porté par un consortium russo-canadien en Guyane… Autant dire que le programme de la première réunion du Conseil de défense écologique, ce jeudi matin, s’annonce chargé. Suffisamment pour que les discussions durent une bonne partie de la matinée à l’Elysée.

Une des réponses au grand débat

Emmanuel Macron, qui préside cette nouvelle instance, y a donné rendez-vous à 9h30 à son Premier ministre et à une dizaine de ministres concernés par la transition écologique.

La création de ce conseil de défense écologique avait été annoncée par le chef de l’État lors de sa conférence de presse du 25 avril dernie détaillant les conclusions qu’il tirait des quatre mois de grand débat sur fond de crise des « gilets jaunes ». Objectif annoncé : « mettre au cœur de toutes nos politiques cette urgence climatique » La création de cette nouvelle instance n’a guère enthousiasmé certaines ONG environnementales. Interrogé par 20 Minutes, Jean-François Julliard, directeur général de Greenpeace France, avait craint à l’époque que « derrière le vernis, cela sonne creux ».

« Cela commence à faire beaucoup d’instances »

« Cela commence à faire beaucoup d’instances et de conseils sur la transition écologique, en convient Daniel Boy, politologue au Cevipof, le Centre de recherches politiques de Science Po, où il travaille sur l’écologie politique. A cette même conférence de presse, le 25 avril dernier, Emmanuel Macron avait aussi annoncé la création d’une convention citoyenne sur le climat, une assemblée de 150 citoyens, tirés au sort, qui doit plancher à partir de juin et pour six mois sur un ensemble de mesures pour lutter contre le réchauffement climatique. Fin novembre, Emmanuel Macron lançait aussi le Haut conseil pour le climat, une instance composée de treize personnalités (scientifiques, président d’ONG, économiste, etc.) chargée de rendre chaque année un rapport sur le respect des objectifs climatiques de la France.

Un organe exécutif plus qu’une instance de conseil

« A cela, il convient d’ajouter encore le Conseil national de la transition écologique, créée en 2013, ou le Commissariat général au développement durable », lancé en 2008, reprend Daniel Boy.

Ce conseil de défense écologique a tout de même une originalité aux yeux du politologue : « quand les autres comités sont des instances de conseil, là pour éclairer le gouvernement sur les dossiers environnementaux, ce conseil de défense est un organe exécutif, présidé par le chef de l’État lui-même. C’est inédit sur les questions environnementales. »

Le modèle est le Conseil de défense et de sécurité nationale (CDSN), qui opère depuis 2009 comme un conseil des ministres restreint, qui fixe les objectifs et coordonne les politiques de sécurité et de défense, notamment en période de crises. Depuis l’attentat contre Charlie Hebdo, en janvier 2015, ce CDSN est devenu un outil essentiel de l’action gouvernemental et se réunit désormais chaque semaine. Le conseil de défense écologique ne se réunira pas à la même cadence.

« Pas un conseil des ministres bis »

« Son lancement ce jeudi devrait être suivi d’une seconde réunion fin juin normalement, confie un proche de François de Rugy, le ministre de la Transition écologique. Sinon, la philosophie reste identique au CDSN. L’idée n’est pas de mettre en place un conseil des ministres bis dédié à l’environnement, mais un comité restreint qui ponctue ses réunions par des arbitrages, des décisions opérationnelles. »

Autour d’Emmanuel Macron et d’Edouard Philippe, son Premier ministre, se joindront autour de la table dix ministres, membres permanents de ce conseil. François de Rugy et ses deux secrétaires d’État, Brune Poirson et Emmanuelle Wargon, Bruno Le Maire, ministre de l’Economie, Gérald Darmanin, ministre du budget, Julien Denormandie, ministre de la Ville et du Logement, Didier Guillaume, ministre de l’Agriculture, Annick Girardin, ministre des Outre-mer, Agnès Buzyn, ministre de la Santé et Jean-Yves Le Drian, ministre de l‘Europe et des Affaires étrangères. A cette liste s’ajouteraient des ministres invités en fonction de l’ordre du jour. « Comme Elisabeth Borne, ministre des Transports, ce jeudi, pour aborder la loi d’orientation sur les mobilités », précise-t-on au ministère de la Transition écologique.

Rompre l’isolement des ministres de l’Environnement ?

Un large spectre au final, ce qui constitue l’un des potentiels atouts de ce conseil de défense écologique pour Samuel Léré, responsable plaidoyer à la Fondation Nicolas Hulot (FNH). « Il obligerait ces ministres, qui sont sur des thématiques clés de la transition écologique, à s’impliquer dans l’objectif de baisse des émissions de gaz à effet de serre et la protection de la biodiversité », estime-t-il. Une façon de rompre l’isolement dont disent avoir souffert de nombreux ministres de l’environnement au sein de leurs gouvernements ? « Corinne Lepage en a même fait un livre :  On ne peut rien faire madame la ministre (ed. Albin Michel), rappelle Daniel Boy. Comme beaucoup d’autres à avoir occupé ce poste, elle explique s’être confrontée à l’immobilisme de l’État et avoir perdu un grand nombre d’arbitrages face à Bercy ou face au ministre de l’Agriculture. »

Pourtant, le poste prend de l’envergure. « Dans les gouvernements d’Edouard Philippe, le ministre de la Transition écologique est ministre d’État et sa charge comprend les thématiques des transports et de l’énergie, ce qui n’a pas toujours été le cas par le passé… », reprend le politologue. Cela n’a pas permis d’empêcher la démission de Nicolas Hulot, en août dernier. Il déplorait la puissance des lobbies, le sentiment que l’écologie n’était pas la priorité du gouvernement et « la politique des petits pas de la France ».

« Tout dépendra de ce qu’on en fait »

« Nicolas Hulot souhaite d’ailleurs ce conseil de défense écologique, rappelle Samuel Léré. Nous sommes toujours favorables à sa création. Tout dépendra de ce que le gouvernement en fera. Si cette nouvelle instance amène à des décisions rapides et très concrètes pour la transition, ce sera très utile. Si c’est un conseil de plus pour faire de la communication comme le gouvernement l’a beaucoup fait sur les questions écologiques, la France ne sera, une nouvelle fois pas à la hauteur des enjeux. »

Un début de réponse sera donné à 11h ce jeudi, heure à laquelle doit se clôturer cette première réunion du conseil de défense. Samuel Léré espère qu’elle sera l’occasion de relever les ambitions de la loi d’orientation des mobilités, en cours d’examen et « pas du tout à la hauteur des enjeux à présent », mais aussi d’acter l’inscription dans la loi de la sortie du glyphosate… « Il y aura des annonces à la sortie de ce conseil », se contente-t-on de dire au ministère de la Transition écologique. Fortes ? « On vous laissera en juger. »