Naufrage du «Grande America»: Bateaux, avions, labo... Les gros moyens déployés pour éviter la marée noire

ENVIRONNEMENT Des experts en pollution marine conseillent les autorités en étudiant l'évolution du fioul lourd issu du navire de commerce italien

Elsa Provenzano

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La pollution du fioul en surface et écrémée et pompée.
La pollution du fioul en surface et écrémée et pompée. — Marine nationale
  • Il y a une semaine, le 12 mars, un porte-conteneurs a sombré au large des côtes françaises après un incendie.
  • Son carburant, 2 200 tonnes de fioul lourd, s’est répandu en nappes d’hydrocarbures que les autorités ont commencé à récupérer à l’aide de barrages filtrants.
  • Les experts du CEDRE estiment que le carburant va devenir de plus en plus difficile à traiter car il va se transformer en plaques, puis en galettes.

Après le naufrage du navire de commerce italien « Grande America » le 14 mars, trois nappes d’hydrocarbures, issus de la réserve de carburant du porte-conteneurs (2200 tonnes), ont été repérées à la surface par la marine nationale et la préfecture maritime de l’Atlantique, qui cordonne les opérations.

Les nappes d'hydrocarbures sont surveillés par des moyens aériens.
Les nappes d'hydrocarbures sont surveillés par des moyens aériens. - Marine nationale

Les autorités assurent que tout est mis en œuvre, avec l’appui technique du Centre de documentation, de recherche et d’expérimentations sur les pollutions accidentelles des eaux (CEDRE), pour que cette pollution n’arrive pas sur les côtes.

Le fioul récupéré en surface et pompé

Pour la première fois ce mardi, les conditions météorologiques rendent possibles l’installation de barrages filtrants pour récupérer en surface le fioul lourd qui s’est échappé du réservoir du navire, même si du chalutage avait déjà eu lieu (il permet de piéger des boulettes d'hydrocarbures dans des filets spécifiques dits thomsea) « On ignore quel volume de carburant s’est échappé, l’épave est à 4600 mètres de profondeur donc ce n’est pas une mince affaire, estime Nicolas Tamic, responsable opération au CEDRE. Elle peut être disloquée, on l’ignore pour l’instant ». Si le temps s’y prête, un petit sous-marin ou un robot (qui avait été mobilisé après le naufrage du Prestige​) pourraient être envoyés en reconnaissance dans les fonds marins.

La météo davantage favorable ce mardi a permis la mise en place de barrages filtrants.
La météo davantage favorable ce mardi a permis la mise en place de barrages filtrants. - Marine nationale

Le fioul est « écrémé » à la surface de l’eau et ensuite pompé. Six bateaux sont mobilisés pour cette opération et deux avions surveillent la zone et ses alentours, notamment pour repérer d’éventuels dégazages opportunistes d’autres navires, précise la préfecture maritime de l’Atlantique.

Les nappes vont se transformer en galettes

Le CEDRE a étudié les échantillons de pétrole fournis par la marine nationale pour affiner au mieux les techniques de lutte contre cette pollution aux hydrocarbures. Le centre dispose d’un laboratoire qui recrée les conditions en mer (houle, vent, courants marins, lampes UV etc.)

« Sur une nappe d’hydrocarbures, une partie va s’évaporer plus ou moins vite, s’il s’agit de gasoil, c’est très rapide mais ici il s’agit de fioul lourd donc seuls 10 à 15 % s’évapore », précise Nicolas Tamic. Se produit ensuite ce que cet expert appelle un processus « d’émulsification » qui conduit le pétrole à se charger en eau et à se fractionner. « Plus il reste en mer plus les nappes se transforment en plaques, galettes et boulettes », relève-t-il. Un phénomène qui pourrait compliquer l’opération de dépollution des côtes puisque la météo n’a pas permis d’intervenir rapidement après le naufrage. Mais il existe des moyens satellitaires pour localiser ces morcellements, précise le responsable d’opération.

« Il est encore trop tôt pour dire où le pétrole va se retrouver sur les côtes »

« Il est encore trop tôt pour dire où le pétrole va se retrouver sur les côtes et en quelle quantité, pointe Nicolas Tamic. En plus, une bulle anticyclonique arrive sur le golfe de Gascogne et le pétrole va un peu s’éloigner ». Le centre, association loi 1901 assurant une mission de service public, travaille sur la prévision des dérives de polluants en lien avec l’Ifremer, le service hydrographique de la marine et Météo France. Il envoie aussi des équipes pour conseiller les préfets de zones concernés par des pollutions à terre, et s’assure que les opérations sont correctement menées.

L’opération de filtrage et de pompage en surface du pétrole, près de la zone du naufrage, à 250 kilomètres des côtes, devrait durer encore plusieurs jours, selon la préfecture maritime de l’Atlantique.