Biodiversité : A Paris, l’Ipbes ouvre une semaine capitale pour la planète

BIODIVERSITE L’Ipbes, plate-forme scientifique dédiée à l’étude de l’« érosion du vivant », a ouvert ce lundi sa septième session plénière et prépare la première évaluation de l’état mondial de la biodiversité depuis quinze ans

Fabrice Pouliquen

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Cette septième session plénière de l'Ipbes a été ouverte par une chorégraphie de danse interprétées par 14 enfants de 7 à 14 ans de «Les arts en scène», lécole de danse de Montpellier.
Cette septième session plénière de l'Ipbes a été ouverte par une chorégraphie de danse interprétées par 14 enfants de 7 à 14 ans de «Les arts en scène», lécole de danse de Montpellier. — IISD, Diego Noguera
  • L’Ipbes, plate-forme intergouvernementale sur la biodiversité et les services écosystémiques, a ouvert, ce lundi matin au siège de l’Unesco, à Paris, sa septième session plénière.
  • Principal enjeu de ce rendez-vous : faire adopter, par les 130 gouvernements membres de l’Ipbes, un nouveau rapport qui dresse un bilan mondial de la biodiversité. Un travail qui a mobilisé pendant trois ans quelque 500 chercheurs.
  • Ce document, qui s’alarme de l’accélération de l’érosion de la biodiversité, doit préparer le terrain à un ensemble de rendez-vous politiques qui se tiendront jusqu’à fin 2020 sur cet enjeu, « tout aussi important que la bataille contre le dérèglement climatique ».

« Nos travaux le montrent, la perte de biodiversité à laquelle nous faisons face n’est pas seulement un problème environnemental. C’est aussi une question économique, sociale, philosophique, éthique… » Ce constat, que martèle sans cesse l’Ipbes, a été dressé une nouvelle fois par Sir Robert Watson, son président, ce lundi matin au siège de l’Unesco, à Paris.

C’est là que cette plate-forme scientifique intergouvernementale, l’équivalent du Giec sur les questions de biodiversité [soit la diversité des espèces végétales et animales qui vivent sur Terre], et non du climat, tient toute cette semaine sa septième assemblée plénière. Peut-être la plus importante de sa jeune histoire, l’Ipbes devant faire adopter par 130 pays la première évaluation mondiale de la biodiversité et des écosystèmes depuis près de quinze ans.

« Nous dépendons fondamentalement de cette biodiversité »

Or, jusqu’à présent, cette érosion de la biodiversité peine à intéresser la communauté internationale. Elle reste en tout cas dans l’ombre d’une bataille plus médiatique : celle contre le réchauffement climatique. C’est tout le message, ce lundi matin, de ceux qui se sont succédé à la tribune pour cette cérémonie d’ouverture. « Notre destruction de la biodiversité et des services écosystémiques a atteint des niveaux qui menacent notre bien-être au moins autant que les changements climatiques induits par l’homme », insiste Robert Watson. « Nous dépendons fondamentalement de cette diversité du vivant pour tout ce qui nous constitue en tant que société, même si nous ne savons pas précisément le mesurer, ajoutera un peu plus tard Audrey Azoulay, directrice générale de l’Unesco. Notre patrimoine culturel, matériel et immatériel, est lié à cette biodiversité… Tout comme le sont nos emplois, notre nourriture, notre sécurité face aux catastrophes naturelles. Les zones humides, les forêts apportent beaucoup en la matière. »

Sir Robert Watson, président de l'Ipbes, à l'Unesco ce lundi 29 avril.
Sir Robert Watson, président de l'Ipbes, à l'Unesco ce lundi 29 avril. - IISD, Diego Noguera

Anne Larigauderie, secrétaire exécutive de l’Ipbes, fait le parallèle avec l’incendie de Notre-Dame de Paris. « S’est-on posé la question de ce qui nous bouleversait tant dans cet incendie ?, demande-t-elle. Les Parisiens et nous tous avons ressenti que nous avons perdu ce soir-là un peu de nous-même, un peu de notre identité. Il en va de même pour la biodiversité. Avec cet appauvrissement du monde vivant, avec la disparition de nos paysages culturels, de nos campagnes,ii en France et par-delà dans le monde, c’est un peu de notre âme et de notre raison d’être que nous perdons. »

