Glyphosate : Les marches mondiales contre Monsanto reviennent en force ce week-end

MOBILISATION CITOYENNE Profitant des récents déboires de Monsanto sur le glyphosate, le collectif Combat Monsanto veut relancer samedi les marches contre l’entreprise, qui ont lieu en mai depuis sept ans, mais en nette perte de vitesse lors des dernières éditions

Fabrice Pouliquen

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Un manifestant à la Marche mondiale contre Monsanto de Paris, en mai 2016.
Un manifestant à la Marche mondiale contre Monsanto de Paris, en mai 2016. — JOEL SAGET / AFP
  • A Paris et dans 30 autres villes de France, des marches contre Monsanto-Bayer seront organisées ce week-end. Elles s’intègrent dans une mobilisation mondiale, née aux Etats-Unis en 2013, mais qui s’était essoufflée ces dernières années.
  • Les déboires médiatiques que connaît Bayer depuis le rachat, en juin dernier, de l’Américain Monsanto, qui commercialise le Round-up, poussent le collectif Combat Monsanto à tenter de relancer la mobilisation.
  • Si le couple Bayer-Monsanto et le glyphosate est particulièrement concerné, « ces marches visent une remise en question plus large du système agricole dominant, qui a la chimie comme béquille », indiquent les ONG fédérées dans Combat Monsanto.

« Les emmerdes, ça vole toujours en escadrille ». La formule de Jacques Chirac pourrait être reprise à son compte, ces jours-ci, par Bayer. Le groupe agrochimique allemand est en effet en première ligne depuis qu’il a racheté en juin dernier  Monsanto, le spécialiste américain des désherbants et semences, célèbre pour son Round-up, le désherbant le plus vendu au monde, et qui contient du glyphosate comme substance active.

Avec ce mariage historique, à 63 milliards de dollars (56,2 milliards d'euros) , Bayer ambitionnait de nourrir une population mondiale croissante grâce à l’agrochimie. Mais pour l’instant, le groupe allemand doit surtout faire face à des déconvenues.

A Paris et dans trente autres villes de France

Une nouvelle contestation se profile d’ailleurs dès ce week-end avec l’organisation, un peu partout dans le monde, des marches mondiales contre Monsanto-Bayer. A Paris, cette mobilisation citoyenne partira samedi à 14h de la place de la République. Mercredi soir, un millier d’internautes avaient assuré leur présence sur la page Facebook dédiée à l’événement. C’est peu. Mais 10.000 autres personnes se disent intéressées, et surtout vont s’ajouter les marches prévues le même jour dans 30 autres villes de l’Hexagone, soutenues par une centaine d’ONG. De quoi permettre à Tom Baquerre, du collectif Combat Monsanto, organisateur des marches françaises, d’être serein : « Nous devrons battre l’affluence des dernières éditions », assure-t-il. Car voilà sept ans que reviennent sans interruption en France, courant mai, ces marches contre Monsanto.

Un référendum comme point de départ en Californie

Ce mouvement mondial a été initié en 2013, aux Etats-Unis. Le contexte ? « Quelques mois plus tôt, en novembre 2012, la Californie avait organisé un référendum sur le projet d’étiqueter dans l’État les produits contenant des OGM, raconte Tom Baquerre. Le « non » l’avait remporté de justesse, mais il a été révélé plus tard que Monsanto avait mis un peu plus de 8 millions de dollars (7,1 millions d’euros) dans une campagne de communication pour contrer ce projet. De quoi écœurer de nombreux citoyens, dont Tami Canal, à l’origine de la première marche. »

Les premières éditions avaient été très suivies. « 400 marches dans 40 pays avaient été organisées en 2014 », explique Tom Baquerre. Mais en 2016, le mouvement s’était essoufflé, y compris en France. L’an dernier, il n’y a ainsi eu que 125 marches organisées dans 25 pays. Et seulement onze en France.

