Marseille: Inauguré pour les 48 heures de l’agriculture urbaine, le Conservatoire marseillais de la menthe invite chacun à bouturer

PARTICIPATIF En plein centre-ville de Marseille, ce conservatoire réunit 40 variétés de l’ingrédient phare du thé oriental. Le projet est porté par un collectif d’habitants.

Caroline Delabroy
— 
La menthe dans tous ses états au Conservatoire marseilais de la menthe
La menthe dans tous ses états au Conservatoire marseilais de la menthe — C. Delabroy / 20 Minutes
  • Le Conservatoire marseillais de la menthe est inauguré à l’occasion des 48 heures de l’agriculture urbaine.
  • Installé dans le Building Canebière, immeuble signé Pouillon du quartier Belsunce, il regroupe 40 variétés de menthe.
  • Ce projet est porté par un collectif d’habitants, qui invitent chacun à venir cueillir de la menthe pour la déguster ou faire des boutures.

Dans l’animation de la Canebière, on passerait presque à côté de cette petite oasis de verdure : une ribambelle de menthes qui s’épanouissent au pied de plantes hautes. Inauguré ce week-end pour les 48 heures de l’agriculture urbaine*, ce « Conservatoire marseillais de la menthe » (CMM) a pris ses quartiers dans la fameuse galerie marchande du « Building Canebière », à Marseille. Ce rêve d’immeube-ville, mixant logements, commerces, bureaux et parkings, avait été imaginé par les architectes Fernand Pouillon et René Egger pour remplacer l’immeuble disparu dans l’incendie des Nouvelles Galeries, en 1938. Longtemps à l’abandon, le site reprend peu à peu vie.

« Depuis 2015, nous jardinons les espaces communs et toits-terrasses de l’immeuble, et un jour les gardiens, pour qui c’était un peu une contrainte d’arroser, nous ont dit : "mets-nous quelque chose qui peut se manger !" », relate le paysagiste Stanislas Alaguillaume, vice-président de l’association des habitants du « Building Canebière ». De cette boutade, est née l’envie d’aller plus loin que la végétalisation des rues, qui essaiment ici et là à Marseille. La menthe s’est vite imposée comme matrice. Pour le prolongement avec le marché de Noailles, de l’autre côté de la Canebière, mais aussi les caractéristiques de cette plante qui apprécie l’ombre de la galerie et se bouture facilement.

Stanislas Alaguillaume, paysagiste et habitant du Building Canebière, porte le projet du Conservatoire marseillais de la menthe.
Stanislas Alaguillaume, paysagiste et habitant du Building Canebière, porte le projet du Conservatoire marseillais de la menthe. - C. Delabroy / 20 Minutes

« Servez-vous »

« L’idée n’est pas de confiner ce conservatoire à quelque chose pour faire joli, mais que ce soit vraiment participatif, dans le sens où quand tu cueilles de la menthe, cela fait du bien à la plante, elle va drageonner, faire des racines », martèle Stanislas Alaguillaume, qui rêve de faire comme ces potagers urbains en Angleterre où il est écrit « Servez-vous ». Il pense bientôt installer des ciseaux, pour inviter tout à chacun à prendre son brin de menthe. Car pour ce spécialiste des jardins méditerranéens (il a notamment travaillé sur celui du MuCEM), la végétalisation en ville doit avant tout être « nourricière, et c’est comme cela que les gens la respectent. »

Le mot « conservatoire » n’a ainsi pas été choisi au hasard. « Ce mot est très important car il donne du sérieux à quelque chose, c’est aussi une façon pour les gens de s’approprient la démarche », poursuit Stanislas Alaguillaume. II illustre aussi la diversité des menthes plantées fin mars au Building Canebière : une quarantaine de variétés que les habitants sont allés chercher dans une pépinière spécialisée de la Drôme.

Des pots à huile donnés par le snack en face

Si la menthe verte (ou menthe marocaine) est l’ingrédient phare du thé oriental, on découvre une multitude de formes et de parfums : la menthe corse, aux petites feuilles rampantes, très épicée, la menthe verte, avec ses hautes feuilles, naturellement sucrée, la menthe glaciale, mentholée à souhait et presque amère, ou encore la menthe eau de Cologne, qui ne ment pas sur son appellation.

Avec ses racines qui se développent vite, la menthe est une plante facile à bouturer.
Avec ses racines qui se développent vite, la menthe est une plante facile à bouturer. - C. Delabroy / 20 Minutes

Chaque plant est disposé dans de grands pots à huile, donnés par le snack d’en face. De simples petits écriteaux donnent leur nom, en attendant un logo et une signalétique qui devraient bientôt arriver. Pour ce collectif d’habitants, qui a aussi aménagé un compost collectif dans l’immeuble, les projets ne manquent pas. Après le CMM, un CMA – pour Conservatoire marseillais des aromates – pourrait bien voir le jour d’ici un an, au pied des tours Labourdette cette fois, autre lieu patrimonial de Belsunce. Avec l’aide du compost du Building Canebière.

*Samedi 4 mai et dimanche 5 mai, le Conservatoire organise de 11 heures à 13 heures des ateliers thé à la menthe et mojito.