Un rapport avec trois messages clés

A quoi sert la biodiversité ? Pourquoi faut-il l’utiliser de manière durable ? Pourquoi est-elle aussi fondamentale pour résoudre les questions liées à la faim dans le monde, à l’accès à l’eau, à la santé ou encore au changement climatique ? C’est à toutes ces questions, chiffres à l’appui, que voudra répondre le nouveau rapport de l’Ipbes. Le document, fruit de trois ans de travail et préparé par 150 chercheurs aidés de 350 autres, fait actuellement 1.800 pages. Il sera, à compter de ce lundi soir et toute la semaine, l’objet de discussions et de négociations avec les représentants des 130 Etats membres de l’Ipbes. Et comme pour les rapports du Giec sur le climat, il donnera lieu à un résumé pour décideurs qui sera dévoilé lundi prochain, dans l’après-midi.

Anne Larigauderie prévient déjà que les chiffres sont alarmants. Ce que confirme Yunne-Jain Shin, chercheuse à l’ IRD (Institut de recherche pour le développement) à Montpellier et l’un des experts scientifiques sollicités pour un des chapitres du rapport, qui porte sur les futurs de la biodiversité. Ce rapport est soumis à embargo, « mais on peut déjà dire qu’il dressera trois messages clés, précise Yunne-Jain Shin. D'une part, la biodiversité importe pour les sociétés humaines. D'autre part, cette biodiversité va très mal. Ce rapport regarde à la loupe les impacts des activités humaines sur cette érosion de la biodiversité. Mais – et c’est le troisième message- on peut encore agir à l’échelle intergouvernementale comme à l’échelle individuelle. »

Mettre la biodiversité à l’agenda international

Reste à savoir si l’Ipbes parviendra, cette fois-ci, à se faire entendre. Anne Larigauderie signale un record battu ce lundi mati : celui du nombre de participants à une cérémonie d’ouverture. « Huit cents personnes, parmi lesquels des représentants de 130 gouvernements, mais aussi des représentants d’organisations de la société civile, y compris des entreprises », précise-t-elle.

En revanche, il n’y avait aucun ministre français présent ce lundi matin pour marquer le coup. Jean-Yves Le Drian, ministre de l’Europe et des Affaires étrangères, qui devait y prononcer un discours, était retenu au séminaire gouvernemental programmé après les annonces d’Emmanuel Macron jeudi dernier. François de Rugy, ministre de la transition écologique, était toutefois attendu vers 18h15 ce lundi.

« Cette session plénière de l’Ipbes n’est pas une COP, il n’y aura pas d’engagements pris par les Etats cette semaine », relativise Yunne-Jain Shin. Tout l’enjeu est donc de préparer le terrain à un ensemble de rendez-vous politiques internationaux axés sur la biodiversité. Cela commencera dès le 5 et 6 mai avec la réunion, à Metz, des ministres de l’Environnement des pays membres du G7. A ce G7 de l'environnement succédera fin août, à Biarritz (Pyrénées-Atlantiques), le G7 général auquel la France veut donner une forte couleur environnementale.

2020, année de la biodiversité ?

Mais c’est surtout l’année 2020 qui sera émaillée d’événements internationaux à forts enjeux sur la biodiversité. « 2020 sera l’année de la biodiversité comme 2015 a été celle du climat, promet Jean-Yves Le Drian par la voix de Laurent Stéfanini, ambassadeur de France à l’Unesco, qui l’a remplacé à la tribune.

L'IUCN (Union internationale pour la conservation de la nature) y tiendra en effet son congrès mondial, qu’elle tient tous les quatre ans, à Marseille en juin 2020. Quelques mois plus tard, Pékin accueillera la COP15 « biodiversité » [car la biodiversité aussi à ses COP !]. 

« Cette COP15 doit être l’équivalent de la COP21 pour le climat, rappelle Sir Robert Watson. La communauté internationale devra s’entendre sur de nouveaux objectifs pour la décennie à venir pour limiter l’érosion de la biodiversité. Ils devront remplacer les vingt objectifs d’Aïchi que s’était fixée la communauté internationale pour la période 2010-2020. Et qui n’ont pas tous été atteints.

Voilà tout l’enjeu de ce nouveau rapport de l’Ipbes : être un document scientifique de référence en matière de biodiversité sur lequel cette COP15 pourra s’appuyer.