Des déboires en cascade pour Bayer

Mais tout pousse aujourd’hui à redonner des couleurs aux marches contre Monsanto. Lundi, la firme américaine a été condamnée par un jury californien à verser 2 milliards de dollars (1,7 milliard d'euros) de dommages punitifs à un couple de septuagénaires, tous deux atteints d’un lymphome non-hodgkinien*. Le jury a estimé que Monsanto avait omis d’avertir des risques cancérigènes que présentait son herbicide et que la firme avait fait preuve de négligence. Ce jugement intervient après deux premières condamnations dans des cas comparables aux Etats-Unis, en août et en mars. Pour ce seul pays, 13.400 affaires similaires sont en cours.

En France, sur un autre volet, la justice a lancé le 10 mai une enquête sur un possible fichage illégal mené par l’agence de communication Fleishman Hillard pour le compte de Monsanto. Il concernerait une centaine de personnalités – responsables politiques, scientifiques, journalistes – en précisant leur position sur les pesticides, leur niveau de soutien à Monsanto, leurs adresses et numéros de téléphone… Kim Vo Dinh, coordinateur de Vietnam Dioxine, association membre de Combat Monsanto, rappelle également la décision prise par le Vietnam, en avril, de retirer l’herbicide de la liste de produits autorisés dans le pays, ou encore le procès mené par la Franco-Vietnamienne Tran To Nga contre 24 sociétés américaines, dont Monsanto, accusées d’avoir fourni à l’armée américaine l’agent orange, un défoliant dévastateur répandu par avion lors de la Guerre du Vietnam.

La douche froide du sénateur Pierre Médeville

Même les propos du sénateur UDI Pierre Médevielle, dans un entretien publié dimanche dernier dans La Dépêche du Midi, ont fini par desservir Monsanto. Le coauteur d’un rapport que rend l' Office parlementaire d'évaluation des choix scientifiques et technologiques (OPECST), ce jeudi à 14h, affirmait que « le glyphosate est moins cancérogène que la charcuterie » et laissait entendre que ce rapport en arrivait à la conclusion que le glyphosate était non cancérogène.

Des propos qui ont suscité agacement et irritation, y compris à l’OPECST. L’office indique que Pierre Médevielle donnait dans cette interview un avis personnel et rappelle, dans un communiqué, que ce rapport, « contrairement à ce qui a pu être indiqué, (…) ne se prononce pas sur la toxicité à long terme du glyphosate » L’objectif « consistait à comprendre le fonctionnement des agences, les difficultés qu’elles peuvent rencontrer dans la conduite et la restitution de leurs travaux d’évaluation des risques, et à dessiner des pistes pour renforcer la confiance dans l’expertise scientifique qu’elles produisent ».

Pas que le glyphosate… et pas que Bayer

Cette accumulation de mauvaises nouvelles pour Bayer fait dire à Kim Vo Dinh que le groupe allemand « est en passe de perdre le combat du glyphosate ». Mais « le glyphosate et Monsanto ne sont que des aiguilles dans la botte de foin, avance Naudine Lauverjat, coordinatrice de Générations futures, ONG engagée contre les pesticides et les engrais de synthèses. La mobilisation citoyenne de ce week-end veut voir beaucoup plus loin. Bien d’autres molécules commercialisées par Monsanto, comme d’autres multinationales de l’agrochimie, pose aujourd’hui question. C’est notre système agricole qu’il faut faire évoluer pour qu’il cesse d’avoir la chimie comme béquille. Même dans le secteur du bio, s’il s’avère que certains produits posent problème d’un point de vue sanitaire et environnemental, il faut les interdire. »

Pour le collectif Combat contre Monsanto, la prochaine PAC [Politique agricole commune], en cours de négociation, et qui entrera en vigueur pour la période 2021-2027, doit favoriser l’éclosion de ce nouveau système agricole. « Les aides financières accordées doivent être affectées à des pratiques agricoles respectueuses de l’environnement », demande Kim Vo Dinh. Ce sera l’une des principales revendications portées par les marcheurs samedi, avec celle de mettre en place des « vrais » moyens de contrôle sur les activités de lobbyings des industriels.

 

*Bayer a indiqué son intention de faire appel