Boues rouges: Malgré les mises en cause, Alteo se pose en chantre de l’écologie avec sa dernière innovation

INDUSTRIE L’usine d’alumine de Gardanne a inauguré une nouvelle station de traitement des eaux, qui lui permet d’atteindre plusieurs objectifs environnementaux fixés pour fin 2019.

Caroline Delabroy

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Alteo a inauguré vendredi la nouvelle station de traitement des eaux de l'usine de Gardanne.
Alteo a inauguré vendredi la nouvelle station de traitement des eaux de l'usine de Gardanne. — BORIS HORVAT / AFP
  • Pressé par l’Etat de mettre aux normes ses rejets liquides dans le parc des Calanques, Alteo a développé une technique innovante consistant à injecter du gaz carbonique pour améliorer la qualité de l’eau.
  • L’inauguration de cette installation et d’une nouvelle unité de production d’alumine «haute pureté » interviennent après une forte actualité : un nouveau rappel à l’ordre de l’Etat et l’ouverture d’une information judiciaire.
  • « Nous sommes un industriel totalement impliqué dans le développement durable », rétorque le président d’Alteo, Frédéric Ramé.

Le timing, encore une fois, ne joue pas en faveur d’Alteo. « La pression n’arrête jamais », souffle une salariée, alors que les discours officiels s’enchaînent pour célébrer la double inauguration de ce vendredi à Gardanne (Bouches-du-Rhône) : la nouvelle unité de production d’alumine très pur, qui va permettre de viser les marchés asiatiques pour les composants high-tech, et la mise en service d’une station innovante de traitement des eaux résiduelles, celle-là même qui doit permettre de respecter plusieurs paramètres environnementaux.

Prévue de longue date, cette inauguration tombe après une semaine bien remplie sur le front juridique avec l’ouverture d’une information judiciaire pour mise en danger de la vie d’autrui, et une nouvelle injonction de l’Etat. Le préfet des Bouches-du-Rhône a en effet donné jusqu’à fin 2020 à Alteo pour créer un bassin étanche sur le site Mange-Garri, près de Gardanne, où sont stockées les « boues rouges » solides depuis la fin de leurs rejets en mer, il y a quatre ans.

« 99,99 % des métaux lourds éliminés »

Dans un tel contexte, le président d’Alteo Frédéric Ramé se sait attendu. « Nous faisons face à des attaques régulières et virulentes de nos détracteurs, qui présentent un certain nombre de contre-vérités. L’objet aujourd’hui n’est pas de polémiquer, mais de montrer ce que nous faisons », tente-t-il de déminer d’emblée. « Nous sommes un industriel totalement impliqué dans le développement durable », ajoute même Frédéric Ramé, chiffres à l’appui : « Alteo a investi 35 millions d’euros uniquement sur des questions environnementales ».

La nouvelle station de traitement de l’eau représente à elle seule un investissement de 6,5 millions, dont 2,5 millions d’aides de l’Agence de l’eau Rhône Méditerranée Corse. De l’extérieur, les deux colonnes de stockage Air Liquide, partenaire pour la construction de l’installation, le bac de neutralisation et la tuyauterie contrastent, par leurs couleurs pimpantes, avec le reste du site.

Le procédé, développé depuis trois ans, consiste à injecter du CO2 pour abaisser le pH et transformer les métaux dissous en une forme solide. « Cette station nous permet de passer un nouveau cap, affirme Eric Duchenne, directeur industriel et développement durable d’Alteo. Nous étions à 99,7 % d’élimination des métaux lourds, nous passons à 99,99 %. Sans compter que cette solution permet de consommer 6.000 tonnes de CO2 par an, qui autrement seraient émises dans l’atmosphère. »

« Exemplaire dans la transition écologique »

Cette station innovante ne résout pas en revanche les deux derniers paramètres pour lesquels Alteo a un permis de polluer qui arrive à échéance fin 2019, la DCO et la DBO5. Pour ceux-là, des solutions techniques sont toujours en cours d’expérimentation, qui devraient être opérationnelles en 2020. En parallèle, l’entreprise parie toujours sur l’économie circulaire, avec la valorisation de la bauxaline. « La facilité serait d’aller polluer ailleurs, lance Jean-Luc Chauvin, président de la CCI Marseille Provence, présent pour l’inauguration. Le fait d’améliorer les rejets, de réutiliser ce qui peut l’être, ça c’est écologique ! » De son côté, le secrétaire général adjoint de la préfecture Nicolas Dufaud semblait adoucir les critiques soulevées par l'arrêté préfectoral: « Nul besoin d’être d’accord, nous voulons un dialogue franc, a-t-il ainsi déclaré. Beaucoup a été fait par Alteo, je salue ces efforts.»

Devant un parterre d'officiels et de salariés, le président d’Alteo va jusqu’à affirmer sa volonté d'« être pleinement exemplaire dans la transition écologique ». « Le développement durable, ce ne sont pas des mots, ce sont des actions, des projets, des résultats, ce que nous pouvons montrer à l’usine de Gardanne de façon concrète », poursuit Frédéric Ramé, qui assure « agir tous les jours pour réduire l’impact environnemental d’Alteo ». Reste qu’aussi sincère soit-il, un tel discours paraît encore difficilement audible.