Méditerranée: Un récif artificiel de 25.000 pneus, hérésie environnementale, totalement enlevé au large de Cannes

MER Des prélèvements vont maintenant être analysés pour établir si le chantier a pu avoir des impacts sur le milieu marin

F.B. avec AFP

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Une première série de pneus avait été retirée en 2015 (Archives)
Une première série de pneus avait été retirée en 2015 (Archives) — JEAN CHRISTOPHE MAGNENET AFP
  • Quelque 25.000 pneus immergés au large de Cannes dans les années 80 pour servir de récifs artificiels ont été totalement enlevés.
  • Des échantillons prélevés sur place doivent désormais être analysés pour déterminer l’impact de cette hérésie environnemental et du chantier qui vient de s’achever.

Les appareils de mesure tout juste remontés à la surface n’ont pas encore révélé tous leurs secrets. Mais ils ont déjà au moins permis de surveiller en temps réel l’avancement et la fin du chantier : au large de Golfe-Juan (près de  Cannes), un faux récif fait de vieux pneus immergés dans la Méditerranée, a été totalement retiré et le suivi a été achevé lundi.

Installés à l’origine à l’initiative des pouvoirs publics et des pêcheurs et situés entre la zone coralligène et les herbiers de posidonie, les 25.000 pneus devaient servir de récifs artificiels. Cette hérésie environnementale, conçue dans les années 1980 dans une aire marine où la pêche est interdite et dans l’espoir de régénérer la vie aquatique, s’est donc terminée lundi avec le conditionnement d’échantillons prélevés sur place.

Un chantier étroitement surveillé

En 2015, une première opération pilote, conduite par l’Agence française pour la biodiversité et le département des Alpes-Maritimes, avait permis de remonter 2.500 pneus et de valider le principe d’un nettoyage complet du site, situé dans une zone marine protégée Natura 2000. Lundi, un des derniers pneus oubliés est remonté à la surface en même temps que les lignes de mesure, colonisé par de l’éponge orange de mer, de petits coraux grisâtres, des algues vertes, le sillon blanchâtre laissé des vers.

« Il restait 10.000 pneus à enlever. On avait des sondes donnant des infos en direct sur la turbidité de l’eau. En cas de dépassement, on pouvait arrêter le chantier. Maintenant que c’est fini, on a des vérifications à faire », explique Eric Blin, expert Eau, environnement et littoral au sein du groupe Suez, spécialiste du traitement des eaux usées.

Des moules pour tester la pollution de l’eau

Pour lui, c’est une première d’avoir réuni autant de capteurs sur une même ligne, à 20m de fond. Il en avait descendu deux à proximité du chantier : « On avait les trois mesures sur chaque ligne, la chimie avec des capteurs passifs pour les métaux, la physico-chimie pour l’oxygène, la température, le phytoplancton, etc. et la biologie avec des moules ». Une ligne de référence était immergée, loin des pneus à enlever, face aux îles de Lérins.

« La moule sauvage, c’est notre rat de laboratoire en mer. Elle filtre environ 10 l d’eau par heure et accumule les contaminants, détaille Françoise Loques, biologiste au Comité scientifique des îles de Lérins. On en met 100 par cages et on a un lot témoin pour savoir dans quel état elles étaient au départ. On a choisi de tester les contaminants qui risquaient d’être relâchés comme les métaux lourds, les hydrocarbures, les PCB ».

« Le risque ici, quand on enlève les pneus, c’est de soulever du sable, des particules, de la vase. Quand on effectue des travaux, il y a une étude d’impact à réaliser », précise Eric Blin. Des échantillons sont envoyés vers différents laboratoires, les moules analysées ailleurs. Premier bon signe : les coquillages repêchés affichaient lundi 0 % de mortalité.