Désobéissance civile pour le climat: Les ONG organisent une mobilisation de masse ce vendredi

MOBILISATION Les détails sont restés secrètement gardés, mais ce vendredi, Greenpeace, ANV-COP21 et les Amis de la Terre organisent la plus grande action de désobéissance civile en France. Dans le collimateur ? « La collusion entre les dirigeants politiques et les multinationales »

Fabrice Pouliquen

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Greenpeace, comme ANV-COP21 et les Amis de la Terre ont régulièrement recours aux actions de désobéissance civile. Mais l'action «Bloquons la République des pollueurs
Greenpeace, comme ANV-COP21 et les Amis de la Terre ont régulièrement recours aux actions de désobéissance civile. Mais l'action «Bloquons la République des pollueurs — Jacques DEMARTHON / AFP
  • Trois ONG, soutenues par onze autres, organisent ce vendredi une grande action de désobéissance civile à Paris pour bloquer la République des pollueurs qu’elles définissent comme « la collusion entre les dirigeants politiques et les multinationales »
  • Cette grande opération fait écho aux blocages massifs des ponts et stations de métro que mène toute cette semaine, à Londres, Extinction Rebellion, mouvement social né Outre-Manche à l’automne dernier et qui prend de l’ampleur.
  • La désobéissance civile n’est pas une technique nouvelle de mobilisation, « mais les ONG environnementales l’ont mise au goût du jour pour l’adapter à la dénonciation de l’inaction climatique des Etats », estime le sociologue Albert Oger.

EDIT du 19/04/2019: L'action de désobéissance civile des trois ONG environnementales a finalement eu lieu ce vendredi matin à La Défense, à Paris.

Le lieu et l’heure restent secrets. On n’en sait pas plus du nombre de participants attendus, ni même s’il y a une cible précise visée. Pour tout dire, de l’opération de désobéissance civile que préparent trois ONG environnementales -Greenpeace, ANV-COP21 et les Amis de la Terre- on ne sait pratiquement que le nom, « Bloquons la République des pollueurs », et le lieu : Paris.

« Nous ne pouvons dire que le minimum, il en va de la réussite de l’action », prévenaient-elles lors d’une conférence de presse organisée lundi, à la Base, leur nouveau QG parisien. Les journalistes seront prévenus au dernier moment des détails, via un système de messagerie sécurisé.

« La plus grande action de désobéissance civile »

Ces ONG mènent déjà régulièrement en France des actions de désobéissance civile. Le 14 décembre, ANV-COP21 avait ainsi bloqué l’entrée de la Société Générale. En juin, Greenpeace avait perturbé l’assemblée générale des actionnaires de Total. Ce qui change vendredi ? « Il s’agit déjà d’une action coordonnée à plusieurs ONG et elle n’implique plus seulement nos militants mais s’ouvre aussi au grand public », indique-t-on à Greenpeace.

De quoi faire potentiellement « la plus grande action de désobéissance civile jamais organisée en France », annoncent les organisateurs. Plusieurs centaines de personnes participeront. Elles viendront de Paris mais aussi de partout en France, des cars étant prévus au départ de neuf villes* pour acheminer les manifestants dans la capitale.

Tous ont suivi une formation d’une demi-journée à l’action non-violente. Qu’est-ce que la désobéissance civile ? Comment se comporter lorsqu’on est pris dans une nasse [technique policière pour réguler les foules] ? Comment faire baisser la tension lorsque cela devient nécessaire ?… « Tous ont aussi conscience que cette action, même si elle sera non-violente et même si l’objectif n’est pas du tout de se faire arrêter, peut se terminer en garde à vue », précise par ailleurs Clément Sénéchal, de Greenpeace France.

