Rennes: Une start-up lance les premières gambas 100% rennaises

ENVIRONNEMENT Agriloops utilise l'aquaponie en eau salée pour faire aussi pousser des légumes grâce aux déjections des crevettes

Manuel Pavard

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Les gambas sont élevées dans des bassins d'eau salée et leurs rejets sont transformés en fertilisants pour faire pousser des légumes.
Les gambas sont élevées dans des bassins d'eau salée et leurs rejets sont transformés en fertilisants pour faire pousser des légumes. — Agriloops
  • La start-up rennaise Agriloops va produire des gambas et des légumes grâce à l'aquaponie en eau salée, une grande première.
  • Ce système réutilise les déjections des crevettes qui sont transformées en fertilisants pour faire pousser les légumes.
  • La société vient de mettre en place une ferme pilote, avant d'augmenter progressivement la production pour atteindre l'objectif de plusieurs dizaines de tonnes de gambas en 2020.

Produire des gambas et des légumes dans un même système écologique, le tout en pleine ville de Rennes. C’est le pari un peu fou qu’est en passe de tenir la start-up rennaise Agriloops. Le projet est né en 2016 dans l’esprit de Jérémie Cognard et Romain Vandame, deux jeunes ingénieurs agronomes. Cofondateurs de la société, ils souhaitent « offrir des produits de la mer français, ultra-frais et durables ».

Ciblant le marché de la gambas, Agriloops fait face à une problématique. Les Français sont de gros consommateurs de crevettes (120.000 tonnes par an) mais « aujourd’hui, la quasi-totalité des crevettes sont élevées en Asie du sud-est et en Amérique centrale, avec un fort impact sur l’environnement », déplore Jérémie Cognard. Celui-ci pointe ainsi « la  destruction des mangroves, l’utilisation massive d’antibiotiques et les milliers de kilomètres de voyage dans des containers réfrigérés ».

L’aquaponie, un mix entre l’aquaculture et le maraîchage

Agriloops prend donc l’engagement de produire « des gambas garanties jamais congelées, sans antibiotiques, élevées au plus proche du consommateur et dans le respect de l'environnement ». Pour cela, Jérémie Cognard et Romain Vandame vont appliquer une technique découverte au cours de leurs voyages respectifs :  l’aquaponie, un mix entre l’aquaculture et le maraîchage.

« On réutilise les effluents des crevettes transformés en fertilisants pour faire pousser des légumes », explique le premier nommé. En résumé, les gambas sont nourries - avec un aliment issu de l'agriculture biologique - dans différents bassins, puis l’eau chargée avec leurs déjections vient ensuite irriguer la culture des plantes. Particularité du projet, l’aquaponie est transposée en milieu salé, une grande première en Europe pour une méthode utilisée jusque-là uniquement en eau douce.

Plusieurs dizaines de tonnes de gambas en 2020

« On a travaillé pendant plusieurs mois et aujourd’hui le système fonctionne », se félicite Jérémie Cognard. Grâce à l’eau salée, les tomates cerises et le mesclun de la mer (mélange d'huître potagère, salicorne et plantain) cultivés par la start-up ont un « goût différent et même meilleur », illustre l’ingénieur, précisant n’avoir choisi que « des espèces qui acceptent le sel ». 

Après avoir effectué une batterie de tests concluants en laboratoire, Agriloops a pu lever 1,4 million d’euros, début 2019, pour installer à Rennes sa ferme aquaponique pilote de 100 m². La production, lancée depuis quelques semaines, ira crescendo, l’objectif étant d’atteindre plusieurs dizaines de tonnes de gambas et de légumes dès 2020 avec la mise en place de la vraie ferme commerciale.

Ces crevettes seront destinées aux restaurants et poissonneries dans un premier temps, puis à terme aux grossistes. Dans quelques mois, vous devriez ainsi pouvoir trouver sur les étals et dans vos assiettes les toutes premières gambas « made in Rennes ».