Marseille: Un quart des écoles et des crèches directement exposées à des niveaux «illégaux» de pollution de l'air

POLLUTION Dans une étude, Greenpeace révèle qu’un quart des écoles et crèches de Marseille sont exposées à des niveaux de pollution qui dépassent les normes européennes

Mathilde Ceilles

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Une école de Marseille
Une école de Marseille — BERTRAND LANGLOIS AFP
  • Greenpeace révèle dans une étude qu’un quart des écoles et crèches marseillaises sont exposées à des niveaux « illégaux » de pollution de l’air dans un rayon de cinquante mètres.
  • L’ONG réclame des mesures pour diminuer le trafic routier.

Les chiffres sont éloquents. Dans une étude publiée ce jeudi, Greenpeace révèle que 58 % des écoles et des crèches de Marseille et ses alentours se situent à moins de 200 mètres d’une zone où la pollution de l’air au dioxyde d’azote dépasse le niveau légal.

Et même, un quart des écoles et crèches de Marseille sont exposées à des niveaux d’exposition à l’oxyde d’azote au-dessus des normes légales dans un périmètre de cinquante mètres autour de l’établissement. « La pollution de l’air met en danger des milliers d’enfants à Marseille ! », affirme l’ONG. 20 Minutes fait le point.

Quelles sont les écoles concernées ?

Pour réaliser cette étude, Greenpeace a croisé les données de la pollution de l’air extérieur au dioxyde d’azote produites par AtmoSud pour l’année 2017 et la carte des établissements accueillant des enfants. Outre Marseille, plusieurs communes adjacentes sont prises en compte, du Rove à Cassis, « afin de mettre en évidence la problématique de la pollution de l’air à l’échelle de l’agglomération marseillaise ». Greenpeace a fait le choix de se focaliser sur la pollution de l’air au dioxyde d’azote, soupçonnée de provoquer de nombreux problèmes de santé, voire des décès chaque année.

Une norme française et européenne fixe d’ailleurs le seuil légal à ne pas dépasser à 40 microgrammes par m3. Or, cette norme est dépassée dans un rayon de 50 mètres autour de 25 % des écoles et crèches de Marseille, situées notamment dans le centre-ville de la cité phocéenne. Certaines écoles sont particulièrement touchées, comme l’école élémentaire du Cours Julien, où a été relevé un taux de 68,69 microgramme par m3. Les écoles et crèches les plus exposées à la pollution de l’air se trouvent à proximité de grands axes routiers, notamment du centre-ville, comme l’école Albert-Chabanon toute proche du cours Lieutaud.

>> Retrouvez la carte ici 

Comment l’expliquer ?

« A Marseille, à l’échelle du conseil de territoire Marseille Provence plus spécifiquement, le transport routier est le premier secteur émetteur d’oxydes d’azote, suivi de près par le transport maritime », indique l’ONG dans son étude. Ainsi, avec 69,9 microgrammes par m3, la microcrèche Le Patio dans le 3e arrondissement pâtit à la fois de la proximité de l’autoroute nord et de celle du port maritime.

Or, « une étude récente conduite auprès de 11.000 enfants aux Etats-Unis a conclu que les enfants vivant à moins de 500 mètres d’une route congestionnée présentaient plus de retard de développement de leurs poumons », rappelle Greenpeace. Et d’ajouter : « la pollution de l’air met en danger des milliers d’enfants à Marseille ! Pour qu’ils puissent respirer sans danger, c’est l’ensemble du trafic routier qui doit être réduit. »

Comment y remédier ?

« Nous demandons à ce que soit créée une zone de faibles émissions, réclame Sarah Fayolle, chargée de campagne transport et pollution de l’air au sein de Greenpeace. Cela demande un peu de courage politique… Il faut aussi des investissements massifs pour proposer des alternatifs à la voiture. » Comme 14 autres zones en France, la métropole d’Aix-Marseille s’est engagée à créer d’ici à fin 2020 une zone à faible émission (ZFE) où la circulation des véhicules les plus polluants sera interdite.

Dans le domaine des transports en commun, Marseille ne compte que 1.129 kilomètres de lignes de bus, tramway et métro, contre 3.886 à Lyon par exemple, selon l’Union des transports publics. Pour Greenpeace, la collectivité doit aussi renoncer à ses projets routiers comme le boulevard urbain Sud (BUS), « projet d’un autre temps » qui devait prolonger la rocade autoroutière L2, inaugurée en décembre 2016 au nord et à l’est de la ville et intégralement ouverte en octobre 2018.

Que disent les autorités ?

Dans une lettre du 15 mars adressée à Greenpeace, qui avait déjà interpellé la métropole le mois dernier, la présidente d’Aix-Marseille Provence Martine Vassal indique qu’une « étude de préfiguration a été lancée en décembre dernier afin de délimiter » le périmètre d’une éventuelle zone à faibles émissions. « Le travail est en cours », indique la préfecture, sans qu’on sache sous quel calendrier.

A Marseille, une crèche a été fermée dans le passé en raison de la pollution de l’air : celle des Oliviers, en raison de sa proximité avec la L2. Mais à en croire l’étude de Greenpeace, réalisée avant l’ouverture complète de la L2, de nombreuses autres écoles et crèches de la ville sont dans une situation critique. Interrogée par 20 Minutes, l’adjointe en charge des écoles Danièle Casanova se dit préoccupée par le sujet. « On a toujours fait des relevés et on continue à en faire, affirme-t-elle. J’ai donné mon autorisation pour faire de nouveau relevés à proximité de la L2, notamment l’école Servières. Nous serons attentifs aux résultats. »

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