VIDEO. «Aucune preuve de la cancérogénicité du glyphosate», le rapport parlementaire qui ne va pas faire l'unanimité

PESTICIDES Jeudi, quatre parlementaires vont rendre un rapport sur le glyphosate et le rôle des agences sanitaires. Selon l'un d'eux, il n'y a pas de preuve scientifique de cancérogénicité du glyphosate

Beatrice Colin

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Le Roundup, de Monsanto, contient du glyphosate. Une substance sur la sellette depuis des mois.
Le Roundup, de Monsanto, contient du glyphosate. Une substance sur la sellette depuis des mois. — Haven Daley/AP/SIPA
  • Après quatorze mois de travaux et d’auditions, l’Office parlementaire d’évaluation des choix scientifiques et technologiques rend un rapport, qui aborde la question du glyphosate, à la commission des affaires économiques de l’Assemblée nationale ce jeudi.
  • Pierre Médevielle, sénateur de la Haute-Garonne, et co-auteur du rapport, estime qu’il n’y a aucune preuve que la molécule du glyphosate soit cancérogène.
  • Pas encore sorti, le rapport a été accueilli par une vague de critiques qui dénoncent les lobbys des industriels.

C’est un pavé dans la mare. Mais pas vraiment celui qu’on attendait au regard des dernières actualités concernant le glyphosate. A contre-courant des critiques émises depuis plusieurs mois contre le pesticide et Monsanto, un rapport sera remis jeudi par l'Office parlementaire d'évaluation des choix scientifiques et technologiques à la commission des affaires économiques de l’Assemblée nationale. Il indique que rien ne prouve le lien entre cancer et glyphosate, comme l’a révélé La Dépêche.

Parmi les cosignataires se trouve le sénateur UDI de la Haute-Garonne, Pierre Médevielle. Après quatre mois d’enquête « et plus de 70 auditions », ce dernier estime n’avoir « aucune preuve de cancérogénicité du glyphosate ».

« Pas de preuve scientifique »

L’élu se défend d’avoir fait un rapport sur le glyphosate, mais bien « un rapport sur les méthodes d’évaluations des agences ». Il a tout de même un avis sur la question.

« Le Centre international de recherche sur le cancer de Lyon l’a classé cancérogène probable en s’appuyant sur une étude farfelue qui a été retirée depuis d’ailleurs. Il y a d'autres études de l'Inra, du CNRS, de l’Anses, ce ne sont pas des tocards, ce sont des agences indépendantes. C’est certainement un des produits sur lequel il y a eu le plus de littérature ces dernières années, je vous garantis que nous avons une pile d’études qui ne parle pas de cancérogénicité », plaide l’élu, interrogé par 20 Minutes. Contrairement aux militants écologistes, ce dernier refuse d’élever le principe de précaution au rang d’institution.

Vives critiques

Des arguments qui ont soulevé une volée de bois vert, de part et d’autre. « Les parlementaires ont repris le discours prémâché de Monsanto et la façon dont ils analysent les études scientifiques », a indiqué au micro de RTL José Bové, le député européen, qui figure parmi les personnes fichées par Monsanto.

« On est déjà en train de s’emballer alors qu’un sénateur nous dit qu’il vaut mieux le glyphosate que le saucisson. Je trouve cela un petit peu léger », a indiqué Nathalie Loiseau, la tête de liste LREM aux Européennes, au micro de la même radio.

Pierre Médevielle se défend de son côté d’avoir cédé au lobby des industriels du secteur. « J’ai été l’un des premiers à me mobiliser pour l’interdiction des néonicotinoïdes le jour ou l’on a eu des preuves », plaide ce pharmacien de formation. Pour lui la suppression pure et simple des pesticides est impossible « car il y aura toujours des bactéries, des champignons, des insectes qui ne demandent qu’à ravager nos cultures, ce serait un désastre ».

Pour le premier premier vice-président de l’OPECST, Cédric Villani, le sénateur de Haute-Garonne s’est exprimé prématurement et ses propos ne reflètent pas le rapport. « Vous ne lirez pas cela dans le rapport, car cela n’y a jamais été. C’est la conclusion que tire Pierre Médevielle à titre personnel », a indiqué le député LREM de l’Essonne sur l'antenne de France Info.

«Il n'appartient d'ailleurs pas à l'OPECST de formuler une vérité scientifique officielle ou de procéder par lui-même à des travaux de recherche», a rajouté Cédric Villani dans un communiqué commune avec Gérard Longuet et Cédric Villani.