VIDEO. La goélette scientifique Tara repart pour une mission en mer aux origines de la pollution plastique

OCEANS Voilà quinze ans que la fondation Tara Océan multiplie, à bord de sa goélette, les missions scientifiques pour comprendre l’impact de l’homme sur les océans. Le 23 mai, depuis Lorient, le bateau repartira pour six mois en mer, aux origines de la pollution plastique

Fabrice Pouliquen

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La goélette de la fondation Tara Océan repart en mer jeudi 23 mai pour six mois de missions scientifiques.
La goélette de la fondation Tara Océan repart en mer jeudi 23 mai pour six mois de missions scientifiques. — S.Bollet/TaraOcéans
  • Après le Pacifique pour étudier la déperdition des coraux, la fondation Tara Océan lance le 22 mai une nouvelle mission scientifique à bord de sa goélette Tara.
  • Cette fois-ci, le navire et les 40 scientifiques impliqués resteront dans les eaux européennes et se pencheront sur une thématique familière à Tara Océan : les déchets plastiques. Avec en tête l’objectif de remonter aux origines de cette pollution.
  • Pour ce faire, la goélette scientifique passera une bonne partie de sa mission aux embouchures des fleuves européens, par où arrive une grande partie de ces déchets plastiques.

 

Tara remet les voiles. La goélette scientifique de la fondation Tara Océan quittera le port de Lorient le 23 mai pour une nouvelle expédition de six moiscomme elle le fait depuis quinze ans maintenant. Tara est une habituée des destinations lointaines, la goélette parcourant les océans du globe pour comprendre l’impact du changement climatique et des activités humaines sur cet écosystème. Et ce de l’Arctique au  Pacifique Nord.

Cette fois-ci, elle restera dans les eaux européennes, sur une thématique qui lui est familière : la pollution plastique. Depuis 2010, Tara Océan prélève des microplastiques (de 0,2 à 5 mm de diamètre) dans ses filets à l’occasion de ses différentes expéditions, suffisamment pour constater que ces fragments, pour beaucoup invisibles à l’œil nu, sont omniprésents dans l’océan.

« S’intéresser cette fois-ci aux flux plus qu’aux stocks »

Pour cette nouvelle mission, l’angle d’attaque change : « Nous nous intéresserons non pas aux stocks des déchets plastiques dans l’océan, mais aux flux de plastiques qui arrivent dans la mer, explique Romain Troublé, directeur général de la Fondation Tara Océan. Autrement dit, d’où viennent les déchets plastiques ? Sous quelles formes arrivent-ils en mer ? Où faut-il concentrer les efforts pour stopper leurs flux ?

Tara Océan sait d’ores et déjà que cette remontée aux origines de la pollution plastique l’amènera à s’intéresser de près aux fleuves. « 80 % des déchets plastiques que l’on retrouve en mer viennent des continents, rappelle Jean-François Ghiglione, directeur de recherche CNRS à l ’observatoire océanographique de Banyuls , et qui sera le directeur scientifique de cette nouvelle mission. Cela représente environ 8 millions de tonnes par an. » Le fleuve est l’un des principaux canaux par lesquelles ces plastiques transiteraient de la terre à la mer. Selon des chercheurs allemands, dans une étude parue dans la revue Environnemental Science et Technology en octobre 2017, dix fleuves seraient ainsi responsables de 88 à 95 % de la déverse océanique mondiale de déchets en plastique de toute taille. Huit en Asie du Sud-Est et deux en Afrique.

Dix fleuves d’Europe comme terrain d’expérimentation

Mais l’Europe a aussi sa part de responsabilité, et ses fleuves restent un bon terrain d’expérimentation pour la mission que lance Tara Océan : « Juste derrière la Chine, qui rejette 2,8 millions de tonnes de déchets plastiques par an, il y a nous, avec 600.000 tonnes déversées chaque année », indique Jean-François Ghiglione. Pendant six mois, les 40 scientifiques qui se relaieront sur la goélette étudieront les façades maritimes européennes et les embouchures de dix des quinze principaux fleuves d’Europe. La Seine, la Loire, la Garonne, le Rhône en France, L’Elbe et le Rhin en Allemagne, le Tibre en Italie, l’Ebre en Espagne, le Tage au Portugal, la Tamise en Grande-Bretagne. 

Au cours de cette nouvelle mission, la goélette scientifique fera des prélèvements dans les embouchures de dix grands fleuves européens pour comprendre l'origine de la pollution plastique.
Au cours de cette nouvelle mission, la goélette scientifique fera des prélèvements dans les embouchures de dix grands fleuves européens pour comprendre l'origine de la pollution plastique. - S.Bollet/TaraOcéans

Les enjeux sont multiples, à l’heure où semble émerger une réelle prise de conscience. « Le grand public considère désormais cette pollution plastique comme l’une des premières menaces qui plane sur l’environnement derrière le réchauffement climatique », note Jean-François Ghiglione. Les industriels et acteurs de la grande distribution multiplient aussi les promesses d’engagements. En France, le gouvernement doit présenter, courant juin, en Conseil de ministres, son projet de loi Économie circulaire , dont l’un des objectifs est de réduire nos volumes de déchets plastiques annuels.

« De nombreuses connaissances scientifiques à accumuler encore »

« Dans ce contexte, nous avons encore de nombreuses connaissances scientifiques à accumuler pour, demain, proposer des solutions pour endiguer ces flux de déchets plastiques en mer, reprend le directeur scientifique de la nouvelle mission de Tara Océan. La science sur les plastiques a 10 ou 15 ans seulement. Les chiffres sur lesquelles s’accorde aujourd’hui la communauté scientifique sont des ordres de grandeurs. Il faut les affiner. Jusqu’à peu encore, nous pensions que les déchets plastiques se fragmentaient en microplastique une fois arrivés en mer, sous l’effet des vagues et des rayons ultraviolets. Or, des chercheurs britanniques ont montré l’an dernier que 66 % des plastiques qu’ils avaient prélevés dans la Tamise s’étaient déjà fragmentés en microplastique. »

Les 40 scientifiques impliqués dans cette nouvelle mission parcourront les quatre façades maritimes européennes. Dix-huit escales sont prévues.
Les 40 scientifiques impliqués dans cette nouvelle mission parcourront les quatre façades maritimes européennes. Dix-huit escales sont prévues. - /Tara Océan

Comprendre cette fragmentation sera l’une des énigmes qu’espère lever la fondation Tara Océan sur ces six mois de mission. Il y en a d’autres : ces microplastiques sont-ils de nouveaux habitats pour la biodiversité ? Peuvent-ils être des vecteurs de bactérie pathogènes pour les animaux et les hommes ? Peuvent-ils être des vecteurs d’espèces invasives (espèces introduites dans un milieu qui n'est pas le sien à l'origine)? Comment peut-on prédire leur devenir en mer et/ou sur nos côtes ?

Dix-huit escales entre les prélèvements

Si le programme scientifique est chargé, la goélette entend profiter de son tour d’Europe pour multiplier les escales, afin d'aller à la rencontre du grand public et de continuer la sensibilisation à la pollution plastique. Il y en aura dix-huit en tout, dont douze en France.