Les ondes des éoliennes sont-elles nocives pour la santé, comme l’affirme Jordan Bardella?

FAKE OFF Selon la tête de liste du Rassemblement national aux élections européennes, les ondes des éoliennes sont « extrêmement nocives pour la santé. »

Alexis Orsini

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Une éolienne.
Une éolienne. — Daina Le Lardic / Isopix/SIPA
  • Selon Jordan Bardella, les ondes des éoliennes sont  «extrêmement nocives pour la santé».
  • La tête de liste du Rassemblement national aux élections européennes a récemment développé cette attaque anti-éoliennes, entre autres arguments.
  • «20 Minutes» fait le point sur les effets connus des infrasons produits par les éoliennes sur la santé.

Haro sur les éoliennes au Rassemblement national. Invité, dimanche 7 avril, dans l’émission Le Grand Rendez-vous (Europe 1/CNews), Jordan Bardella, tête de liste aux élections européennes, a revendiqué l’engagement du parti de Marine Le Pen contre cette forme d’énergie renouvelable : « On a lancé une campagne contre les éoliennes parce qu’elles sont un drame pour l’environnement. »

Parmi les différents points soulevés dans son argumentaire, Jordan Bardella a particulièrement insisté sur une question médicale - dans la foulée d'une sortie remarquée de Donald Trump sur le sujet : « C’est dangereux pour la santé […] Les ondes qui sont dégagées sont extrêmement nocives pour la santé. On a supprimé les commissions d’enquête publique là-dessus pour faire fi de l’avis des populations et de l’avis des Français ».

Si ces affirmations font écho aux inquiétudes et aux troubles physiques – nausées, vertiges… – relayés par certains groupes de riverains opposés aux éoliennes, elles sont contredites par les conclusions des deux études publiées sur ce sujet en 2017 : l’évaluation des effets sanitaires des basses fréquences sonores et infrasons dus aux parcs éoliens, réalisée par l’Agence nationale de sécurité sanitaire (Anses) et le rapport sur les nuisances sanitaires des éoliennes terrestres signé de l’Académie nationale de médecine.

FAKE OFF

« Il est complètement faux d’affirmer que les ondes dégagées par les éoliennes sont extrêmement nocives pour la santé » dénonce Patrice Tran Ba Huy, ORL et rapporteur de l’étude réalisée par l’Académie nationale de médecine. « Médicalement, il n’est pas possible d’affirmer la nocivité des infrasons produits par les éoliennes à l’heure actuelle, mais il faut rester très prudent. On ne peut pas dire qu’il n’y en a pas, mais on ne peut pas le démontrer, car c’est méthodologiquement très difficile à mesurer. »

« Notamment parce que les éoliennes tournent un tiers du temps seulement. L’influence des conditions météorologiques joue beaucoup également : si le vent souffle dans le sens opposé, il diminue les infrasons, et, à l’inverse, il y expose dans l’autre sens », précise-t-il.

L’Anses arrivait à la même conclusion dans son avis de 2017 : « Il est très difficile d’isoler, à l’heure actuelle, les effets sur la santé des infrasons et basses fréquences sonores de ceux du bruit audible ou d'autres causes potentielles qui pourraient être dues aux éoliennes ».

Patrice Tran Ba Huy ajoute : « Schématiquement, l’oreille humaine capte les sons dont la fréquence est comprise entre 20 Hz et 20.000 Hz : au-delà, il s’agit d’ultrasons, et en dessous d’infrasons. Les éoliennes produisent des infrasons, c’est indiscutable. L’intensité émise par les éoliennes installées à distance règlementaire des habitations, soit 500 mètres, est très faible. Elle est par exemple nettement inférieure à celle produite par le bruit du métro près du boulevard de Grenelle [une ligne aérienne]. »

En outre, contrairement à ce qu’affirme Jordan Bardella, une commission d’enquête travaille bien à l’Assemblée nationale « sur l’impact économique, industriel et environnemental des énergies renouvelables, sur la transparence des financements et sur l’acceptabilité sociale des politiques de transition énergétique », sous la présidence du député (LR) Julien Aubert.

Illusration eolienne
Illusration eolienne - M. Gile/SIPA

« Effet Nocebo »

Pour Jean-Louis Butré, président de Fédération environnement durable (FDE), qui regroupe plus de mille associations opposées aux éoliennes, une enquête nationale plus poussée s’impose : « On a reçu environ 500 cas de personnes témoignant de problèmes de santé, certaines résidant environ 1.500 mètres autour d’éoliennes. Sans compter la mystérieuse disparition des vaches de Nozay [Loire-Atlantique]. Est-ce que c’est dû aux infrasons ? Je ne sais pas, mais la question mérite d’être traitée sérieusement et de ne pas être politisée. »

Ces cas de troubles physiques figurent bien dans l’étude de l’Académie nationale de médecine, comme le rappelle Patrice Tran Ba Huy : « Les infrasons des éoliennes peuvent-ils être à l’origine de perturbations physiques? On entre dans des facteurs très durs à quantifier, qui relèvent de ce qu’on appelle des intolérances environnementales idiopathiques. Ca peut aller du vertige aux nausées en passant par le mal-être et les troubles du sommeil, des troubles très répandus. »

Le rapport de l’Académie évoque plus spécifiquement « l’effet Nocebo » : « Une récente étude néo-zélandaise [...] a comparé les effets d’une exposition de 10 minutes soit à une stimulation placebo (c’est-à-dire au silence), soit à des infrasons, sur des sujets recevant préalablement une information soulignant soit les méfaits, soit l’innocuité de ces derniers. Seuls les sujets ayant reçu les informations négatives rapportèrent des symptômes, qu’ils aient été ou non soumis à l’exposition aux infrasons ! […] En d’autres termes, la crainte de la nuisance sonore serait plus pathogène que la nuisance elle-même ».

Une conclusion là encore partagée dans l’avis de l’Anses : « Parmi les riverains [affirmant ressentir des troubles dus aux infrasons] des situations de réels mal-être sont rencontrées, et des effets sur la santé parfois constatés médicalement, mais pour lesquels la causalité avec l’exposition aux infrasons et basses fréquences sonores produits par les éoliennes ne peut pas être établie de manière évidente. »

Pour Patrice Tran Ba Huy, un travail de grande ampleur s'impose afin de pouvoir y voir plus clair : « Il faudrait réaliser une étude épidémiologique autour des infrasons des éoliennes, ce que nous réclamons depuis 2006 au sein de l’Académie nationale de médecine ». Tout en restant conscient des difficultés pratiques d'un tel projet : « Elle nécessiterait au moins trois ans d’études et des millions d’euros, avec une méthodologie très compliquée à mener ».