Bouches-du-Rhône: Comment peut-il y avoir un pic de pollution malgré les rafales à 140 km/h?

METEO Les Bouches-du-Rhône ont connu ce dimanche d’importantes rafales de vent, et dans le même temps, un pic de pollution aux particules fines

Mathilde Ceilles

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D'importantes rafales de vent ont soufflé à Marseille
D'importantes rafales de vent ont soufflé à Marseille — BORIS HORVAT / AFP
  • Dans les Bouches-du-Rhône dimanche a été enregistré un pic de pollution aux particules fines.
  • Dans le même temps pourtant, le département était en proie à d’importantes rafales de vent.
  • La faute à la sécheresse du sol qui rend les particules plus volatiles.

Interrogé sur la pollution de l’air de la deuxième ville de France, Jean-Claude Gaudin l’indique régulièrement :  Marseille bénéficierait selon lui d’un véritable nettoyant naturel de l’atmosphère communément appelé le mistral. On pourrait donc croire qu’avec des pointes à 140 km/h ce dimanche, l’air des Bouches-du-Rhône a bénéficié d’un ménage de printemps des plus redoutables.

Or, dans le même temps, ce dimanche, la préfecture des Bouches-du-Rhône a fait une annonce a priori étonnante dans un communiqué. Certaines zones du département ont fait face, en plus de la tempête de mistral, à un pic de pollution aux particules fines. Une exposition telle que les autorités décident de déclencher la procédure d’information et de recommandation.

La sécheresse en cause

En effet, selon des relevés effectués par Atmosud et transmis à 20 Minutes, la valeur réglementaire journalière pour les particules fines (50 µg/m3/j) a été dépassée en quatre sites de mesures dimanche. Il s’agit du centre-ville d’Aix-en-Provence (70 µg/m3/j), des quartiers de Longchamp et Rabateau de Marseille (51 µg/m3/j), et des communes de Fos-sur-Mer (57 µg/m3/j) et Gardanne (57 µg/m3/j). « On a pu enregistrer à des taux horaires dépassant les 100 µg/m3 », déplore Laetitia Mary, responsable de l’action territoriale chez AtmoSud. Et ce, alors que Météo France enregistrait de son côté des rafales d'une intensité record dans la région. 

« Le mistral, comme la pluie, peut avoir cet effet-là qui consiste à nettoyer l’atmosphère et balayer les particules fines, concède Laetitia Mary. Mais il faut prendre également en compte les conditions atmosphériques et la météo. » Or, les Bouches-du-Rhône connaissent une période de sécheresse ces dernières semaines, comparé aux autres années.

Des poussières qui s’envolent

« Dans ces conditions, le mistral a deux effets, poursuit Laetitia Mary. D’une part, les particules fines issues des activités humaines et déjà déposées au sol vont être de nouveau soulevées et emportées ailleurs. D’autre part, sur un sol sec, les particules naturelles, comme la poussière de sol, vont aussi être mises en suspension. Elles s’envolent plus facilement que sur un sol mouillé en d’autres termes. Et ces particules naturelles peuvent engendrer un pic de pollution aux particules fines. »

Et même, ces particules naturelles, plus grandes que les particules issues des activités industrielles comme le diesel, seraient la première cause de pollution dans l’épisode qu’a connu ce dimanche le département des Bouches-du-Rhône. « A Aix-en-Provence, il y a probablement des travaux à proximité de la station qui a relevé le pic de pollution », avance Laetitia Mary.

« Ce constat bat en brèche les discours de Gaudin sur le sujet, note Stéphane Coppey, président de France Nature Environnement en région Paca. Pour combattre la pollution, il ne faut pas compter seulement sur la météo. Cela doit être la préoccupation de tous les citoyens et de l’ensemble des collectivités. » « On aurait pu anticiper un peu, en humidifiant les zones de travaux par exemple au centre d’Aix-en-Provence », suggère Laetitia Mary. D’autant qu’une surexposition à ces particules peut causer des troubles respiratoires, notamment chez les personnes les plus fragiles.