Corse: Les agents de la réserve naturelle de Scandola menacés de mort

BIODIVERSITE Cette réserve naturelle terrestre et maritime est au centre d’un conflit entre ses gestionnaires et les professionnels du tourisme, les premiers demandant des mesures d’urgence pour limiter l’impact du tourisme de masse sur la zone

20 Minutes avec AFP

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La photo aérienne prise le 2 septembre 2013 montre le cap Senino au sud de la réserve naturelle de Scandola sur l'île française de Corse, en Méditerranée.
La photo aérienne prise le 2 septembre 2013 montre le cap Senino au sud de la réserve naturelle de Scandola sur l'île française de Corse, en Méditerranée. — PASCAL POCHARD CASABIANCA / AFP

Les agents de la réserve naturelle de Scandola (Corse-du-Sud) ont récemment reçu une lettre de menace de mort, a-t-on appris dimanche auprès d’une source proche du dossier, qui confirmait une information initiale de France Corse 3 Via Stella.

Selon la chaîne de télévision, une plainte aurait été déposée par le conservateur de la réserve lundi 15 avril auprès des gendarmes. Contacté par l’AFP, le parquet n’a pas été en mesure de confirmer l’enregistrement de cette plainte.

Gestionnaires de la réserve contre professionnels du tourisme

Dimanche, sur les réseaux sociaux, de nombreux élus nationalistes insulaires ont condamné ces menaces, au premier rang desquels Gilles Simeoni, le président du Conseil exécutif de Corse : « Soutien total aux agents de la réserve de Scandola, à nouveau destinataires de menaces de mort anonymes », a-t-il écrit.

Début janvier, un tag insultant visant directement le conservateur du site, Jean-Marie Dominici, avait déjà été retrouvé sur la façade de la caserne des pompiers de Galeria (Haute-Corse).

Lieu emblématique de l’île de Beauté, la réserve de Scandola est au cœur d’un contexte particulièrement tendu depuis quelques mois entre gestionnaires du site et professionnels du tourisme. Alors que le site serait gravement impacté par la surfréquentation touristique, de nombreuses voix s’élèvent pour appeler à juguler ce tourisme de masse.

Trop de dérangement pour les animaux de la réserve ?

Le 11 mars, neuf associations corses ont ainsi écrit au ministre de la Transition écologique, François de Rugy, pour demander « des mesures d’urgence dès l’été 2019 », dont une « zone d’interdiction » d’accès, pour sauver la réserve. « Située dans le Sanctuaire des Pélagos, la partie marine de la Réserve est désertée par les poissons et autres animaux marins en raison du fort dérangement et de la pollution sonore », avaient notamment fustigé les associations dans ce courrier.

Etablie en 1975, la réserve de Scandola, 920 hectares terrestres et 1.000 hectares de zone marine, est titulaire de nombreux labels de protection : Réserve naturelle, Aire marine protégée, Conservatoire du littoral, Znieff, Natura 2000, Patrimoine mondial de l’Unesco et Diplôme européen des espaces protégés.

« La population de balbuzards s’effondre »

Un rapport du CNRS de décembre 2018 jugeait que « la population de balbuzards pêcheurs, un rapace protégé et menacé en mer Méditerranée, s’effondre dans la réserve naturelle nationale de Scandola » à cause du tourisme. Cette étude soulignait « l’importance de modifier la manière dont est géré le tourisme dans cette aire marine protégée ».