Ille-et-Vilaine: Le maire de la petite commune de Langouët interdit les pesticides près des habitations

ENVIRONNEMENT L’arrêté est largement soutenu par les habitants mais inquiète certains agriculteurs

Manuel Pavard

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Épandage de pesticides dans un champ en Loire-Atlantique (illustration).
Épandage de pesticides dans un champ en Loire-Atlantique (illustration). — SEBASTIEN SALOM GOMIS/SIPA
  • Le maire de Langouët (Ille-et-Vilaine) vient de prendre un arrêté interdisant l’utilisation de pesticides à moins de 150 mètres des habitations.
  • Dans cette commune considérée comme une pionnière de l’écologie sociale, cette décision est assez populaire mais se heurte à l’hostilité de certains agriculteurs et de la FDSEA.
  • Le maire Daniel Cueff espère que l’arrêté fera jurisprudence et ne sera pas invalidé en justice.

Avec sa cantine 100 % bio depuis 15 ans, ses éco-hameaux ou sa production d’électricité solaire, Langouët (Ille-et-Vilaine) était déjà considéré comme un laboratoire en matière d’écologie. Mais la petite commune de 600 habitants, située à une vingtaine de kilomètres au nord de Rennes, ne compte pas s’endormir sur ses lauriers. Le maire, Daniel Cueff (écologiste sans étiquette), a ainsi pris samedi un arrêté interdisant l’utilisation de pesticides à moins de 150 mètres de toute habitation, sur l’ensemble du territoire communal.

Une décision vouée à protéger la santé des habitants selon l’édile. « La loi nous laisse la possibilité d’intervenir pour pallier les carences de l’État, qui tergiverse pour interdire les pesticides de synthèse, explique-t-il. Il n’y a jamais eu de preuve que le glyphosate soit utile à la santé, or on en ingurgite dans l’air, dans l’eau, dans les aliments… Nous n’en voulons pas ! »

Les habitants pourront porter plainte contre ceux qui ne respectent pas l’arrêté

Face à ses contradicteurs, Daniel Cueff met en avant le principe de précaution. « On a des produits avec une tête de mort sur l’étiquette et un mode d’emploi qui demande à l’agriculteur de ne pas retourner dans son champ dans les vingt minutes suivant l’épandage », pointe le maire. Désormais, les habitants pourront porter plainte auprès du procureur de la République contre les personnes ne respectant pas l’arrêté.

Mais pour que celui-ci soit appliqué, encore faut-il passer les obstacles juridiques. « La préfecture peut conduire la commune devant le tribunal administratif au motif qu’un maire n’a pas à prendre un tel arrêté », prévient Daniel Cueff. L’an passé, la commune charentaise de Ruelle-sur-Touvre s’était ainsi fait invalider un arrêté similaire. Le maire de Langouët souligne toutefois que le sien est « difficilement attaquable » sur le plan juridique.

La FDSEA refuse que ses méthodes de culture soient « imposées par les riverains »

Dans un village aussi engagé dans la transition écologique, une telle mesure est sans surprise « soutenue par l’ensemble de la population », affirme Martine Communier, agricultrice bio installée à Langouët. « Nous y sommes bien sûr favorables car nous sommes en ferme bio donc on n’utilise pas de pesticides, indique-t-elle. Par contre, les autres agriculteurs traditionnels seront bien embêtés : avec leurs champs situés près des maisons, ça va bien réduire leur surface. »

La FDSEA 35 est ainsi déjà en train d’étudier les recours potentiels contre un arrêté n’ayant « aucune valeur juridique et aucune base scientifique » selon Christian Mochet, président de la commission environnement du syndicat. « En tant qu’agriculteurs, on exploite nos champs et nos méthodes de culture n’ont pas à être imposées par les riverains, estime-t-il. Ces produits ne sont certes pas neutres mais on a été formé pour les utiliser et on a des contrôles techniques sur nos appareils. Nous sommes autorisés à les appliquer dans un cadre légal. »

Daniel Cueff espère que l’arrêté fera jurisprudence

Évoquant les récentes polémiques sur le glyphosate ou « l’appel des coquelicots » – qui prône l’interdiction des pesticides de synthèse –, Christian Mochet dénonce « les associations surfant sur ces psychoses, qui sèment le doute dans l’opinion publique ». Il rappelle en outre que la FDSEA a engagé « une démarche de diminution de l’utilisation des produits phytosanitaires ».

Daniel Cueff tente cependant de désamorcer le conflit naissant. Il l’assure, son arrêté a été adopté « pour le bien de tous et pas contre les agriculteurs ». Il espère maintenant que sa décision « fera jurisprudence », afin « d’inspirer d’autres communes » partout en France.