Arles: Pour les écologistes, le projet de contournement autoroutier va détruire la Camargue

TRANSPORTS Le député européen José Bové est venu apporter son soutien à la mobilisation des associations locales pour l’environnement

Caroline Delabroy

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Une militante écologiste montre l'emplacement du projet de contournement autoroutier d'Arles.
Une militante écologiste montre l'emplacement du projet de contournement autoroutier d'Arles. — C. Delabroy / 20 Minutes
  • C’est un vieux serpent de mer qui remonte à la surface : le projet de contournement autoroutier d’Arles revient dans les priorités avec la future loi d’orientation des mobilités.
  • Les associations de défense de l’environnement dénoncent le tracé retenu, qui traverse des zones humides Natura 2000.
  • Pour lutter contre la pollution de l’air, il faut selon elles s’attaquer également aux zones logistiques. A Saint-Martin-de-Crau, des hangars XXL s’alignent sur des hectares de Crau sèche.

Des mérinos d’Arles paissent au soleil, dans un paysage de carte postale. Enfin presque. Au lieu-dit Balarin, au sud-est d’Arles, deux réalités se font face. D’un côté donc, les moutons des prairies humides de la Crau, zone classée Natura 2000 qui annonce la Camargue. De l’autre, un petit pont enjambant la RN113 et son cortège sans fin de voitures et de camions. « C’est ici que démarrerait le début du contournement d’Arles, avec une aire de stationnement et une aire de logistique », montre Corinne Dub, vice-présidente d’ Arles Camargue Environnement et Nature, en pointant vers les marais. Avec d’autres associations, elle se bat contre ce projet d’autoroute revenu sur le devant de la scène avec la loi d’orientation des mobilités.

Arles, c’est un peu la route (et les embouteillages) des vacances si l’on traverse la France d’est en ouest, de l’Italie vers l’Espagne. On circule sur une autoroute partout, sauf sur les 13 km de la traversée arlésienne, qui se fait sur la nationale. Le projet consiste à réaliser un contournement sud de la ville sur 25 km environ, pour assurer la continuité avec l’A54 qui file ensuite vers Nîmes. « C’est comme le grand contournement de Strasbourg, ce sont des projets qui ont entre 25 et 30 ans d’âge et avaient été abandonnés », dénonce l’eurodéputé d’Europe Ecologie Les Verts José Bové, venu vendredi apporter son soutien à la mobilisation lancée par les associations. L’argument pour faire respirer Arles ? Il n’y croit pas : « Je n’ai jamais vu la création d’une nouvelle route pour avoir moins de circulation, cela n’existe pas. Cette autoroute va être un appel d’air. »

« Le royaume des entrepôts XXL »

Pour Cyril Girard, de l’association Nacicca (Nature et citoyenneté Crau Camargue Alpilles), ce projet « est lié au développement logistique de Saint-Martin-de-Crau et de Fos-sur-Mer ». A quelques kilomètres d’Arles, en pleine Crau sèche, de vastes entrepôts mangent le paysage. « C’est la dernière steppe sauvage d’Europe, sur plus de 100.000 m² au départ, il n’en reste plus que 25.000 m²», se désole Cyril Girard. « C’est le royaume des entrepôts XXL, enchaîne Jean-Luc Moya, de l’association Agir pour la Crau. Sur 30 hectares, il y a 111.000 m² d'entrepôts. Ce sont les mêmes qui ont passé leur temps à mettre des camions sur les routes qui défendent aujourd’hui la création d’une autoroute ! » Car les écologistes reprochent à la députée LREM des Bouches-du-Rhône Monica Michel, qui porte le projet, d’avoir occupé le poste de directrice commerciale du grand port autonome de Marseille.

Alors que la Dreal a confié au groupe Egis la réalisation des études préalables au contournement autoroutier d’Arles, la mobilisation de vendredi entend rappeler « l’urgence à agir ». « Nous voulons que toutes les solutions alternatives possibles au tracé actuellement retenu soient analysées et débattues », lance Jean-Luc Moya. En attendant, pour « qu’Arles n’étouffe plus sous les particules », l’eurodéputé EELV Michèle Rivasi milite pour que le préfet interdise la RN113 aux camions de transport international. « On peut le faire faire dès demain, ça ne coûte pas un centime », assure-t-elle en écho à José Bové, tout sourire sous le soleil de Provence.