Australie: L'air «le plus propre du monde» est menacé par la pollution

POLLUTION Dans ce cap isolé et venteux, les habitants veulent attirer les touristes avec leur air très pur 

20 Minutes avec AFP

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La station de mesure de la qualité de l'air au cap Grim en février 2019.
La station de mesure de la qualité de l'air au cap Grim en février 2019. — William WEST / AFP

L'Asie-Pacifique n’est pas épargnée par la pollution. Dans cette région qui étouffe en cette saison, un coin isolé a été consacré par les scientifiques comme l’endroit où l’air est le plus propre du monde. Il se trouve sur l’île australienne de Tasmanie et sert désormais de référence internationale. Petit à petit, il est pourtant à son tour menacé par la pollution.

Cet endroit, c’est le cap Grim. Depuis 1976, ce bout de terre sauvage et balayé par les vents accueille la Station de mesure de la pollution du cap Grim, une infrastructure publique australienne chargée de la tâche à première vue improbable de mettre de l’air en bouteille. « Notre travail, c’est de trouver l’air le plus propre du monde et de mesurer son taux de pollution », explique à l’AFP Sam Cleland, l’officier responsable de la station perchée sur une falaise. Vers l’ouest, la masse terrestre la plus proche est l'Argentine. En direction du sud, il n’y a rien à part l’Antarctique.

Des vents qui n’ont connu que la mer

L’isolement de la station en fait le lieu parfait pour collecter ce que beaucoup considèrent comme l’air le plus pur sur Terre, préservé des gaz d'échappement ou de la fumée des plantations de caoutchouc… Quand les Quarantièmes rugissants soufflent du sud-ouest, ils ne sont passés sur rien d’autre que la mer pendant des jours, voire des semaines.

C’est à ce moment-là que Sam Cleland et son équipe prélèvent le cocktail de diazote, de dioxygène et d’autres composants de l’air ambiant. Ils se servent pour cela d’instruments de mesure ultrasensibles. Leur matériel est si délicat que les trajets des véhicules de livraison qui arrivent de la ville la plus proche, à une heure de route, sont soigneusement consignés afin de prévenir toute fausse mesure éventuelle.

Des gaz polluants venus de Chine

Alors que les villes les plus polluées du monde ont du mal à attirer les talents ou à juguler les maladies chroniques, les habitants de la péninsule du cap Grim font de leur environnement relativement intact un argument de vente. Pour vendre le bœuf local, on met en avant les études scientifiques sur la qualité de l’air. Le nombre croissant de fermes éoliennes et de touristes venus bien respirer montre que la réputation du lieu se fait petit à petit.

Malgré tout, le cap n’échappe pas entièrement aux niveaux croissants de pollution. Quand le vent vient du nord, à savoir Melbourne ou Sydney, il est possible de détecter la signature chimique des différentes usines en activité ce jour-là, souligne Sam Cleland. La station a pu mesurer une augmentation des gaz qui appauvrissent la couche d'ozone en provenance d'endroits aussi lointains que la Chine. Même l’air pur venu du sud-ouest change rapidement. « On constate que durant les 2.000 dernières années, les niveaux de CO2 en particulier sont restés à des niveaux plutôt stables », dit Sam Cleland.

Des taux de dioxyde de carbone en constante augmentation

Les carottes prélevées dans la glace polaire par les chercheurs montrent que les taux de CO2 dans l’atmosphère ont tourné autour de 275 parties par million (ppm) durant le plus clair du dernier million d’années. « Quand on a commencé à faire les mesures du CO2 ici en 1976, on en était déjà à 330 et aujourd’hui, on en est à 405 », constate l’officier.

Ce seuil de 400 ppm a été franchi au début des années 2010, signe de l’insuffisance des politiques de protection de l’environnement menées de par le monde. Les niveaux de dioxyde de carbone trouvés au cap Grim sont désormais similaires à ceux de certaines villes au début de la révolution industrielle, conclut Sam Cleland.