Environnement : Est-on plus écolo quand on habite près d’un parc naturel en France ?

ETUDE Deux biologistes du CNRS, dont l’étude sort ce jeudi, ont étudié trois indicateurs de conscience écologique dans 16.000 villes de métropole, en comparant les résultats en fonction de la distance qui sépare ces communes du parc naturel le plus proche

Fabrice Pouliquen

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Le parc national des écrins dans le massif alpin.
Le parc national des écrins dans le massif alpin. — COEURS DE NATURE/BIOT TIM/SIPA
  • L’étude a pris en compte trois types de comportements : le vote écologiste à diverses élections, l’adhésion à des associations environnementales et la participation à un programme de sciences participatives axé sur l’observation des oiseaux.
  • Résultat : plus on s’éloigne d’un parc naturel et plus les trois indicateurs décroissent. Un exemple : le score des candidats écologistes est en moyenne 31 % plus élevé dans une commune située près un parc que dans une ville se trouvant à 100 km.
  • Ces parcs, par les paysages sauvages qu’ils abritent, stimuleraient la sensibilité à la nature de leurs habitants. Victor Cazalis, coauteur de l’étude, cite aussi l’impact des actions pédagogiques que développent ces sites à destination du grand public.

C’est une question dans l’air du temps : comment susciter des comportements pro-environnementaux chez les Français ? Et si le fait d’habiter à proximité d’un parc naturel pouvait aider ? Cela semble aller de soi, mais il fallait encore pouvoir le prouver scientifiquement. C’est à cette tâche que se sont attelés deux biologistes du CNRS dans une étude qui paraît ce jeudi dans la revue Biological Conservation.

Pendant un an, Victor Cazalis, doctorant en biologie de la conservation au Centre d’écologie fonctionnelle et évolutive, et Anne-Caroline Prévot, du Centre d’écologie et de sciences de la conservations, ont épluché des indicateurs de comportements environnementaux de la population.

Vote écolo, adhésion à des associations et sciences participatives

« Nous avons pris en compte 16.000 communes de France métropolitaine aux alentours de six  parcs nationaux et 51 parcs régionaux, précise Victor Cazalis. Puis, nous avons comparé les résultats en fonction de la distance qui séparent ces villes du parc naturel le plus proche, en étant attentifs à confronter des communes de même taille, avec un salaire moyen et une pyramide des âges proches. »

Trois indicateurs, permettant d’avoir des données sur l’ensemble de la métropole, ont été pris en compte.

  • Le score réalisé dans chacune de ces 16.000 municipalités par des candidats écologistes à deux élections : la présidentielle de 2012 et les européennes de 2014.
  • Le soutien à des associations environnementales : WWF et la Ligue de protection des oiseaux (LPO).
  • La participation à « Oiseaux des jardins », un programme de sciences participatives du Museum national d’histoire naturelle (MNHN) qui invite les citoyens à identifier et compter régulièrement les oiseaux croisés dans leur jardin ou sur leur balcon.

Des différences notables à 20 km près ?

Résultat : le score des candidats écologistes est en moyenne 31 % plus élevé dans une commune située dans un parc naturel que dans une ville située à 100 km. « Le nombre d’adhérents à LPO est aussi en moyenne deux fois plus important, toujours entre une commune située dans un parc naturel et une ville à plus de 100 km », illustre Victor Cazalis. « Plus globalement, nous avons remarqué que plus on s’éloigne d’un parc et plus les trois indicateurs pris en compte dans l’étude décroissent, reprend le doctorant. Il y a déjà des différences notables entre une ville à l’intérieur d’un parc et une autre, de taille comparable, à 20 km de celui-ci. »

Mais ces trois indicateurs de comportement permettent-ils d’affirmer qu’une ville est plus écologique qu’une autre. « Ces trois types de comportements sont décrits dans la littérature scientifique comme des indices de la conscience écologique d’une population, explique Victor Cazalis. C’est ce qu’on appelle des “pieds dans la porte”. Certes, ils demandent peu d’énergie et sont plus de l’ordre de la sensibilité, mais ils amènent derrière à des comportements plus conséquents. »

Des paysages sauvages qui stimulent la sensibilité à la nature ?

L’étude de Victor Cazalis et d’Anne-Caroline Prévot conclut ainsi que « les Français ont des comportements plus écologiques que la moyenne lorsqu’ils habitent à proximité ou dans un parc naturel ». Selon les auteurs, l‘influence des parcs naturels s’explique d’abord par le fait que leurs paysages sont plus sauvages qu’ailleurs, ce qui stimule l’intérêt et la sensibilité à la nature de leurs habitants. « Mais ça va au-delà, reprend le doctorant. Les parcs, par les actions de sensibilisation qu’ils mènent à destination du grand public, contribuent à faire émerger ces comportements pro-environnementaux. Que ce soit les sorties natures, les conférences, ou tout simplement le panneau au bord de la route indiquant qu’on entre dans une aire naturelle protégée. »

De quoi donc encourager le développement des aires protégées en France. « En métropole, il n’y a pas de villes à plus de 100 km, à vol d’oiseau, d’un parc naturel », précise Victor Cazalis. Mais il est sans doute encore possible de faire mieux. Alors que le pays compte actuellement 10 parcs nationaux, la création d’un onzième est en projet : le parc des forêts de Champagne-Bourgogne. Il devrait voir le jour cette année.