Les marches ne suffisent plus…

Avec cette action, le mouvement citoyen contre le dérèglement climatique veut hausser le ton face à cette « République des pollueurs » que Clément Sénéchal définit comme « la collusion entre les dirigeants politiques et les multinationales ». « Il y a l’affichage politique d’Emmanuel Macron sur les changements climatiques, via son "Make planet great again" notamment, mais derrière, sur tous les dossiers, les arbitrages sont toujours en faveur des multinationales et jamais en faveur de l’environnement, poursuit Clément Sénéchal. Une des promesses fortes d’Emmanuel Macron était par exemple dd’inscrire dans la loi la fin des véhicules thermiques en France en 2040. La loi d’orientation des mobilités est actuellement en discussion, mais cet objectif n’y est plus. On pourrait citer aussi la déforestation importée de la France. Le gouvernement a élaboré une stratégie nationale en la matière. Mais elle ne comprend aucune mesure contraignante et Total est toujours autorisé à importer massivement de l’huile de palme pour sa bioraffinerie de la Mède. »

Dans ce contexte, les marches pour le climat, qui se sont succédées depuis la démission de Nicolas Hulot fin août dernier, « ne suffisent plus, constate Pauline Boyer, d’ANV-COP21. Quand l’État et la loi engendrent de l’injustice et mettent en péril notre avenir, ils ne méritent plus l’obéissance aveugle des citoyens. Nous avons la légitimité pour bloquer cette République des pollueurs. »

En écho à Extinction Rebellion à Londres

L’action de vendredi est à mettre en parallèle avec les blocages massifs des ponts et du métro que mène toute cette semaine, à Londres, Extinction Rebellion, un mouvement social né à l’automne dernier au Royaume-Uni et qui multiplie depuis les opérations de désobéissance civile. « Extinction Rebellion n’a pas inventé la désobéissance civile mais a adapté cette méthode de contestation à la bataille climatique, explique Albert Ogier, chercheur émérite au CNRS au Centre d’études des mouvements sociaux (CEMS). Cette résistance passive a été théorisée par Henry-David Thoreau, un philosophe américain qui au début du 19e siècle, a refusé de payer ses impôts pour ne pas soutenir son Etat à l’époque esclavagiste. C’est bien ça la désobéissance civile : on s’oppose à une loi et on affirme publiquement son opposition. »

La technique sera reprise ensuite en France par Hubertine Auclert, qui entama à partir de 1880, une grève de l’impôt tant que les femmes n’auraient pas le droit de vote, par Ghandi en Inde pour combattre l’empire britannique, par le mouvement des droits civiques aux Etats-Unis à partir de 1950, par les 343 salopes qui ont affirmé dans un manifeste paru en 1971 s’être fait avorter s’exposant ainsi à des poursuites pénales…

Une réappropriation de la désobéissance civile ?

« Avec les mouvements écologistes, la logique n’est plus tout à fait la même, note Albert Ogier. Ils ne ciblent pas une loi précise, mais dénoncent bien plus l’inaction des Etats dans la lutte contre le dérèglement climatique. Or, c’est plus difficile de désobéir à une inaction. La stratégie, celle d’Executive Rebellion en tout cas, est bien plus alors d’occuper illégalement l’espace public pour se faire massivement arrêter par la police au point de bloquer le système pénitentiaire et juridique. »

Les actions menées par Extinction Rebellion ont conduit à 340 arrestations depuis le début de la semaine, a indiqué ce jeudi la police londonienne à l’aube de la quatrième journée d’action. « C’est ce qui est marquant aujourd’hui dans le mouvement écologique, reprend Albert Ogier. En parallèle des marches, ces ONG expérimentent de nouvelles méthodes de mobilisation qui mettent dans l’embarras les pouvoirs publics. Les attaques en justice des pouvoirs publics pour inaction climatique – voir « Notre affaire à tous » en France - en sont une. Les actions de désobéissance civile en sont une autre. »

Le hic, en France, est que contrairement à la Grande-Bretagne, « la police n’a pas pour habitude de procéder à des arrestations en masse mais privilégie les techniques de dispersions des foules », constate Pauline Boyer. « Mais l’objectif ce vendredi n’est pas du tout de se faire arrêter, insiste Clément Sénéchal. Il y a d’autres façons pour bloquer cette République des pollueurs. Vous verrez demain. »

 

*Bordeaux, strasbourg, Poitiers, Lyon, Lille, Nancy, Tours, Nantes et Marseille