VIDEO. Bretagne: Un an et demi après la pollution de la Seiche, Lactalis devant la justice

ENVIRONNEMENT Le géant laitier comparaîtra mardi devant le tribunal correctionnel de Rennes

Jérôme Gicquel

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La rivière la Seiche, ici à Janzé (Ille-et-Vilaine), le 20 septembre 2017, soit un mois après la pollution de Lactalis.
La rivière la Seiche, ici à Janzé (Ille-et-Vilaine), le 20 septembre 2017, soit un mois après la pollution de Lactalis. — C. Allain / 20 Minutes
  • Le groupe Lactalis sera jugé mardi pour la pollution de la rivière La Seiche en août 2017.
  • Le rejet de matières organiques dans l’eau avait entraîné la mort de plusieurs tonnes de poissons et d’animaux.
  • Si les poissons sont de retour dans la rivière, il faudra plusieurs années pour qu'elle retrouve son milieu aquatique d’avant la catastrophe.

EDIT: A l'issue de l'audience du 5 mars, le parquet a requis une amende de 250.000 euros contre Lactalis. Le jugement sera rendu le 7 mai.

Près du moulin de la Franceule à Amanlis (Ille-et-Vilaine), la quiétude règne en cette matinée ensoleillée de mars. Quelques poissons viennent s’agiter à la surface de l’eau tandis que de rares oiseaux essayent de trouver à manger au bord de la rivière. Un paysage idyllique en somme qui contraste avec le visage qu’offrait la Seiche il y a un an et demi.

Le 18 août 2017, à la suite d’un incident dans la station d’épuration de l’usine Lactalis de Retiers, la rivière avait été polluée par un rejet de matières organiques. Sur huit kilomètres, toute la vie sauvage avait été réduite à néant avec plusieurs tonnes de poissons, des mammifères et des oiseaux qui étaient morts asphyxiés. « Ils ont tué la rivière », se désolait à l’époque Jérémy Grandière.

« Que cela ne se reproduise plus jamais »

Mardi après-midi, le président de la fédération de pêche d’Ille-et-Vilaine sera sur le banc des parties civiles pour l’ouverture du procès de la Société Laitière de Retiers. La filiale du géant Lactalis sera jugée devant le tribunal correctionnel de Rennes pour la pollution de la Seiche. «  Lactalis a admis ses torts. On espère maintenant obtenir réparation et surtout que cela ne se reproduise plus jamais », indique le pêcheur, encore traumatisé par la catastrophe. « C’est impossible à oublier, c’était tellement dramatique. Encore aujourd’hui, on en parle tout le temps », assure-t-il.

Croisée en pleine balade avec ses deux chiens le long de la Seiche, Mireille garde aussi en mémoire les images de cadavres de poissons flottant à la surface. « C’était un spectacle d’horreur, toute la vie avait disparu », se souvient-elle.

Les poissons reviennent progressivement

Depuis la catastrophe, la nature a repris ses droits et les poissons sont revenus peupler la Seiche. Mais rien ne sera jamais plus comme avant. « Il en faudra du temps pour que le milieu aquatique revienne à l’identique, entre 3 et 5 ans peut-être. Et tout ce qui a été perdu l’est définitivement », soupire Jérémy Grandière.

Chez les pêcheurs, la Seiche jouissait en plus d’une excellente renommée. « C’était le meilleur site de reproduction du brochet dans le département. On y trouvait aussi une belle population de carpes, de silures et de sandres », détaille le président de la fédération.

Dans leur combat contre Lactalis, les pêcheurs ne seront pas seuls. Plusieurs associations écologistes comme Bretagne Vivante et Eau et Rivières de Bretagne se sont également portées partie civile pour réclamer « une condamnation exemplaire et inédite ».