VIDEO. Méditerranée: Bientôt, les yachts ne pourront plus jeter l'ancre n'importe où

ENVIRONNEMENT La pratique du mouillage va désormais être réglementée en Méditerranée

Caroline Delabroy

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Lîle de Porquerolles. (Photo d'illustration).
Lîle de Porquerolles. (Photo d'illustration). — P.MAGNIEN / 20 MINUTES
  • Un arrêté de la préfecture maritime de la Méditerranée va réglementer le mouillage des grands navires de plaisance.
  • Cette mesure vise à protéger les herbiers de Posidonie qui, en une dizaine d’années, ont perdu plus de 100 hectares sur certains secteurs.

Une petite révolution se prépare au large des côtes méditerranéennes. A peu près comparable à la limitation de la vitesse à 5 nœuds sur la bande littorale des 300 mètres, selon la préfecture maritime pour la Méditerranée, qui s’apprête à prendre un arrêté réglementant cette fois le mouillage des grands bateaux de plaisance. En cause ? La protection des fameux herbiers de Posidonie, l’un des organismes sous-marins les plus vieux de la planète. Ils jouent un rôle essentiel dans la carte postale idéale que viennent chercher les vacanciers : eau claire et poissonneuse, longs traits côtiers, plages de sable… Sauf qu’en une dizaine d’années, certains secteurs ont perdu plus de 100 hectares d’herbier vivant. Comme en témoigne ici et l’érosion côtière.

« C’est un patrimoine que l’on a, que l’on perd et qu’on ne sait pas remplacer, alerte Thierry Duchesne, commissaire général adjoint du préfet maritime. En une nuit de mouillage, un bateau peut causer des blessures qui mettront plus d’un siècle à guérir. A la remontée de l’ancre, le fond est labouré. » Et pour peu que le vent fasse tourner le bateau autour de son point d’ancrage, « il peut y avoir 1.000 m² de perdu sur un simple mouillage », précise Céline Maurer, de l’Agence française pour la biodiversité. Plus le bateau est grand, plus il est lourd et aura d’impact sur l’herbier, qui couvre actuellement 33,5 % des fonds marins en Provence-Alpes-Côte D’Azur.

Aménager des sites de mouillage

L’arrêté vise ainsi à encadrer le mouillage pour les bateaux mesurant de 24 à 45 mètres (une réglementation existe déjà pour les plus gros). En un an, près de 1.700 bateaux de cette catégorie s’arrêtent au large des côtes françaises. Les premiers effets de la nouvelle réglementation sont attendus pour l’été prochain, pas avant. Car il s’agit avant tout d’un texte socle, qui va ensuite devoir être décliné par des arrêtés départementaux, adaptés à chaque territoire.

« Il va falloir mener un travail local pour identifier les zones de mouillage libres, les zones interdites et celles qui vont pouvoir être aménagées pour permettre le mouillage, détaille Thierry Duchesne. L’activité nautique est une source de richesse importante pour notre littoral, l’idée n’est pas de la brider mais de l’accompagner et la concilier avec la protection de l’environnement. On l’a vu avec le parc de Port-Cros et Porquerolles, quand une zone est protégée, elle a aussi un succès maritime. »

Dans les zones, comme la rade d’Hyères, où il est compliqué de mouiller en dehors de l’herbier, la solution passe par l’installation de coffres maintenus en position fixe (et de bouées pour les plus petits bateaux). Un tel investissement peut revenir à une centaine de milliers d’euros. Mais pour Pierre Boissery, expert pour la mer et le littoral au sein de l’Agence de l’Eau Rhône Méditerranée et Corse, « l’élément financier n’est pas l’élément contraignant ». « On peut aller jusqu’à 80% de financement public sur ce type de dossier, estime-t-il. C’est davantage un certain comportement qu’il faut changer, ceux qui considèrent qu’on peut faire ce qu’on veut quand on est en mer. »

Une application mobile

« Au-delà de la dimension écologique, il y a une vraie dimension économique, fait également valoir la préfecture maritime. Un coffre installé au large va être la source d’une nouvelle activité. Beaucoup de capitaines de grands yachts sont en attente de services comme la gestion des déchets, l’approvisionnement en produits frais ou le transport passagers. » L’innovation pourrait aussi venir en appui.

« Des entreprises privées se positionnent sur de nouveaux systèmes d’ancrage beaucoup moins impactant, c’est peut-être la solution de demain », estime ainsi Céline Maurer. En attendant, un outil est à disposition de tous les usagers de la mer :l'application Donia, qui permet de connaître tous les emplacements des herbiers de Posidonie. Une invitation à acquérir d’ores et déjà les bons réflexes. Car après la réglementation, toute infraction sera passible d’une amende allant jusqu’à 15.000 euros.