La 5G risque-t-elle de perturber les prévisions météo?

FAKE OFF Certains spécialistes des prévisions météo s'inquiètent des répercussions négatives de la 5G sur la fiabilité de leurs analyses

Alexis Orsini

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Une publicité pour la 5G au stand Qualcomm du salon CES (Consumer Electronics Show) de Las Vegas, l'un des plus importants salons consacrés à l'innovation technologique.
Une publicité pour la 5G au stand Qualcomm du salon CES (Consumer Electronics Show) de Las Vegas, l'un des plus importants salons consacrés à l'innovation technologique. — John Locher/AP/SIPA
  • Aux Etats-Unis, le déploiement de la 5G inquiète certains météorologues. 
  • Les bandes de fréquence utilisées pour cette technologie de communication interfèrent avec celle des satellites météo, faussant leurs prévisions.
  • 20 Minutes fait le point sur les interférences possibles et le cas français. 

Déjà accusée de nombreux maux ou dangers – comme la mort soudaine d’une centaine d’oiseaux ou l’abattage d’arbres pour faciliter son déploiement –, la 5G fait depuis quelques semaines l’objet de nouvelles inquiétudes : l’impact négatif de cette génération de communication mobile au débit très rapide sur la fiabilité des prévisions météorologiques.

« Les experts préviennent que le réseau 5G pourrait interférer avec les prévisions météorologiques et réduire la précision de 30 % ! », alerte ainsi un post Facebook, qui affirme par ailleurs : « Les interférences radios sans fil 5G pourraient sérieusement compromettre la capacité de prévision météorologique, y compris la prévision d’événements météorologiques extrêmes tels que les #ouragans. »

Cette publication relaye en fait les craintes bien réelles exprimées récemment aux Etats-Unis par le président de l’Agence d’observation océanique et atmosphérique.

FAKE OFF

Contacté par 20 Minutes, le Centre européen pour les prévisions météorologiques à moyen terme confirme partager l’inquiétude de ses homologues américains : « Les prévisions météo se basent principalement sur les observations que nous recevons des satellites. Les fréquences qui doivent être utilisées pour la 5G sont trop proches de celles utilisées en météorologie, ce qui crée des interférences. »

« En pratique, les satellites vont nous envoyer des observations qui peuvent résulter des interférences 5G plutôt que d’un phénomène naturel, et on ne saura pas de quoi il s’agit entre les deux. Cela aura pour effet de nous amener à utiliser de fausses infos ou de ne pas les utiliser en raison du doute, réduisant dans tous les cas la fiabilité de nos prédictions météo », poursuit-il.

Ce risque concerne toutefois une bande de fréquence bien précise utilisée pour la 5G : celle des 26 Ghz.

Eric Allaix, coordinateur national des fréquences à Météo-France, craint que le signal 5G ne se confonde avec celui de certaines observations météo : « On peut par exemple penser qu’on a détecté une signature d’ouragan alors que ce n’est pas le cas. L’impact peut aussi se faire sur le long terme : on accumule des observations pour étudier le réchauffement climatique et son évolution. Or, des observations faussées entraîneraient à terme la perte de ces données. »

Une protection prévue en France

En France, les concertations sur le sujet prévoient d’éviter ce type d’interférence, comme l’explique Gilles Brégant, directeur général de l’Agence nationale des fréquences (ANFR) à 20 Minutes : « Il est prévu d’intégrer une protection à la bande 26 Ghz avec une insonorisation pour éviter les interférences et permettre aux satellites de continuer à détecter des données, contrairement aux Etats-Unis où le niveau de protection retenu est beaucoup plus bas (mais le matériel moins coûteux). »

Le problème qui divise outre-Atlantique ne devrait donc pas se poser dans l’Hexagone, comme le confirme Eric Allaix, qui prévient toutefois : « En octobre, les acteurs des radiocommunications seront rassemblés en Egypte pour débattre des nouveaux standards en la matière. Ce sera l’occasion d’affirmer la position européenne face à la position américaine. »