Var: «Si ça continue, dans six mois, le site n’existe plus»….Après le buzz des photos idylliques sur Facebook, le cri d’alerte du maire de Nans-les-Pins

ENVIRONNEMENT Des photos bleu lagon des sources de l’Huveaune ont provoqué un afflux de touristes, qui menacent une réserve biologique très fragile

Caroline Delabroy

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Sur cette route, à la sortie de Nans-les-Pins, des centaines de voiture se sont garées le week-end dernier sur le bas-côté, près du point de départ vers les sources de l'Huveaune.
Sur cette route, à la sortie de Nans-les-Pins, des centaines de voiture se sont garées le week-end dernier sur le bas-côté, près du point de départ vers les sources de l'Huveaune. — C. Delabroy / 20 Minutes
  • Deux week-ends d’affilée, Nans-les-Pins a vu déferler des centaines de voitures et de visiteurs venus marcher jusqu’aux sources de l’Huveaune, site classé Natura 2000.
  • Des photos sur Facebook sont à l’origine de ce buzz.
  • Le parc naturel régional de la Sainte-Baume dépêche en urgence deux écogardes et lance une étude pour aménager et protéger ce site fragile.

Elle passe une tête dans l’office de tourisme. Et demande : « On cherche une carte pour aller aux sources ». Dehors, la voiture l’attend. Ils sont plusieurs à être venus de Toulon, attirés par « la forêt, les couleurs », après les photos idylliques des sources de l’Huveaune publiées par un photographe amateur sur Facebook.

Depuis deux semaines, le buzz de ces clichés à haut potentiel Instagram ne faiblit pas. Si bien que Nans-les-Pins, tranquille village du Var posté au pied du massif de la Sainte-Baume, fait face à un afflux de touristes. Du jamais vu, selon la maire Pierrette Lopez. « C’est notre joyau de la forêt, là où d’habitude il y a 40 personnes dans le week-end, on a eu un millier de visiteurs », s’inquiète-t-elle.

« On a même vu des gens en maillot de bain ! »

Rien que le deuxième week-end qui a suivi la publication des photos, près de 300 voitures se sont (mal) garées sur les bas-côtés d’une départementale toute en virages. La situation a affolé la mairie, qui a depuis pris un arrêté pour interdire le stationnement près du point de départ du sentier (non balisé) vers les sources.

Elle invite ainsi à se garer dans les parkings du centre-ville, même si cela rallonge un peu la marche - il faut compter en tout 1h30. Mais surtout, elle en appelle à ne plus céder aux sirènes du buzz. « Si ça continue, dans six mois, ces vasques n’existent plus, lance Pierrette Lopez. On a même vu des gens en maillot de bain, et certains patauger ! ».

« Ce n’est pas un lieu de baignade, c’est un site classé Natura 2000 », se désole-t-on à l’office de tourisme, tout prêt à en indiquer d’autres aux visiteurs qui voudraient plonger une tête. « Cette fragilité, elle peut ne pas sauter aux yeux, et pourtant elle est là », abonde Michel Gros, le président du parc naturel régional de la Sainte-Baume. De fait, il a fallu plusieurs milliers d’années pour que ces vasques, constituées de tufs calcaires, se forment, de même que les micro-organismes à l’origine de leur belle couleur bleutée, celle-là même, sans doute, qui a ému tant de gens.

« En vrai tu te cailles, t’es en pleine forêt »

En urgence, le parc a décidé de mobiliser deux écogardes pour, dès ce week-end, sensibiliser le public à la fragilité des lieux. « Il suffit de lire les panneaux, ça dit bien que c’est interdit de se baigner ou de marcher dans la rivière », commente Arnaud, 37 ans. A son arrivée dans le village en 2013, il a vite entendu parler des sources de l’Huveaune, mais il temporise : « Ce n’est pas non plus un secret qui se transmet. Personne n’y va tous les dimanches pour pique-niquer, il y a des lieux plus agréables pour ça. Sur les photos, cela fait lagon bleu, on dirait des sources d’eau chaude, mais en vrai tu te cailles, t’es en pleine forêt. Le site est quand même magnifique, c’est une réserve biologique. On y amène les copains de passage pour les impressionner ! »

Pour le tout jeune parc régional, créé en décembre 2017, le buzz ressemble fort à un baptême du feu. Une réunion de crise s’est tenue avec les services de l’Etat, et une étude va être lancée en vue d’aménager le site pour accueillir du public. « Nous sommes en plein dans les missions du parc, trouver un équilibre entre les activités humaines et la préservation des milieux naturels », relève Michel Gros. Mais dans tous les cas, il prévient et en appelle à la responsabilité de chacun : « Il ne peut y avoir 1.000 personnes sur une journée qui visitent ces sources, ce ne sera pas possible. »