VIDEO. Naufrage du «Grande America»: «Un jour ou l'autre, de la pollution arrivera sur nos côtes, c'est certain»

ENVIRONNEMENT Douze jours après le naufrage du navire «Grande America» à 330 km des côtes françaises, «20 Minutes» fait le point sur la situation

Mickaël Bosredon

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Opération de ramassage en mer de la pollution du navire «Grande America».
Opération de ramassage en mer de la pollution du navire «Grande America». — Marine Nationale
  • Le navire italien Grande America a sombré dans le golfe de Gascogne le 12 mars dernier, avec 2.200 tonnes de fioul lourd.
  • Les opérations antipollution engagées en mer ont été bénéfiques et le risque de marée noire est aujourd’hui écarté.
  • Il n’empêche que de la pollution touchera fatalement les côtes françaises à un moment ou à un autre.

Presque deux semaines après le naufrage du navire italien Grande America, qui a sombré dans le golfe de Gascogne le 12 mars avec 2.200 tonnes de fioul lourd, les opérations de lutte antipollution en mer se poursuivent ce dimanche.

Dans les premiers jours suivant le naufrage, une alerte avait été émise concernant un risque de pollution sur les côtes de Charente-Maritime et de Gironde. Elle est momentanément levée, en tout cas pour la semaine à venir. En revanche, deux oiseaux souillés aux hydrocarbures, atteints par du fioul du Grande America, viennent d’être retrouvés. Allain Bougrain-Dubourg, président de la Ligue de protection des oiseaux (LPO), a fait part de son inquiétude dans Le Parisien, craignant que « des milliers d’oiseaux » ne puissent être sauvés.

20 Minutes fait le point sur la situation, alors que les conditions météo en mer pourraient se dégrader dans les prochains jours.

Arrive-t-on à contenir la pollution en mer ?

Contacté par 20 Minutes ce dimanche, le capitaine de frégate Riaz Akhoune, porte-parole de la préfecture maritime de l’Atlantique, le dit d’emblée : « On fait preuve de beaucoup d’humilité face à ce type de pollution, et les dernières marées noires, avec l'Erika ou le Prestige, sont là pour nous le rappeler. »

Il n’empêche que, à la faveur d’une météo plus clémente ces derniers jours, les nouvelles sont un peu plus rassurantes qu’au départ, même s’il est « difficile d’évaluer la quantité déjà pompée » nous explique le porte-parole, « car le fioul est mélangé à de l’eau polluée et les chiffres évoluent tous les jours. » C’est en tout cas « plusieurs centaines de tonnes d’eau polluée et de fioul que l’on a ramassées » et le risque de marée noire est désormais écarté.

La pollution ramassée sur les deux zones identifiées, est pour le moment stockée dans des bennes et des cuves à bord des navires intervenant en mer, qui vont bientôt devoir aller décharger, « sans doute dans le courant de la semaine ». La préfecture maritime doit également ramasser les conteneurs qui ont été perdus par le Grande America, qui peuvent aussi amener de la pollution, « même si pour le moment nous n’avons ramassé que des conteneurs avec des produits alimentaires. »

Que transportait le navire ?

Deux nouveaux conteneurs ont été remorqués vendredi au port de commerce de La Rochelle, avec à l’intérieur, 12,8 tonnes de chips de marque Pringles. Soit le même contenu que le premier conteneur remorqué à La Rochelle quelques jours plus tôt. Le navire transportait en tout 45 conteneurs. Un inventaire détaillé de la cargaison a été rendu public. Il contenait  1.050 tonnes de matières dangereuses, comme 85 tonnes d’hydrogénosulfure de sodium utilisé notamment dans l’industrie du cuir, 16 tonnes de substitut de térébenthine (white spirit), 720 tonnes d’acide chlorhydrique… Il y avait aussi 2.100 véhicules, du fioul et du diesel marin, et des produits alimentaires.

Pourquoi n’y a-t-il pas eu de pollution sur les côtes jusqu’à présent ?

« Les premiers jours on pensait que la pollution se dirigeait vers les côtes, et qu’elle allait toucher la Charente-Maritime et la Gironde, rappelle Riaz Akhoune. C’est pour cela qu’il y a eu une pré-alerte. Mais les vents ont tourné, ils sont sud sud-est maintenant, c’est pourquoi on peut affirmer qu’il n’y aura pas de pollution sur les côtes à 72h, et probablement pas d’ici neuf à dix jours. Au-delà, c’est de la boule de cristal. »

Les côtes françaises peuvent-elles être complètement épargnées ?

« Vous aurez un jour ou l’autre de la pollution du Grande America qui arrivera sur nos côtes, c’est certain, tranche Riaz Akhoune. Ce sera peut-être une boulette, ce sera peut-être plusieurs, en tout cas ce ne sera pas une marée noire, mais il y en aura, car on ne peut pas remorquer en mer toute la pollution, le fioul lourd se dispersant en fragments. Par ailleurs, avec nos moyens nous travaillons à quelques mètres de profondeur, et rien ne dit qu’il n’y en a pas plus bas. Cela dit, l’intervention en mer est bien évidemment fondamentale pour essayer d’en récupérer un maximum. »

D’autant plus que les expériences des précédentes marées noires ont enseigné qu'« une tonne de pollution en mer équivaut à 10 tonnes sur les côtes » assure le capitaine de frégate. En effet, « le pétrole se gorge d’eau et gonfle, par ailleurs il se fragmente en se mélangeant avec des cailloux, du sable, ce qui au final représente encore plus de produits pollués qu’il faudra traiter une fois à terre. »

La lutte antipollution engagée par la préfecture maritime, épaulée par la marine espagnole dans cette opération dans le cadre du plan Biscaye qui a été déclenché, est donc plus que jamais déterminante pour épargner les côtes.