Limousin: Comment un petit abattoir va essayer d'être plus «humain» avec ses animaux

BIEN-ÊTRE ANIMAL Un abattoir de proximité porté par une centaine d’éleveurs va ouvrir cet été à Bourganeuf, dans la Creuse. Il a été pensé en lien avec un comité scientifique pour prendre en compte le bien-être animal

Elsa Provenzano

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Le groupement d'éleveurs du Limousin construit un équipement de proximité d'un coût de 4,5 millions d'euros.
Le groupement d'éleveurs du Limousin construit un équipement de proximité d'un coût de 4,5 millions d'euros. — ALLILI MOURAD/SIPA
  • Une petite centaine d’éleveurs de la Creuse a construit un pôle de viandes locales sur lequel un abattoir respectueux du bien-être animal va être installé.
  • En plus d’un bras robotisé pour un étourdissement sûr et rapide, les paysans ont imaginé, en lien avec des spécialistes, un parcours le moins stressant possible pour les bêtes.
  • Les cadences seront abaissées de 20 % par rapport aux abattoirs classiques, pour permettre de « faire les choses bien ».

Un abattoir qui prend en compte le stress des bêtes ? C’est le délicat défi que s’est lancé une centaine de petits éleveurs de la Creuse en créant, à Bourganeuf, son propre pôle de viandes locales (de la découpe à la transformation). Il sera équipé d’un box avec une assistance robotique. Ce prototype unique en son genre doit permettre de réduire le stress au moment fatidique de l’abattage mais c’est l’ensemble de l’outil de proximité qui a été pensé pour prendre en compte le bien-être des vaches, cochons, moutons et bisons qui y passeront.

Guillaume Betton est le président du SAS pôle viandes locales qui va ouvrir cet été en Creuse.

« Il y a eu une disparition des lieux d’abattage donc on a voulu faire un équipement complet qui soit un outil paysan, explique Guillaume Betton, président de la SAS pôle viandes locales. On a bénéficié de fonds de la région Nouvelle-Aquitaine et de fonds européens pour notre box à assistance robotique. » L’investissement complet sur l’outil, qui doit être fin prêt pour cet été, s’élève à 4,5 millions d’euros.

« Pallier l’imperfection de l’humain »

Dans le pôle SAS viandes locales, le box d'abattage est équipé d' une assistance robotique.

Au cœur des scandales révélés par des associations de protection des animaux au sein de certains abattoirs, on trouve le problème de l’étourdissement, (théoriquement gage d’une mort rapide et la plus indolore possible) qui peut survenir avant la saignée.

Dans ce pôle, le bras robotisé du box qui procède à l’étourdissement « est un appui technique pour pallier l’imperfection de l’humain, et qui évite la présence humaine devant l’animal au moment de l’étourdissement estime Claudia Terlouw, chargée de recherche à l’Inra, spécialiste des questions de stress à l’abattage. Mais c’est tout le concept qui est innovant et cela commence dès l’élevage. » C’est notamment grâce à ses travaux qu’a été réglé le positionnement du pistolet à tige perforante sur le front de l’animal, pour que l’animal perde conscience instantanément. A partir de début avril, une série de tests sera menée sur le box, qui restera sous supervision humaine.

« C’est une proposition, on ne dit pas que c’est un outil bien traitant par excellence, nuance Guillaume Betton. A mon sens, tout ce qu’on constate comme dérives, c’est dû à un phénomène d’industrialisation de l’agriculture et de l’élevage en particulier, où l’animal est chosifié. » Le box a été créé par la société Lamartine selon un cahier des charges défini par les éleveurs, avec le concours de chercheurs spécialistes des questions de bien-être animal.

« Bien faire les choses »

Convaincus qu’un meilleur respect de l’animal passe d’abord par de bonnes conditions de travail pour les humains, les éleveurs prévoient l’embauche de six bouchers, qui travailleront selon des cadences diminuées de 20 % par rapport aux abattoirs traditionnels, « pour bien faire les choses », souligne le président du pôle. Ils auront aussi un droit de retrait si à un moment ils se retrouvent en difficulté dans leur rôle de guides des animaux vers le box d’abattage.

Tout a été pensé pour réduire le stress des animaux dès leur transport vers le pôle et à leur arrivée. Tous les éleveurs associés au projet sont implantés dans un périmètre de 80 kilomètres maximum du pôle, ce qui promet des trajets relativement courts aux animaux. « Si on veut faire avancer un animal dans un nouvel environnement, il doit avoir le temps de l’explorer pour le comprendre, s’il veut flairer un mur par exemple, il doit pouvoir le faire », explique Claudia Terlouw. La bouvrie, salle où patientent les animaux, est circulaire « pour éviter les angles droits qui bloquent une circulation plus naturelle des animaux », précise Guillaume Betton.

« On sait aussi que les yeux d’animaux ont besoin de beaucoup plus de temps que les nôtres pour s’accommoder aux variations de lumière, explique la chercheuse. Il faut que rien ne bloque l’animal, il doit avoir envie d’avancer et on sait qu’il avance plus facilement vers des endroits dont la luminosité augmente progressivement, sans l’éblouir, par exemple ». Sans pour autant vaquer pendant des heures à sa guise, il ne sera pas soumis à l’aiguillon électrique.

« Il y a la promesse de faire les choses bien donc on attend avec impatience les premiers résultats », souligne Pierre Pauchet, vice-président de l’association en faveur de l’abattage des animaux dans la dignité (AFAAD), associée au projet. Il rappelle que, selon l’audit réalisé en 2016 à la demande de Stéphane Le Foll, alors ministre de l’Agriculture, 85 % des chaînes d’abattage dysfonctionnent.

La direction départementale de la protection des populations (DDPP) devra donner son aval avant que ce pôle ne rentre en activité.