VIDEO. Déchets plastiques: «Le problème avec le plastique vierge est qu'il n'est pas assez cher»

POLLUTION WWF sort ce mardi un rapport sur la pollution plastique qui ne s’est pas tant intéressé cette fois-ci à l’étendue de cette pollution, mais à ses causes. L’ONG demande notamment une plus grande responsabilisation des industriels du plastique

Fabrice Pouliquen

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Des aigrettes survolent une pile d'ordures dans un centre de traitement des déchets en Indonésie.
Des aigrettes survolent une pile d'ordures dans un centre de traitement des déchets en Indonésie. — CHAIDEER MAHYUDDIN / AFP
  • WWF publie mardi un rapport international sur les origines de la pollution plastique, en se penchant notamment sur les défaillances dans la gestion des déchets plastiques.
  • Mais avant même d’évoquer ces problèmes d’infrastructures, l’ONG pointe d’abord le prix trop faible aujourd’hui du plastique vierge, « ce qui pousse à déresponsabiliser les industriels du plastique », Ludovic Frère Escoffier, responsable Océans à WWF France.
  • Depuis l’an 2000, l’industrie du plastique a produit autant de plastique que toutes les années précédentes combinées. 100 millions de tonnes de plastiques se transforment en polluant terrestre ou marin chaque année.

Depuis l’an 2000, le monde a produit autant de plastique que toutes les années précédentes combinées. Et rien ne semble étancher la soif des industriels pour cette matière, constate WWF dans un nouveau rapport, « Pollution plastique : à qui la faute ? » que l’ONG internationale publie mardi matin.

« La production de plastique vierge augmente de 4 % par an depuis le début des années 2000, commence le rapport. En 2016, dernière année pour laquelle des données sont disponibles, 396 millions de tonnes ont ainsi été produites. Cela équivaut à 53 kilogrammes de plastique pour chaque habitant de la planète. »

La moitié des plastiques utilisée pour créer des projets jetables…​

Si rien ne change, l’industrie du plastique devrait augmenter sa production de 40 % d’ici 2030 pour approcher les 550 millions de tonnes par an. « Avec toutes les conséquences que cela comporte sur la faune, la pollution des écosystèmes naturels, mais aussi les émissions de gaz à effet de serre [lorsque ces déchets sont incinérés], glisse Ludovic Frère Escoffier, responsable Océans à WWF France, interrogé par 20 Minutes.

Car, c’est tout le problème du plastique, ou du moins de la façon dont nous l’utilisons aujourd’hui, pointe WWF : « près de la moitié est utilisée pour créer des produits jetables dont la durée de vie est inférieure à trois ans ». « Ce sont notamment les emballages qui représentent aujourd’hui 40 % de la production plastique, précise Ludovic Frère Escoffier. Autrement dit, une grande partie des près de 400 millions de tonnes de plastique produits actuellement chaque année deviennent rapidement des déchets, dont une partie encore, parce que mal gérée, se transformera encore en polluant terrestre ou marin. WWF évalue ces fuites de plastique dans la nature à 100 millions de tonnes par an, dont plus de neuf millions environ dans les océans. »

Une infrastructure de gestion des déchets encore sous-développée

« Au rythme actuel, nous resterons au-dessus de ces neuf millions de tonnes par an jusqu’à 2030, car la croissance de la consommation de plastique dépasse celle de la capacité de gestion des déchets », reprend Ludovic Frère Escoffier. C’est alors l’un des pans du problème pour WWF : « Ces déchets mal gérés sont la conséquence directe d’une infrastructure de gestion des déchets sous-développés ». Le défi est majeur dans les pays à revenu faible et intermédiaire, qui connaissent des taux de collecte faibles et des taux élevés de déversement à ciel ouvert et de mise en décharge non contrôlée, pointe le rapport.

Mais les pays à revenus élevés sont loin de rendre une copie parfaite. Même si les taux de collecte y sont généralement supérieurs, certains problèmes subsistent, regrettent l’ONG, comme le faible taux de recyclage et la préférence pour la mise en décharge et l’incinération de déchets plastiques pour faire de la valorisation énergétique*. Sur ce point, la France est dans les mal classés européens avec un taux de recyclage de ses déchets plastiques de 22,2 % seulement contre plus de 43,4 % pour la Norvège et 40,6 % pour la Suède, rappelait PlasticsEurope, la fédération européenne du secteur, en janvier 2018.

Renchérir le coût du plastique ?

Il faudrait donc améliorer les collectes de déchets et augmenter la capacité globale des infrastructures de gestion des déchets. C’est l’une des huit actions que le WWF demande à tous les gouvernements de mettre en œuvre. « Mais nous déplorons avant tout, dans ce rapport, le fait que le plastique n’est pas un produit suffisamment cher aujourd’hui, explique Ludovic Frère Escoffier. Son prix actuel ne prend pas en compte le coût de la collecte et du recyclage si bien qu’il est mis sur le marché sans aucune responsabilisation de ces fabricants de matières plastiques. Lorsqu’il fabrique des produits plastiques, un industriel a bien souvent tout intérêt aujourd’hui à utiliser de la matière vierge plutôt qu’à se tourner vers de la matière recyclée. »

Certains pays, dont la France, ont mis en place des dispositifs de « responsabilité élargie des producteurs », qui obligent les entreprises qui produisent et/ou mettent sur le marché des biens. Cela se traduit notamment en France par une participation financière des entreprises à financer et/ou à participer à la collecte et au traitement des déchets que génèrent les produits qu’elles mettent sur le marché. « Mais ces systèmes sont à ce jour complètement insuffisants, juge le responsable Océans à WWF France. Y compris en France où nous espérons que la transposition de la Feuille de route sur l’économie circulaire [présenter en avril dernier par le Premier ministre] en loi, ce qui doit être fait ce printemps, puisse renforcer encore notre dispositif de responsabilité élargie des producteurs. »

Faire la chasse aux plastiques superflus

Une autre demande forte du WWF, cette fois-ci autant à destination des Etats qu’aux industriels du plastique, est que soit engagée véritablement une chasse aux plastiques excessifs. En décembre dernier, les Etats membres de l’UE et le Parlement européen se sont mis d’accord pour interdire à l’avenir de nombreux produits en plastique à usage unique. Les cotons-tiges, pailles, touillettes à café… Un texte doit être voté ce printemps pour une entrée en vigueur en 2021. « Il reste à s’occuper des emballages, estime Ludovic Frère Escoffier. Certains sont utiles en effet, mais un grand nombre est aussi superflu. »

L’ONG demande aussi aux industriels et entreprises impliqués dans la production et la vente de produits plastiques de s’engager à utiliser des matières plastiques recyclées ou des alternatives durables au plastique et à investir dans ces dernières. Parmi ces préconisations - une vingtaine en tout dans son rapport - l’ONG en appelle aussi au grand public, lui demandant notamment de réduire sa consommation de plastique inutile mais aussi d’utiliser son pouvoir de consommateur, en récompensant par ses achats les entreprises les plus vertueuses.

 

*Chauffer des logements par exemple. Ce processus génère tout de même des émissions de CO2