VIDEO. Mobilisation Climat: «Pourquoi ne bloquent-ils pas plutôt l’ambassade de Chine?»

MANIFESTATION Depuis 8h30, les bureaux de Total à La Défense, la Société générale, EDF et le ministère de la Transition écologique sont bloqués par des militants écologistes. L’opération se veut la plus grande action de désobéissance civile en France sur le climat

Fabrice Pouliquen

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Des militants écologistes de Greenpeace, ANV-COP21 et Les Amis de la Terre bloquent l'accès de la tour EDF à La Défense. Lancer le diaporama
Des militants écologistes de Greenpeace, ANV-COP21 et Les Amis de la Terre bloquent l'accès de la tour EDF à La Défense. — F.Pouliquen/20Minutes
  • Trois ONG environnementales ont lancé ce vendredi matin une grande opération de désobéissance civile dans le quartier d’affaires de La Défense. Elle se poursuit à l’heure où nous écrivons ses lignes.
  • Les accès à quatre tours de bureaux – celles de Total, la Société générale, d’EDF et du ministère de la Transition écologique, sont bloqués depuis 8h30. Deux mille militants sont impliqués.
  • Les ONG entendent dénoncer « la République des pollueurs », « cette alliance entre nos dirigeants politiques et ceux des multinationales, au détriment de la transition écologique ». Un argument qui laissait perplexes ce matin des salariés bloqués.

Des hommes et des femmes assis par terre, s’accrochant les uns les autres de manière à obstruer complètement la porte tambour à laquelle ils finiront par s’enchaîner. On n’entre pas ce vendredi dans la tour EDF à La Défense. C’est l’un des quatre sites du quartier des affaires parisien à être bloqué depuis 8h30 par des militants écologistes de Greenpeace, ANV-COP21 et Les Amis de la Terre, soutenus par une dizaine d'autres associations environnementales.

La tour Total, les bureaux de la Société générale et l’un des sites du ministère de la Transition écologique complètent la liste. Voilà, pour ces ONG, quatre symboles de ce qu’elles appellent la  « République des pollueurs ».

2.000 militants mobilisés…

« La République des pollueurs est cette alliance qui se noue entre nos dirigeants politiques et ceux des multinationales, ceci au détriment de la transition écologique », précise Pauline Boyer, porte-parole d’ANV-COP21. Nous avons ciblé ainsi le ministère mais aussi une banque qui investit massivement aujourd’hui dans les énergies fossiles non-conventionnelles, un groupe pétrolier qui compte parmi les entreprises au monde les plus émettrices de gaz à effet de serre, et le gestionnaire de notre parc nucléaire qui continue à capter des sommes colossales d’argent public qui ne sont pas mises dans les énergies renouvelables. »

Ces trois ONG annonçaient la plus grande opération de désobéissance civile sur le climat en France. Pour paralyser ces quatre tours de bureaux, qui emploient chacune plusieurs milliers de salariés, elles sont parvenues à réunir 2.000 militants, pour certains arrivés la veille à Paris d’une des neuf villes de province avec lesquelles des liaisons de bus avaient été créées. Ils étaient au pied des immeubles mais parfois tout aussi nombreux à l’intérieur. Dans la tour EDF, les mêmes chaînes humaines bloquaient ainsi les portiques d’entrée et l’accès aux ascenseurs des pollueurs ». Aux parois vitrées, des portraits d’Emmanuel Macron, « président des pollueurs » étaient affichés un peu partout.

« Nous pouvons tenir longtemps »

C’est devant l’une de ces chaînes humaines que se postait ce matin, Jean, venu de Lyon. C'est sa première action de désobéissance civile, lui a qui a déjà participé à plusieurs marches pour le climat cet automne. « Jusqu’à présent, le gouvernement multiplie les belles promesses, mais elles ne sont pas suivies d’actes concrets, justifie-t-il. Or, il y a urgence à agir. Voilà pourquoi nous haussons le ton aujourd’hui. »

« Nous sommes prêts à tenir longtemps », confie Fanny Delahalle, autre porte-parole d’ANV-COP21. A 14h30, les blocus tenaient toujours, bien que les forces de l’ordre aient commencé, en début d’après-midi, à déloger un par un les militants. « C’est le cas dans les tours Total et EDF, rapporte Fanny Delahalle. Nous levons les bras en signe de non-violence mais nous ne nous laissons pas faire pour autant. Et même délogés des tours, nous ne quitterons pas aussi facilement les différents sites bloqués. »

Des salariés incrédules

De quoi faire grincer des dents les employés restés à la porte de leur bureau ce matin. « Ils ont droit de manifester mais ils n’ont aucun droit de m’empêcher de travailler, pestait Guy, arrivé à 9 heures ce matin aux abords du ministère de la Transition écologique et qui ne savait pas trop bien quoi faire à midi. Nous sommes 3.000 à travailler ici dont des intervenants extérieurs comme moi qui ne pourront pas récupérer cette journée. Et nous sommes bloqués par une cinquantaine d’activistes avec qui il est bien difficile de discuter. Leurs discours sont formatés. »

Un constat que dresse aussi Nicolas*, prestataire pour EDF et dans l’incapacité lui aussi de travailler ce vendredi. « Je suis ouvert au dialogue et j’aurai bien aimé que les militants m’expliquent pourquoi ils ont ciblé entre autres EDF, raconte-t-il. Ils m’ont répondu que c’était pour la symbolique, pour dénoncer une transition écologique qui ne va pas assez vite. L’énergie nucléaire est pourtant celle qui permet aujourd’hui à la France d’avoir un bilan carbone faible dans sa production d’énergie. Elle a ses défauts certes, mais l’éolien, le solaire ont les leurs aussi. Les militants avec qui j’ai discuté ce matin ne semblaient pas en avoir conscience. »

« Pourquoi ne bloquent-ils pas plutôt l’ambassade de la Chine ? »

« Pourquoi ne bloquent-ils pas plutôt les ambassades de la Chine, de l’Inde, du Venezuela, de la Russie, ou des Etats-Unis… ?, questionne Guy. Ces pays qui génèrent bien plus d’émissions de gaz à effet de serre que la France. » Un argument qui fait sourire Pauline Boyer. « La France compte parmi les Etats qui ont assis leur croissance en émettant beaucoup d’émissions de gaz à effet de serre, estime-t-elle. Nous avons une dette morale envers les pays qui se sont développés tardivement et à qui nous disons aujourd’hui qu’elles ne pourront pas emprunter le même chemin que nous car trop impactant pour l’environnement. Nous devons au minimum montrer l’exemple, ce qui est loin d’être le cas aujourd’hui. Nous ne sommes même pas à la hauteur des engagements pris dans le cadre de l’Accord de Paris sur le climat. Si nous ne le faisons pas, qui va le faire ? »

 

*Le prénom a été changé.