Nouvelle Aquitaine: Un plan d'extinction des lumières la nuit pour devenir la première région étoilée

ENVIRONNEMENT L'éclairage nocturne représente un enjeu économique et écologique auquel la région veut s'attaquer

Mickaël Bosredon

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Illustration éclairage nocturne
Illustration éclairage nocturne — G. Varela / 20 Minutes
  • Il y aurait environ un million de points lumineux en Nouvelle Aquitaine.
  • La région veut mettre en place un dispositif pour accompagner les territoires en vue de diminuer le nombre et l'intensité de ces points lumineux.
  • L'explosion de l'éclairage artificiel perturberait la physiologie de l'homme et la biologie des plantes et des animaux.

Faire de la Nouvelle Aquitaine la première région étoilée de France. C’est l’ambition du conseil régional, qui va mettre en place un plan consacré à l'éclairage et à la protection du ciel étoilé.

Il a réuni ce mardi à Limoges plusieurs experts, ainsi que des territoires pour recueillir leurs besoins. L’objectif est de diviser par quatre les consommations électriques de l’éclairage public sur la région à l’horizon 2050, par rapport à 2015. Il souhaite aussi l’arrêt de la pollution lumineuse (éclairage du ciel) dès 2025. La feuille de route pour y parvenir devrait être prête le 9 juillet, et présentée lors d’une séance du conseil consacrée à la transition écologique.

Une loi contraint déjà à l’extinction des lumières la nuit, le patrimoine bâti et les magasins. Les vitrines des commerces ont par exemple obligation d'être éteintes entre 1h et 7h. Mais Françoise Coutant, vice-présidente EELV en charge de la transition énergétique à la région, admet que son « application est aléatoire. »

Environ 30 % d’économie sur la facture d’électricité

Interrogée par 20Minutes, Françoise Coutant estime que la Nouvelle Aquitaine recense environ « un million de points lumineux » ce qui représente « un budget annuel de 70 millions d’euros. » Que l'on pourrait fortement réduire.

137 communes ont été identifiées comme « engagées dans une démarche de lutte contre la pollution lumineuse », dont environ la moitié est labellisée « villes et villages étoilés. » Dans la métropole bordelaise, plusieurs villes se sont lancées dans cette démarche. La commune du Taillan-Médoc a été le précurseur, puisqu’elle a pris l’initiative d’éteindre son éclairage public entre 1h et 5h, dès septembre 2015. Contactée par 20Minutes, la maire du Taillan Agnès Versepuy reconnaît que cette démarche était avant tout économique. « Le résultat a été spectaculaire, puisque nous économisons 30 % de notre consommation, ce qui représente un gain annuel de 30.000 euros, somme que nous réinvestissons dans l’amélioration énergétique de nos bâtiments. Aujourd’hui, ce serait totalement aberrant pour nous de rallumer la lumière. » Au contraire, la ville pourrait même étendre la plage horaire entre minuit et 6h.

« Il y a même moins d’accidents de la route »

La commune d’Eysines lui a emboîté le pas il y a deux ans. « De notre côté, nous avons fait le choix d’y aller par étapes, en réalisant un test pendant six mois sur 25 rues »,  détaille Serge Tournerie, conseiller municipal en charge de l’énergie et de l’éclairage public. Environ 700 foyers étaient directement concernés, « et nous avons obtenu un taux de satisfaction de 82 % » ce qui a décidé la commune à généraliser le dispositif, entre 1h et 5h également.

Le gain énergétique est de 36 %, « et avec nos initiatives comme l’abaissement de tensions à certains endroits, ou l’acquisition d’une horloge astronomique qui permet une plus grande précision dans la gestion de nos éclairages, l’économie d’énergie monte à 50 % », ajoute Serge Tournerie. Sur la facture, cela correspond à un gain de 100.000 euros par an.

Aux questions portant sur la sécurité, ces deux élus assurent qu’il n’y a eu aucun impact négatif. Ni sur la délinquance, ni sur la sécurité routière. « On a même moins d’accidents la nuit, analyse Agnès Versepuy, car, tout simplement, les gens lèvent le pied lorsque ce n’est pas éclairé. »

« Des espèces qui avaient disparu sont réapparues »

L’enjeu est aussi environnemental. « L’explosion de l’éclairage artificiel extérieur perturbe la physiologie de l’homme et la biologie des plantes et des animaux », assure le conseil régional. Françoise Coutant est persuadée que la survie de certaines espèces, dont la reproduction serait menacée à cause de ces lumières artificielles, « est en jeu. »

Agnès Versepuy confie de son côté que « des espèces qui avaient totalement disparu de la commune sont réapparues, comme les chauves-souris, car les insectes étaient attirés par les lumières artificielles ce qui perturbait la chaîne alimentaire. » Enfin, « nous avons aussi redécouvert un véritable ciel étoilé la nuit. »